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John de Mol ou qui veut gagner des milliards ?

 

Inventeur de la télé-réalité avec Big Brother, alias Loft Story, John de Mol en demeure le maître incontesté : The Voice est l’émission la plus regardée de la planète. Après avoir revendu sa société Endemol, le multimilliardaire continue de créer...

Pape de la télé-réalité ou roi de la télé-poubelle, le nom de John de Mol est souvent associé à des superlatifs, mais son “œuvre” télévisuelle divise. Big Brother, traduit de façon plus consensuelle par Loft Story en France, c’est lui. Fear Factor, lui aussi. À prendre ou à laisser, un jeu télévisé distribué dans plus de cent pays, toujours lui, The Voice, encore lui. Depuis le milieu des années 80, ce Néerlandais a mis à l’antenne et vendu à travers le monde des centaines de programmes. Un business qui lui a permis d’accumuler une fortune personnelle estimée à plus de 2,2 milliards de dollars par le magazine américain Forbes, ce qui le place parmi les hommes les plus riches de la planète.

Pourtant, si Johannes Hendrikus Hubert de Mol, dit “John”, aime filmer la vie des autres, il prend soin de rester en dehors des projecteurs.Je n’ai pas peur de parler de moi, mais je ne vois pas la nécessité de le faire souvent. Je ne suis pas un personnage public, je travaille en coulisses, en dehors de la lumière. Je rejette 99 % des demandes d’interviews. Je ne suis pas un artiste ou un acteur qui doit promouvoir un album ou un film. Je suis un producteur de télévision, un créateur de formats, et je préfère que l’attention soit portée sur mes programmes”, affirme un homme qui, aux dires de ses proches, a toujours voulu être célèbre. Rien ne vaut mieux pour lui qu’un bon Audimat, pas même un portrait dithyrambique dans le New York Times. 

 

Les élites bien-pensantes qui jugent ses émissions irregardables, il n’en a cure.Quand des millions de personnes suivent un programme, qui peut se donner le droit de décréter que c’est ‘trash’ ? Tout est une question de goût, de génération. On a coutume de dire que McDonald’s, c’est mauvais, que Bocuse, c’est bon, mais des millions de gens vont chez McDonald’s. Les téléspectateurs ont le choix. La télévision est le plus bel exercice démocratique”, martèle ce presque sexagénaire à l’allure d’éternel play-boy, plus à l’aise avec les strass et les paillettes qu’avec un aréopage d’intellectuels. “Vous en apprenez plus sur la vie en regardant Big Brother qu’en lisant un livre”, n’a-t-il pas hésité à dire un jour. “C’est une véritable rock star qui sait mettre en scène ses idées et fédérer les talents autour de lui. Très peu de personnes ont un destin comme le sien”, souligne, admiratif, Thierry Lachkar, président de la société de production audiovisuelle et digitale Shine France, qui connaît John de Mol depuis près de quinze ans.

 

Le show-business, M. de Mol le fréquente depuis sa plus tendre enfance : un grand-père qui possédait son propre orchestre, un père qui fut le Frank Sinatra néerlandais, une femme actrice, Willeke Alberti, qu’il épouse à 21 ans. Il est aussi né à Hilversum, dans la banlieue d’Amsterdam, le berceau de la télévision hollandaise, où sont toujours installés les studios des principaux groupes audiovisuels du pays, dont Talpa Media Holding, la société qu’il dirige aujourd’hui. Pourtant, c’est vers le foot qu’il se tourne adolescent. En ce début des années 70, l’Ajax Amsterdam, son club favori, connaît un âge d’or, et John rêve alors d’une carrière de joueur professionnel. “Mais j’ai très vite découvert que je n’étais pas au niveau.” Amateur de musique, John finit par traîner pendant les vacances scolaires dans la station de radio achetée par son père. Il devient disc-jockey. “Ce qu’il y a de bien avec ce métier, c’est que votre nom est familier à tout le monde, mais que personne ne vous connaît. Ce que j’apprécie beaucoup”, raconte ce grand timide qui fuit les médias.

 

Cette carrière s’arrête brutalement lorsque la radio pirate qui émettait au large des côtes hollandaises est interdite. Une connaissance lui conseille de tenter la télévision. À l’époque, aucune chaîne commerciale n’est autorisée aux Pays-Bas. Le premier job qu’il obtient est celui d’assistant de l’assistant pour l’élection de Miss Pays-Bas. “Ce n’était pas la meilleure émission pour commencer”, reconnaît-il. Pourtant, quand il se rend compte deux heures avant que le programme ne débute qu’il sera vu en direct par des millions de téléspectateurs, il entre en transe. “J’avais été contaminé par le virus de la télévision”, explique-t-il. Une maladie dont il n’a jamais guéri depuis. 

