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Euro 2016 : on a rencontré Olivier Giroud (chez le coiffeur)

 

Le travail, la famille : ajoutées à son talent, les valeurs fortes d’Olivier Giroud, joueur d’Arsenal, l’ont porté au sommet du football professionnel. Pendant l’Euro 2016, il mène le front de l’attaque de l’équipe de France…

Costume en lin, DRIES VAN NOTEN. Chemise en popeline de coton, BERLUTI. Sneakers, PUMA. 

 

Olivier Giroud se remémore l’une des toutes premières photographies que sa mère a prises de lui, quelque temps après sa naissance à Chambéry. On y voit le futur attaquant de l’équipe de France tenir un biberon dans sa main droite et caresser un ballon du pied gauche. “Le football était le sport national à la maison”, précise-t-il aujourd’hui lorsqu’il évoque ce souvenir. Malgré une réussite éclatante ces derniers mois, le footballeur garde la tête froide et tout dans son attitude révèle à quel point il se sent privilégié d’avoir réalisé son rêve d’enfant.

 

Joueur attachant au parcours atypique, Olivier Giroud atteint, à bientôt 30 ans, la plénitude de sa carrière. Loin de pavoiser, le Français préfère temporiser, adoptant un principe de précaution typique de tout sportif en interview : “Je suis reconnaissant de l’éducation que j’ai pu recevoir de mes parents.” Il est vrai que la solide ossature familiale dont il a pu bénéficier lui a été indispensable pour survivre dans l’impitoyable entonnoir du football professionnel. De même que sa foi catholique.

 

Il y a d’abord eu l’exemple de son grand frère, défenseur central prometteur, admis à 14 ans au centre de formation de l’A.J. Auxerre. “Romain était connu dans la région, et quand j’étais petit j’étais très fier de dire qu’il était mon frère, raconte Giroud. C’est lui qui m’a donné envie de devenir footballeur professionnel. Il m’a beaucoup conseillé et m’a fait profiter de son expérience et de son recul.” Malgré cinq années en centre de formation et une quarantaine de sélections nationales en “jeunes”, Romain Giroud ne percera jamais au plus haut niveau. Romain et Bertrand, l’aîné de la fratrie, joueront donc les bonnes fées penchées sur le berceau de leur cadet, veillant à ce qu’il garde les pieds sur terre tout au long de sa progression, qui s’effectuera par paliers.

 

Après une formation et des débuts au Grenoble Foot 38 avec la réserve en CFA2, Olivier Giroud est envoyé en national, à Istres, avant d’exploser en Ligue 2 à Tours en 2008. Meilleur joueur du championnat en 2010, il rejoint l’élite du foot français à Montpellier, où il remporte le titre de champion de Ligue 1 deux ans plus tard. Appelé en équipe de France, il commence à intéresser sérieusement le PSG. Si ses qualités athlétiques le prédisposent depuis toujours à réussir dans le championnat anglais, beaucoup plus exigeant sur le plan physique, dans un premier temps, Giroud, conseillé par sa famille, préfère rester en France et continuer à se perfectionner, avant de se lancer dans l’âpre compétition qui sévit outre-Manche. Puis il décide finalement de rejoindre l’Angleterre, ce dont il rêvait depuis l’adolescence. 

Chemise en popeline de coton et cravate, BERLUTI.

 

Sur la terre natale du football, les clubs allient prestige sportif et capitaux financiers hors norme : en 2015, pas moins de dix propriétaires de clubs de Premier League figurent dans le classement des plus grandes fortunes mondiales du magazine Forbes. Dans ce championnat très disputé (contrairement au championnat français écrasé par le PSG depuis maintenant quatre saisons), les clubs n’ont pas droit à l’erreur, et la pression qui pèse sur leurs managers pour dégoter un buteur capable de mener le front de l’attaque est énorme, tant de la part des supporters que de celle des propriétaires, qui exigent des résultats. Olivier Giroud aime à rappeler que dans ce contexte de concurrence féroce, comme ailleurs auparavant, c’est grâce au travail et à l’aide des techniciens qui l’ont encadré qu’il a pu se perfectionner. “Chaque entraîneur m’a fait progresser à sa manière. Arsène Wenger, à Arsenal, insiste sur les gammes techniques à l’entraînement. À Montpellier, René Girard m’a appris à me faire violence et n’hésitait pas à me donner des coups de pied aux fesses pour que je devienne plus régulier. Quant à Daniel Sanchez, à Tours, il m’a beaucoup apporté dans les courses vers le but, les appels et les contre-appels pour créer des fausses pistes dans la surface.” Sur sa lancée, Olivier Giroud, en bon catholique reconnaissant, continue à énumérer spontanément les autres techniciens, à Istres ou à Grenoble, qui l’ont fait passer de l’ombre à la lumière. Cette lumière qui lui vaut aujourd’hui l’amour et la dévotion des supporters d’Arsenal…

 

