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Rencontre avec Michael Kors : aux origines d'une success story

 

Self-made-man new-yorkais débordant d’énergie, Michael Kors a su combiner le fantasme du lifestyle jet-set avec le pragmatisme américain pour créer une véritable success story.

Numéro : Comment diable en êtes-vous venu à vous passionner pour la mode ?

Michael Kors : Mon Dieu, par où commencer ? Je suis un fils unique, et dans ma famille, curieusement, tout le monde adorait la mode. Pas seulement les femmes, mais les hommes également, et ils m’emmenaient souvent avec eux dans leurs virées shopping. Mon grand-père travaillait dans l’industrie textile, et je me souviens de l’avoir suivi alors qu’il allait se faire faire un costume. Il m’expliquait qu’il fallait toujours pouvoir déboutonner ses poignets : “Il faut pouvoir montrer ta doublure.” Je n’étais qu’un enfant et je ne comprenais rien à ce qu’il me racontait. Mais j’étais fasciné car il voyageait beaucoup. Les femmes de ma famille avaient elles aussi des personnalités très fortes, qui s’exprimaient dans leur façon de s’habiller. Ma mère, ma grand-mère et ma tante avaient des styles très différents. Ma mère aime ce qui est discret, le savoir-faire tailleur. Elle évite les couleurs, les motifs et les imprimés. Elle porte toujours du noir, du blanc et du gris. Ma grand-mère avait un style très extravagant, avec beaucoup de bijoux. J’avais une tante qui était très bohème, une autre très sexy. Je baignais dans ce contexte extrêmement porteur et, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours dessiné des looks.

 

À l’âge où l’on rêve d’être pompier ou vétérinaire, vous vouliez donc être créateur de mode ?

Pas vraiment. Je m’étais mis en tête de devenir acteur, mais comme je suis mauvais danseur et que je ne sais pas chanter, aux États-Unis, c’est un problème pour exercer ce métier. Dès la fin de mes cours de théâtre, je me précipitais faire du shopping. J’ai donc fini par me rendre à l’évidence, et dès l’âge de 16 ans, j’ai commencé à vendre mes premiers dessins de mode au père d’un ami, qui faisait des jeans. Puis je me suis inscrit au Fashion Institute of Technology... mais j’ai laissé tomber au bout de la première année ! J’étais un piètre étudiant et j’étais surtout impatient de commencer à travailler. La logique aurait voulu que je débute comme assistant dans un studio, à servir des cafés en observant ce qui se passait, mais ça aussi, pour moi, c’était impossible. J’ai donc fait mes débuts dans une boutique du nom de Lothar’s – une marque française qui a popularisé les vestes en duvet matelassées et les jeans tie and dye dans les années 70. La clientèle était d’un glamour absolu : de Jackie Kennedy à Diana Ross en passant par Cher. Cela m’a ouvert les yeux sur un monde fabuleux. J’étais bien mieux là, à voir de mes propres yeux comment les riches s’habillaient, et quels étaient leurs besoins, que sur les bancs de n’importe quelle école. Au début, j’étais un simple vendeur, mais les propriétaires ont remarqué à quel point je comprenais ce qui était juste pour leur clientèle. Ils m’ont donc proposé de dessiner pour eux, et, à l’âge de 19 ans, j’ai ainsi ouvert un petit atelier. Je concevais également l’arrangement des vitrines. J’avais donc un point de vue très complet sur le business. Je voyais bien ce qui marchait et ce qui ne marchait pas.

 

En quoi cette première expérience a-t-elle contribué à forger votre vision du métier ?

Le fait de commencer dans une boutique m’a beaucoup influencé. D’emblée, je me suis situé dans la réalité. Aujourd’hui, tout ce que je montre dans mes défilés se retrouve dans mes boutiques. Aucune pièce n’est produite uniquement pour faire de l’effet sur les podiums. Quand, à Paris, à New York ou à Tokyo, je vois des hommes et des femmes qui portent mes vêtements, je me dis que je ne dois pas être trop nul dans mon métier [rires]. Car aujourd’hui, l’offre est pléthorique. L’important est de proposer des pièces fonctionnelles, mais glamour. Lorsque le vêtement répond à ces deux exigences, il devient votre meilleur ami.