 

John de Mol reste presque cinq ans dans le service public. “Un secteur où la plupart des gens s’installent jusqu’à leur retraite, mais je n’aimais pas ça. Il abandonne la sécurité de l’emploi pour devenir producteur free-lance, un métier qui existe à peine. À 23 ans, le jeune homme ambitieux fête son premier grand succès, un jeu baptisé Showbizzquiz, qui fait sauter l’Audimat. Il crée sa propre société : John de Mol Produkties. Un flop. À la fin des années 70, il n’y a pas de place pour les maisons de production indépendantes : le service public domine la télévision. “Les premières années furent terribles. Je ne gagnais pas du tout d’argent. Les dettes s’accumulaient, si bien qu’à un moment j’ai dû vendre la moitié de mon entreprise pour les rembourser.” Joost den Draaijer, un disc-jockey célèbre aux Pays-Bas, le sauve en injectant de l’argent dans sa société.

 

Les choses s’arrangent au milieu des années 80 lorsque les chaînes commerciales commencent à débarquer en Europe. C’est au ciel que John de Mol doit son salut. Plus précisément à Sky Channel, un canal diffusé par satellite que vient de lancer le magnat des médias australien Rupert Murdoch. Il crée un top 50 européen, ainsi que le DJ Kat Show, une sorte de Muppet Show dont la présentatrice n’est autre que sa sœur Linda. Le voilà vite en charge d’une demi-douzaine d’émissions quotidiennes, “ce qui a eu un impact immense sur le développement de la compagnie”, se félicite-t-il. Les premiers bénéfices arrivent. Mais le vrai décollage intervient à la fin des années 80. La petite entreprise de M. de Mol grandit rapidement. Bientôt, il vend les formats des autres. Il adapte pour les Pays-Bas Le Juste Prix et La Roue de la fortune.Je n’avais pas encore découvert que le vrai business à la télévision était de créer un programme et de le vendre ensuite au reste du monde”, s’excuse-t-il presque.

 

John de Mol a déjà commencé à vendre certains formats à l’étranger, comme Medical Center West, un soap hospitalier, ou le Marriage Show, animé par sa sœur, où les candidats s’épousent devant les caméras. Un jour, il s’aperçoit que sa propre compagnie se trouve en concurrence avec l’un de ses confrères néerlandais pour vendre un programme à une télé locale espagnole. Ce compatriote n’est autre que le producteur Johannes (“Joop”) van den Ende. John de Mol trouve cela absurde. En 1994, il décide donc de marier sa société avec celle de ce vieux routier de l’organisation d’événements et de spectacles, créateur du Soundmixshow, l’ancêtre de la Star Academy, lancé en 1985. “Endemol”, contraction des noms des deux producteurs, est né. Le tandem fonctionne à merveille et lance une multitude de programmes aux titres évocateurs : Les chaînes de l’amour, All You Need is Love, Les lettres d’amour, Pardonne-moi. La compagnie n’entre pourtant dans l’histoire de la télévision que quelques années plus tard avec un format beaucoup plus original : Big Brother.

 

Comme souvent, c’est d’une façon totalement inattendue qu’est venue l’idée de cette émission, se souvient John de Mol. C’était un vendredi soir. J’étais en rendez-vous dans mon bureau avec deux créatifs de mon équipe pour un projet destiné à la télévision publique néerlandaise. Ce genre de réunion est parfois très agréable, car vous sentez que vous avez trouvé quelque chose de génial. Il arrive aussi que ça tourne au cauchemar. Vous transpirez et cherchez l’inspiration pendant des heures, sans qu’aucune bonne idée en sorte. Nous nous trouvions, malheureusement, dans ce cas de figure. Nous avons donc mis fin à notre discussion pour aller prendre un verre. L’un d’entre nous raconte alors qu’il a lu un article au sujet d’une expérience baptisée Biosphere 2. Des scientifiques américains avaient construit un gigantesque dôme de verre dans le désert de l’Arizona. Ils y avaient enfermé des gens qui devaient vivre en autarcie en faisant pousser des légumes. J’ai bombardé mon collaborateur de questions. Le lundi, il m’apportait l’article. Je l’ai lu dix fois, et je me suis alors demandé : ‘Que se passerait-il si nous coupions du reste du monde des gens qui ne se connaissent pas et que nous les filmions ?’ J’ai alors proposé à une équipe de travailler sur cette idée, de réfléchir à des règles, de voir comment nous pouvions réaliser cela techniquement…”, raconte-t-il, comme s’il avait vécu ça hier.

 

Toutefois, l’aventure s’avère compliquée à produire. [...]

 

 

Retrouvez cet article dans son intégralité dans le Numéro Homme automne-hiver 2014, disponible sur iPad.
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Par Joël Morio, photos Nicholas Alan Cope

 

 

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