Advertising
1066

Interview : on a rencontré Éric Cantona

 

Chez Colette, le galeriste Kamel Mennour organise pendant l’Euro 2016 une exposition autour de la figure d’Éric Cantona. Rencontre avec cet ancien footballeur devenu une figure mythique.

Memorabilia, carte à jouer, carton imprimé, 117 x 80 cm.

Chez Colette, le galeriste Kamel Mennour, authentique passionné de football, organise pendant l’Euro 2016 une exposition autour de la figure d’Éric Cantona, ancien footballeur et figure mythique célébrée, encore aujourd’hui, tant pour son talent que pour sa personnalité libre et indomptable. Dans un fan-club éphémère à la gloire du king se côtoient des œuvres conçues par les artistes phares de la galerie tels que Liam Gillick, Jake et Dinos Chapman ou Claude Lévêque, et des objets collector à son effigie. Les profits des ventes seront intégralement reversés à Imagine, institut consacré à la lutte contre les maladies génétiques. Numéro a pu s’entretenir avec Éric Cantona lors du vernissage de l’exposition.

Memorabilia, maillot du Manchester United F.C., signé par Éric Cantona.

Numéro : Comment ce projet d’exposition est-il né ?

Éric Cantona : Kamel Mennour est venu me voir et me l’a proposé. Et, bien évidemment, ça m’a intéressé. Je connais les artistes qu’il défend, j’ai une totale confiance en lui. C’est un honneur pour moi, une immense fierté. L’œuvre, c’est l’ensemble de l’exposition. L’idée était de rassembler tous ces artistes autour d’un même sujet : le fanatisme. Ici, c’est à propos de moi, mais ça aurait pu être à propos de quelqu’un d’autre. J’aime le fait que ces œuvres ne soient pas davantage mises en valeur que des objets-souvenirs, qu’une œuvre soit présentée comme un maillot ou une casquette. Pour moi, la dimension d’œuvre est là. Ensuite, ces artistes ont créé des œuvres autour du fanatisme, autour du football. Et chacun s’exprime très différemment. Mais ce qui est sûr, c’est que cette exposition continuera de m’accompagner, de même que mon vécu avec les fans de United continue de m’accompagner. Cela m’amène à me poser des questions, et c’est ça l’art : ça invite à la réflexion, à un voyage intérieur. Ces œuvres me nourrissent, et elles continueront de me nourrir.

Vue de l’exposition Éric the King Fan Club,

Courtesy of the artists, Colette and Kamel Mennour, Paris.

Vous faites partie des footballeurs qui sont devenus des icônes, reconnues et célébrées bien au-delà des fans de ballon rond. Ken Loach vous a consacré un film en 2009, Looking for Eric, dans lequel vous jouez votre propre rôle. Est-ce cette distance vis-à-vis de vous-même, cette capacité à vous voir dans les yeux des autres, qui vous a amené à devenir acteur ?

J’adore m’exprimer, mais j’adore aussi entrer dans l’imaginaire des autres, dans l’esprit d’un réalisateur qui me permet d’explorer des potentialités, à travers l’histoire qu’il a écrite. C’est un partage, une façon de se nourrir. C’est essentiel, tout comme le fait de voir des œuvres, d’aller dans les galeries et les musées. On se nourrit mutuellement. Seul, on meurt. On a besoin d’échanger. Et c’est dans les rencontres, dans l’échange, qu’on crée des œuvres.

The Lisper Lisps, the Stutterer Stutters, the Dyslexic, Disleksiks III (2014) de Jake et Dinos Chapman, lithographie, 100 x 69 cm.

Justement, le football, qui est un vecteur de partage, de communion, est encore assez mal perçu en France, contrairement à d’autres pays. Comment expliquer cela ?

Les choses changent peu à peu en France, car des artistes, de plus en plus nombreux, réalisent des œuvres autour du football. L’exemple le plus connu étant bien sûr le film de Philippe Parreno et de Douglas Gordon sur Zidane [Zidane, un portrait du 21e siècle]. Je n’ai pas eu l’occasion de le voir sous forme d’installation vidéo sur plusieurs écrans, tel que l’avaient conçu les artistes. Je l’ai vu sur un seul écran, façon cinéma, ce qui est différent. D’ailleurs, le football a aussi inspiré de nombreux cinéastes, Jean-Jacques Annaud, Ken Loach… Comment s’appelle l’artiste qui avait fait cette statue du coup de boule de Zidane ?

Offensives (1997) de Claude Closky, vidéo présentée sur moniteur couleur stéréo, durée illimitée.

Coproduction : Centre pour l’image contemporaine Saint-Gervais, Genève. 

