560

Maïwenn nous parle de “Mon Roi”, son film aux 8 nominations aux César 2016

 

Alors que le film de Maïwenn “Mon Roi” est nominé dans les catégories reines des César 2016 (meilleur film, meilleure réalisatrice, meilleurs acteurs pour Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot...), Numéro revient sur son interview avec la réalisatrice.

560

Numéro : “Mon roi” est une histoire d’amour très éloignée de Polisse, votre précédent film. Vous aviez besoin de changer d’air?

Maïwenn : Je fais peut-être chaque film contre le précédent. C’est comme avec les sentiments : on est souvent amoureux d’une personne en fonction d’histoires déjà vécues. On choisit l’opposé, on essaie de ne pas reproduire les mêmes schémas… Je n’avais plus envie d’un film choral et cela faisait très longtemps que je voulais mettre en scène une histoire de couple. Tous mes films parlent d’amour, mais pas de couple. Il était temps. L’idée est née il y a plus de dix ans. À chaque fois je remisais le scénario. Dès que je lisais les scènes où cet homme et cette femme tombaient amoureux, je les trouvais mièvres. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire, et c’est assez vrai. Ce qui a tout déclenché, c’est le moment où j’ai eu l’idée de l’accident de ski qui ouvre le film [l’héroïne se blesse au genou]. J’avais trouvé une phrase dans un livre sur la douleur et le corps, comme quoi le genou est la seule partie du corps liée au passé. Je me suis dit que c’était génial pour mon personnage féminin d’être obligé, pour se réparer l’esprit, de réparer son corps. Pour arriver à cette intuition-là, il a fallu que je fasse trois films.

 

“Mon roi” ne fonctionne pas sur une dramaturgie classique – un homme et une femme s’aiment, ils se séparent –, mais sur des changements de ton constants, des alternances. Pourquoi ce choix?

Il y a un aspect chaud-froid, c’est vrai. Cette femme a les clés pour comprendre que cet homme ne lui convient pas, mais elle ne veut pas voir la réalité. Il est fort, il peut lui faire croire tout ce qu’il veut. Il y a une part d’aveuglement, et pour faire passer cette idée, la question du point de vue était passionnante. Au départ, comme je refusais de juger mes personnages ou de dire au spectateur qu’il y a un méchant et une gentille, j’ai tourné des scènes où Vincent Cassel était seul. On comprenait ce qui motivait ses actions. Mais au montage, on ne savait plus qui croire. Alors j’ai enlevé toutes les scènes où il se trouvait seul. Et je me suis dit que c’était un film sur cette femme, sur son point de vue. J’ai gagné de la sympathie pour elle, sans en perdre pour lui. Le montage a été très long, onze mois.

 

Comment s’est déroulé le travail avec les acteurs qui sont en première ligne dans “Mon roi”?

Vincent est du genre à se jeter dans l’arène, comme un lion en cage qu’on lâche au moment de tourner. Emmanuelle [Bercot], pas du tout. Elle est réalisatrice et regarde tout le temps où sont les caméras. Elle n’oublie jamais qu’elle joue, se surveille… C’était dur de lui apprendre à arrêter d’intellectualiser. Ma méthode consiste à prendre les acteurs pour ce qu’ils sont. Je ne fais pas de répétitions, pas de lectures, j’essaie toujours d’être proche d’eux pour toucher du doigt ce qu’ils ressentent. Si un acteur ne sent pas une scène, cela se verra. J’essaie de savoir si les comédiens se sentent bien dans leur costume, dans leur scène, avec leur partenaire. La première fois que je lui ai dit que Vincent Cassel allait jouer face à elle, Emmanuelle m’a répondu qu’elle ne l’aimait pas ! J’ai légèrement changé de couleur… Sauf qu’au bout de deux jours, elle l’adorait.

 

Qu’attendez-vous des acteurs?

Il faut s’aimer pour faire du cinéma ! Il faut beaucoup aimer les acteurs, mais pas trop non plus, pour qu’ils sentent que tout n’est pas acquis. Il faut parfois les frustrer pour qu’ils aient envie de me surprendre. Moi, je ne fais que les regarder, le temps du tournage, j’oublie que j’ai une vie, une tête, un corps, un physique. En contrepartie, j’ai envie de voir dans leur regard que l’amour est réciproque. Je déteste les relations à sens unique. Je me voue à eux et au film. Par exemple, je suis présente à tous les essayages, qui n’ont rien d’ennuyeux ou d’inutile. Un jour, Vincent avait plusieurs tee-shirts noirs à essayer. Quand il a mis un col en V tout simple, il m’a dit : “Non, ce mec-là ne met pas de col V, c’est impossible, ce n’est pas lui.” J’ai adoré son implication. Ça m’a rassurée, car Vincent fait toujours sentir qu’il a dix mille choses à faire, un avion à prendre, il est constamment pressé. Parfois, ça fritait un peu entre lui et moi parce qu’il me faisait trop sentir qu’il avait envie de partir. Mais quand tout à coup je vois qu’il peut se regarder longtemps dans la glace pour réfléchir au choix entre un col V et un col rond, je me dis que ce n’est pas un génie par hasard. Parfois, il est comme un enfant qui teste les limites de son père.

 

Propos recueillis par Olivier Joyard.

 

 

Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro Artifices  de novembre 2015, disponible sur Ipad.

