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ILS ONT FAIT 2015: Maïwenn, interview à cœur ouvert

 

Dans “Mon roi”, Maïwenn explorait les affres d’un personnage féminin manipulé par un pervers narcissique, et témoignait d’une maturité accrue dans son travail de réalisatrice. Numéro revient sur son interview avec la cinéaste.

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Numéro : Mon roi est une histoire d’amour très éloignée de Polisse, votre précédent film. Vous aviez besoin de changer d’air ?

Maïwenn : Je fais peut-être chaque film contre le précédent. C’est comme avec les sentiments : on est souvent amoureux d’une personne en fonction d’histoires déjà vécues. On choisit l’opposé, on essaie de ne pas reproduire les mêmes schémas… Je n’avais plus envie d’un film choral et cela faisait très longtemps que je voulais mettre en scène une histoire de couple. Tous mes films parlent d’amour, mais pas de couple. Il était temps. L’idée est née il y a plus de dix ans. À chaque fois je remisais le scénario. Dès que je lisais les scènes où cet homme et cette femme tombaient amoureux, je les trouvais mièvres. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire, et c’est assez vrai. Ce qui a tout déclenché, c’est le moment où j’ai eu l’idée de l’accident de ski qui ouvre le film [l’héroïne se blesse au genou]. J’avais trouvé une phrase dans un livre sur la douleur et le corps, comme quoi le genou est la seule partie du corps liée au passé. Je me suis dit que c’était génial pour mon personnage féminin d’être obligé, pour se réparer l’esprit, de réparer son corps. Pour arriver à cette intuition-là, il a fallu que je fasse trois films.

 

Mon roi ne fonctionne pas sur une dramaturgie classique – un homme et une femme s’aiment, ils se séparent –, mais sur des changements de ton constants, des alternances. Pourquoi ce choix ?

Il y a un aspect chaud-froid, c’est vrai. Cette femme a les clés pour comprendre que cet homme ne lui convient pas, mais elle ne veut pas voir la réalité. Il est fort, il peut lui faire croire tout ce qu’il veut. Il y a une part d’aveuglement, et pour faire passer cette idée, la question du point de vue était passionnante. Au départ, comme je refusais de juger mes personnages ou de dire au spectateur qu’il y a un méchant et une gentille, j’ai tourné des scènes où Vincent Cassel était seul. On comprenait ce qui motivait ses actions. Mais au montage, on ne savait plus qui croire. Alors j’ai enlevé toutes les scènes où il se trouvait seul. Et je me suis dit que c’était un film sur cette femme, sur son point de vue. J’ai gagné de la sympathie pour elle, sans en perdre pour lui. Le montage a été très long, onze mois.

 

Comment s’est déroulé le travail avec les acteurs qui sont en première ligne dans Mon roi ?

Vincent est du genre à se jeter dans l’arène, comme un lion en cage qu’on lâche au moment de tourner. Emmanuelle [Bercot], pas du tout. Elle est réalisatrice et regarde tout le temps où sont les caméras. Elle n’oublie jamais qu’elle joue, se surveille… C’était dur de lui apprendre à arrêter d’intellectualiser. Ma méthode consiste à prendre les acteurs pour ce qu’ils sont. Je ne fais pas de répétitions, pas de lectures, j’essaie toujours d’être proche d’eux pour toucher du doigt ce qu’ils ressentent. Si un acteur ne sent pas une scène, cela se verra. J’essaie de savoir si les comédiens se sentent bien dans leur costume, dans leur scène, avec leur partenaire. La première fois que je lui ai dit que Vincent Cassel allait jouer face à elle, Emmanuelle m’a répondu qu’elle ne l’aimait pas ! J’ai légèrement changé de couleur… Sauf qu’au bout de deux jours, elle l’adorait.

 

Qu’attendez-vous des acteurs ?

Il faut s’aimer pour faire du cinéma ! Il faut beaucoup aimer les acteurs, mais pas trop non plus, pour qu’ils sentent que tout n’est pas acquis. Il faut parfois les frustrer pour qu’ils aient envie de me surprendre. Moi, je ne fais que les regarder, le temps du tournage, j’oublie que j’ai une vie, une tête, un corps, un physique. En contrepartie, j’ai envie de voir dans leur regard que l’amour est réciproque. Je déteste les relations à sens unique. Je me voue à eux et au film. Par exemple, je suis présente à tous les essayages, qui n’ont rien d’ennuyeux ou d’inutile. Un jour, Vincent avait plusieurs tee-shirts noirs à essayer. Quand il a mis un col en V tout simple, il m’a dit : “Non, ce mec-là ne met pas de col V, c’est impossible, ce n’est pas lui.” J’ai adoré son implication. Ça m’a rassurée, car Vincent fait toujours sentir qu’il a dix mille choses à faire, un avion à prendre, il est constamment pressé. Parfois, ça fritait un peu entre lui et moi parce qu’il me faisait trop sentir qu’il avait envie de partir. Mais quand tout à coup je vois qu’il peut se regarder longtemps dans la glace pour réfléchir au choix entre un col V et un col rond, je me dis que ce n’est pas un génie par hasard. Parfois, il est comme un enfant qui teste les limites de son père.

 

Propos recueillis par Olivier Joyard.

 

Mon roi de Maïwenn. 

 

Portrait Sofia Sanchez et Mauro Mongiello

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