Cest une œuvre d’Adel Abdessemed, qui exposait alors au Centre Pompidou…

Il y a aussi des livres qui ont été écrits sur football. Bref, le football ne se résume pas aux commentaires de comptoir après les matchs, on peut aussi élever le débat. 

 

Quels sont les artistes que vous aimez et qui vous inspirent ?

J’aime beaucoup Philippe Parreno, Liam Gillick, Mohamed Bourouissa, Hicham Berrada, Latifa Echakhch, Camille Henrot… De cette dernière, j’aime particulièrement cette œuvre où elle a redessiné au marqueur sur un vieux film porno [Deep Inside]. J’adore aussi Claude Lévêque, Maurizio Cattelan, Richard Serra… entre autres.

 

Dans cette exposition figure aussi deux œuvres de Jake et Dinos Chapman, célèbres artistes anglais provocateurs, faisant partie de la génération des Young British Artists… 

Oui, j’aime beaucoup leur façon de marier l’horreur et l’humour. 

The King (2016) de Claude Lévêque, couronne en acier sur billot de bois.

Courtesy of the artist, ADAGP Claude Lévêque, Colette et Kamel Mennour, Paris.

Dans votre carrière, vous avez été snobé par le football français, et accueilli puis adulé en Angleterre. Avez-vous le sentiment que la Grande-Bretagne comprend mieux les fortes personnalités ?

Je suis arrivé en Angleterre au plus bel âge pour un footballeur. J’ai eu la chance de vivre ces années avec l’un des plus grands entraîneurs de l’histoire [sir Alex Ferguson, qui a entraîné le club de 1986 à 2013, avec deux générations de joueurs exceptionnels, et dans un club comme celui de Manchester United, avec ces fans extraordinaires. J’ai été chanceux, et j’ai donné tout ce que j’avais à donner. Et on a commencé à gagner. Manchester United, c’est un club où on aime les personnalités atypiques, il suffit de se référer à son histoire, qui a connu des joueurs légendaires comme George Best… La façon dont j’ai été soutenu par ce club au moment de l’histoire avec ce hooligan [Éric Cantona a donné un coup de pied à un spectateur xénophobe qui l’insultait], c’est unique. Mais vraiment unique. Les fans m’accompagnaient au tribunal. L’Angleterre a inventé le punk, c’est un immense pays en termes de culture, d’art. À l’époque j’avais la réputation d’être instable, mais lorsque les journalistes demandaient à Alex Ferguson si je risquais de les abandonner en fin de saison, il répondait : “Éric, quand il voudra partir, il partira.” Ils avaient bien compris que c’était le seul moyen de me garder. Car les chaînes, on arrive toujours à les briser à un moment donné. En France, dans le football, ils ne me comprenaient pas. Et ils ne m’ont toujours pas compris.

Eric the King (2016) de Liam Gillick, sticker mural.

Éric the King Fan Club, chez Colette,

213, rue Saint-Honoré, Paris Ier,

jusqu’au 2 juillet. 

 

 

Propos recueillis par

Pourquoi “Magdalene” de FKA twigs est l'album de l'année
765

Pourquoi “Magdalene” de FKA twigs est l'album de l'année

Musique Après presque cinq ans d’absence et une sortie repoussée plusieurs fois, FKA twigs a enfin dévoilé vendredi dernier son deuxième album : Magdalene. En neuf titres, l’auteure-compositrice-interprète britannique prouve sans hésitation que le résultat valait l’attente, transportant les auditeurs dans une odyssée émotionnelle où elle apparaît plus vulnérable et puissante que jamais. Retour sur les ingrédients qui font le succès d'un nouvel opus aussi surprenant que magistral. Après presque cinq ans d’absence et une sortie repoussée plusieurs fois, FKA twigs a enfin dévoilé vendredi dernier son deuxième album : Magdalene. En neuf titres, l’auteure-compositrice-interprète britannique prouve sans hésitation que le résultat valait l’attente, transportant les auditeurs dans une odyssée émotionnelle où elle apparaît plus vulnérable et puissante que jamais. Retour sur les ingrédients qui font le succès d'un nouvel opus aussi surprenant que magistral.

Sofiane Pamart, le virtuose qui sidère les rappeurs
978

Sofiane Pamart, le virtuose qui sidère les rappeurs

Musique À 28 ans, le pianiste Sofiane Pamart a collaboré avec les deux tiers des rappeurs français. Pur produit du Conservatoire, le virtuose est pourtant seul sur “Planet”, un album de musique classique disponible le 22 novembre prochain. Entre souvenirs de voyage et destinations fantasmées, il transcrit en musique les panoramas du monde et chacun des douze morceaux de ce disque porte le nom d’une ville. À 28 ans, le pianiste Sofiane Pamart a collaboré avec les deux tiers des rappeurs français. Pur produit du Conservatoire, le virtuose est pourtant seul sur “Planet”, un album de musique classique disponible le 22 novembre prochain. Entre souvenirs de voyage et destinations fantasmées, il transcrit en musique les panoramas du monde et chacun des douze morceaux de ce disque porte le nom d’une ville.