 

 Abonnez-vous au magazine Numéro

 Abonnez-vous à l'application iPad Numéro

 

 

“Mon Roi” de Maïwenn nominé huit fois aux César 2016 dans les catégories : meilleur film, meilleur acteur avec Vincent Cassel, meilleure actrice avec Emmanuelle Bercot, meilleur second rôle avec Louis Garrel, meilleur montage, meilleur son, meilleure musique originale et meilleure réalisation de Maïwenn.

 

Portrait Sofia Sanchez et Mauro Mongiello

L'obsession de David Hockney pour… la cigarette
564

L'obsession de David Hockney pour… la cigarette

Art Artistes ou créateurs, Numéro plonge dans ses archives à la recherche des obsessions les plus étranges. Artistes ou créateurs, Numéro plonge dans ses archives à la recherche des obsessions les plus étranges.

Leyna Bloom : “Voir une femme trans aimée qui prend du plaisir permet de réduire les tabous.”
867

Leyna Bloom : “Voir une femme trans aimée qui prend du plaisir permet de réduire les tabous.”

Cinéma Elle a crevé l’écran à Cannes, dans son tout premier rôle en tant que comédienne. Mannequin transgenre, Leyna Bloom incarne avec talent et conviction la voix d’une minorité qui restait jusqu’à aujourd’hui encore ostracisée. Icône et porte-parole, la jeune Afro- Américaine revient pour nous sur ses débuts au cinéma, et évoque sans tabou la question brûlante de l’égalité des chances à Hollywood. Elle a crevé l’écran à Cannes, dans son tout premier rôle en tant que comédienne. Mannequin transgenre, Leyna Bloom incarne avec talent et conviction la voix d’une minorité qui restait jusqu’à aujourd’hui encore ostracisée. Icône et porte-parole, la jeune Afro- Américaine revient pour nous sur ses débuts au cinéma, et évoque sans tabou la question brûlante de l’égalité des chances à Hollywood.

Les confessions d’Eddy de Pretto entre virilité, prise d’otage et ring de boxe
887

Les confessions d’Eddy de Pretto entre virilité, prise d’otage et ring de boxe

Musique Auteur-compositeur-interprète, ce jeune chanteur de 26 ans a ému les foules dès son premier EP où il livrait, en toute sincérité, sa difficulté à se construire dans un monde où la virilité se confond souvent avec les clichés machistes. Numéro a évoqué avec lui son début de carrière fulgurant. Auteur-compositeur-interprète, ce jeune chanteur de 26 ans a ému les foules dès son premier EP où il livrait, en toute sincérité, sa difficulté à se construire dans un monde où la virilité se confond souvent avec les clichés machistes. Numéro a évoqué avec lui son début de carrière fulgurant.

Adèle Exarchopoulos : “J’adore les gens capables d’assumer leur monstre et leur lumière”
887

Adèle Exarchopoulos : “J’adore les gens capables d’assumer leur monstre et leur lumière”

Cinéma Dans “Sibyl”, le nouveau film de Justine Triet présenté à Cannes, Adèle Exarchopoulos incarne avec brio une jeune comédienne confrontée à un choix existentiel. Un captivant face-à-face, entre comédie et mélodrame, où l’intensité émotionnelle est à son paroxysme. La jeune actrice et la réalisatrice ont confié à “Numéro” leurs impressions de tournage.     Dans “Sibyl”, le nouveau film de Justine Triet présenté à Cannes, Adèle Exarchopoulos incarne avec brio une jeune comédienne confrontée à un choix existentiel. Un captivant face-à-face, entre comédie et mélodrame, où l’intensité émotionnelle est à son paroxysme. La jeune actrice et la réalisatrice ont confié à “Numéro” leurs impressions de tournage.    

17 questions à Penélope Cruz, la muse d’Almodóvar
887

17 questions à Penélope Cruz, la muse d’Almodóvar

Cinéma Elle rayonne plus que jamais actuellement à l’affiche de “Douleur et Gloire”, le dernier film de son pygmalion, le grand réalisateur Pedro Almodóvar. Actrice passionnée et engagée, Penélope Cruz a aussi prouvé que le développement durable et éthique peut parfaitement aller de pair avec le luxe. Elle signe pour Atelier Swarovski une collection de joaillerie fine parée de pierres précieuses créées en laboratoire. Rencontre. Elle rayonne plus que jamais actuellement à l’affiche de “Douleur et Gloire”, le dernier film de son pygmalion, le grand réalisateur Pedro Almodóvar. Actrice passionnée et engagée, Penélope Cruz a aussi prouvé que le développement durable et éthique peut parfaitement aller de pair avec le luxe. Elle signe pour Atelier Swarovski une collection de joaillerie fine parée de pierres précieuses créées en laboratoire. Rencontre.

“Mektoub My Love : Intermezzo” d'Abdellatif Kechiche : une vision rance des femmes
387

“Mektoub My Love : Intermezzo” d'Abdellatif Kechiche : une vision rance des femmes

Cinéma Mektoub My Love : Intermezzo d'Abdellatif Kechiche restera comme la projection marquante de ce Festival de Cannes 2019. Après le premier volet de la future trilogie (voire plus, si affinités) sorti en salles l’année dernière, le réalisateur poursuit sa recherche d’un chaos hypnotique et musical, qui hurlerait de manière violente sa dépendance à la chair. Mektoub My Love : Intermezzo d'Abdellatif Kechiche restera comme la projection marquante de ce Festival de Cannes 2019. Après le premier volet de la future trilogie (voire plus, si affinités) sorti en salles l’année dernière, le réalisateur poursuit sa recherche d’un chaos hypnotique et musical, qui hurlerait de manière violente sa dépendance à la chair.