 

Vous avez été un temps directeur artistique de Céline. Quel enseignement avez-vous tiré de votre passage dans une grande maison parisienne ?

J’ai adoré l’attitude des Françaises : elles n’ont pas peur de porter un manteau blanc en plein hiver, elles boivent du vin et mangent du fromage. Ce qui ne veut pas dire qu’elles se gavent, mais elles savent se faire plaisir. Alors que l’Américaine type déjeune d’une salade sans sauce devant son ordinateur. J’ai envie de leur demander : “Mais quand avez-vous perdu votre joie de vivre ?” Paris m’a libéré de ce côté trop rationnel qu’ont les Américains. J’ai construit mon style sur l’équilibre des contraires. J’aime le yin et le yang, les mocassins en crocodile portés avec un jean, le caviar dégusté avec des chips.

Quand, à la fin des années 90, après votre passage chez Céline, vous avez recommencé à vous occuper exclusivement de votre marque, quelle orientation avez-vous souhaité lui donner ?
J’ai vu que les murs et les frontières s’écroulaient : avec l’influence d’Internet, tout le monde était plus informé, et on ne pouvait plus vraiment distinguer d’identité “locale”, parisienne, italienne ou new-yorkaise. C’était le début de ce que j’appelle volontiers “le style international”. Aujourd’hui, le style est un sujet qui est devenu beaucoup plus démocratique et qui ne concerne plus seulement la frange la plus riche des capitales : un adolescent au fin fond de son village peut être sophistiqué. J’aime profondément ces changements. Enfin, je n’aime pas les révolutions, je leur préfère les évolutions, car je crois encore en quelques valeurs du vieux monde, par exemple, le mot “approprié” ou “convenable”. Mais l’idée de ce qui est convenable a changé. Lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir, Michelle a porté une robe Michael Kors pour son premier portrait officiel. Les langues de vipère se sont déchaînées : “Oh mon Dieu, elle porte une robe noire, qui plus est en jersey, et sans manches !” Mais Michelle est tout simplement une femme de son époque. Elle n’allait tout de même pas porter un tailleur saumon et une blouse à jabot ! Sa tenue marquait une évolution. Était-elle convenable ? Ce qui la rend appropriée aux circonstances, c’est la parfaite connaissance que cette femme a de sa personnalité, de sa silhouette et de ce qui lui va. Et cette connaissance de soi, c’est quelque chose en quoi je crois.

Vous venez de dévoiler à Londres, lors de l’inauguration de votre nouveau flagship store, une collaboration inédite avec l’écurie de formule 1 McLaren-Honda. Est-ce vraiment approprié de conduire à 400 km/h en pleine ville ?
La vitesse est un sujet qui me fascine depuis toujours. À partir des années 60, les gens ont commencé à voyager en avion, à changer de climat et de fuseau horaire à longueur de temps. Ce concept du style de vie jet-set est essentiel à la marque Michael Kors. J’aime cette idée de la vitesse associée au glamour et au design. Dans la vie réelle, les hommes ne sont pas des James Bond, mais, par moments, ils ont besoin de se mettre dans la peau de James Bond. Trouvez-moi une femme qui n’aimerait pas être Angelina Jolie dans le rôle de Lara Croft, qui envoie valser dans le décor tous ses ennemis ! Bien sûr, si tout le monde se mettait à vouloir piloter une voiture de F1, ce serait une catastrophe – pour ma part, je suis à peine capable de me garer et je rêve de la nouvelle Tesla qui se gare toute seule. Mais la voiture de formule 1 et notre association avec McLaren-Honda et ses pilotes renvoient directement à une sorte de réalité augmentée, à un fantasme collectif. Et l’emprise de ce fantasme sur nos psychologies, elle, est tout ce qu’il y a de réel.

 

Propos recueillis par Delphine Roche, portrait Victor Demarchelier

 

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