Advertising
Rencontre avec Djebril Zonga, star du film “Les Misérables”
873

Rencontre avec Djebril Zonga, star du film “Les Misérables”

Cinéma Dans “Les Misérables”, le film du réalisateur Ladj Ly, qui représentera la France dans la course aux Oscars, Djebril Zonga incarne Gwada, un policier toujours sur la brèche, officiant à Montfermeil. Au sein d’un trio infernal, l’acteur campe son personnage avec une justesse unanimement saluée par la critique. Découvrez en avant-première des extraits de l'entretien à paraître dans le Numéro de décembre-janvier. Dans “Les Misérables”, le film du réalisateur Ladj Ly, qui représentera la France dans la course aux Oscars, Djebril Zonga incarne Gwada, un policier toujours sur la brèche, officiant à Montfermeil. Au sein d’un trio infernal, l’acteur campe son personnage avec une justesse unanimement saluée par la critique. Découvrez en avant-première des extraits de l'entretien à paraître dans le Numéro de décembre-janvier.

“Les Misérables” : confessions du réalisateur Ladj Ly
973

“Les Misérables” : confessions du réalisateur Ladj Ly

Cinéma Avant d’investir le cinéma, sa caméra a d’abord été pour lui un outil de vigilance citoyenne. Habitant d’une cité de Montfermeil et membre du collectif Kourtrajmé, le réalisateur Ladj Ly a commencé son parcours en filmant la vie de son quartier. Vingt ans plus tard, son film “Les Misérables”, qui raconte une bavure policière dont il a été le témoin, a été sélectionné à la surprise générale en compétition à Cannes et a décroché le prix du Jury. Ce film engagé, essentiel aujourd’hui, est désormais en lice pour la course aux Oscars, où il représente la France.  Avant d’investir le cinéma, sa caméra a d’abord été pour lui un outil de vigilance citoyenne. Habitant d’une cité de Montfermeil et membre du collectif Kourtrajmé, le réalisateur Ladj Ly a commencé son parcours en filmant la vie de son quartier. Vingt ans plus tard, son film “Les Misérables”, qui raconte une bavure policière dont il a été le témoin, a été sélectionné à la surprise générale en compétition à Cannes et a décroché le prix du Jury. Ce film engagé, essentiel aujourd’hui, est désormais en lice pour la course aux Oscars, où il représente la France. 

Takashi Murakami : “Pour dessiner ces pénis hypertrophiés, il faut être impuissant. L’imagination prend le relais.”
978

Takashi Murakami : “Pour dessiner ces pénis hypertrophiés, il faut être impuissant. L’imagination prend le relais.”

Numéro art Rencontre et carte blanche à l’artiste star japonais qui prend possession de la salle de bal de la galerie Perrotin à Paris, jusqu’au 21 décembre, avec son célèbre personnage Mr DOB, de nouvelles sculptures hypersexualisées et d’étonnantes peintures en hommage à la tradition picturale asiatique. Rencontre et carte blanche à l’artiste star japonais qui prend possession de la salle de bal de la galerie Perrotin à Paris, jusqu’au 21 décembre, avec son célèbre personnage Mr DOB, de nouvelles sculptures hypersexualisées et d’étonnantes peintures en hommage à la tradition picturale asiatique.

Caroline Polachek, de la Villa Médicis au festival Pitchfork
864

Caroline Polachek, de la Villa Médicis au festival Pitchfork

Musique Moitié du duo Chairlift pendant 12 ans, collaboratrice de Beyoncé, Charli XCX ou encore Blood Orange, Caroline Polachek est une musicienne aux multiples casquettes. A l’affiche du Pitchfork Music Festival samedi 2 novembre, cette auteure-compositrice-interprète américaine y présentera son tout premier album à son nom, “Pang”, une envolée lumineuse et lyrique qui amorce en beauté un nouveau chapitre de sa carrière. Portrait. Moitié du duo Chairlift pendant 12 ans, collaboratrice de Beyoncé, Charli XCX ou encore Blood Orange, Caroline Polachek est une musicienne aux multiples casquettes. A l’affiche du Pitchfork Music Festival samedi 2 novembre, cette auteure-compositrice-interprète américaine y présentera son tout premier album à son nom, “Pang”, une envolée lumineuse et lyrique qui amorce en beauté un nouveau chapitre de sa carrière. Portrait.



Advertising