Le déclic se fait lors d’un déplacement à Liverpool en septembre 2012. Nouvel arrivant, le Français découvre alors le côté lumineux du football anglais : la passion des supporters, dont témoigne par exemple le film Looking for Éric, de Ken Loach. En 2009, le réalisateur anglais porte à l’écran l’amour éternel que vouent les supporters de Manchester United à Éric Cantona, devenu à jamais une figure historique, véritable légende du club. En Angleterre, le supportership fait partie de l’héritage familial et local. Les parents (souvent d’origine modeste) emmènent leurs enfants au stade tout jeunes, et ils grandissent dans l’amour du club, tissant un lien social vital avec les voisins de tribune et de quartier, eux aussi supporters. Si l’exigence des spectateurs est élevée, leur dévotion aux footballeurs qui n’hésitent pas à “mouiller le maillot”, alliant performance et panache, est éternelle. La consécration ultime étant ces chansons qu’ils composent spontanément pour vanter les mérites d’un joueur, et qu’un stade entier se met alors à entonner. Ce 2 septembre 2012, l’émotion d’Olivier Giroud est à son comble lorsqu’il entend monter des gradins un hymne à sa gloire, sur le thème de la chanson Hey Jude des Beatles. “J’en ai eu la chair de poule, explique-t-il. C’est très anglais de supporter les nouveaux arrivants comme ça.” Une consécration sportive confirmera ce plébiscite spontané : en mars 2015, Giroud remporte le prix du meilleur joueur de Premier League, désigné chaque mois par le sponsor du championnat.

 

Galvanisé, Olivier Giroud entamait la saison 2015-2016 à un train d’enfer: d’août à décembre dernier, il affichait déjà 21 réalisations au compteur, toutes compétitions confondues, davantage que sur l’ensemble de la saison précédente. En décembre 2015, son triplé face à l’Olympiakos permet aux Gunners d’Arsenal de se qualifier en Ligue des champions, malgré une entame de compétition désastreuse. “J’essaie de m’améliorer chaque année”, poursuit-il, toujours modeste, lorsqu’on lui demande quel supplément de motivation le pousse cette saison. “Depuis mon arrivée en Angleterre, j’ai progressé techniquement et dans les duels, en gardant mieux le ballon dos au but, ce qui est fondamental dans ce championnat.

Veste en lin, DRIES VAN NOTEN. Chemise en popeline de coton et cravate, BERLUTI.

 

Depuis l’époque où Arsenal remportait le titre de champion d’Angleterre (en 2004), sans avoir subi, fait historique, aucune défaite de toute la saison, il a connu une traversée du désert entre 2006 et 2013, ce qui n’a pourtant pas déboulonné son manager, Arsène Wenger, technicien alsacien arrivé à sa tête en 1996 et artisan de la superbe forme du club à la fin des années 90. Arsenal ne dégringole pas pour autant dans les classements, parvenant à se hisser parmi les quatre ou cinq meilleurs, mais sans toutefois s’imposer en leader. Malgré les critiques qui ne manquent pas de pleuvoir durant la période, les Gunners et leur entraîneur conservent néanmoins leur prestige. Sous l’égide d’Arsène Wenger, Arsenal est devenu le club le plus francophile d’Angleterre, permettant notamment l’épanouissement de Thierry Henry, attaquant vedette de l’équipe de France avec laquelle il remporte la Coupe du Monde en 1998, véritable légende d’Arsenal, qui a même droit à sa statue à l’Emirates Stadium. Dans les vestiaires des Gunners, Olivier Giroud évolue avec d’autres Tricolores, Laurent Koscielny, au côté de qui il jouait en 2008 en seconde division à Tours, et Mathieu Debuchy.

 

Une complicité qui va logiquement se poursuivre au sein de l’équipe de France, lors de cet Euro 2016. Si Debuchy est déjà hors jeu, la présence du défenseur central Laurent Koscielny semble aujourd’hui indiscutable dans le onze de départ du sélectionneur Didier Deschamps. Olivier Giroud, sélectionné pas moins de 45 fois par ce dernier et totalisant treize buts depuis le début de la campagne de l’Euro 2016, fait partie des hommes en forme chez les Tricolores. La triste affaire de la sextape, qui évincerait d’emblée Karim Benzema, toujours sous contrôle judiciaire, et peut-être Mathieu Valbuena, devrait bénéficier à Giroud. Son extraordinaire réussite – meilleur buteur français en 2015, avec trente réalisations – a convaincu Didier Deschamps d’optimiser son système de jeu pour lui laisser une place de titulaire sur la feuille de match.

 

Cet Euro 2016, qui se joue en France, revêt bien sûr une importance particulière pour Olivier Giroud, qui proclame encore une fois son désir de “hisser haut les couleurs du drapeau tricolore”. Avant de conclure : “De par nos expériences diverses, on est conscient de la chance qu’on a de porter ce maillot. Si j’ai eu à quitter Grenoble pour faire mes armes à Istres, peut-être que la route était tracée et que le ciel a fait en sorte que j’aie les qualités pour pouvoir réaliser mon rêve.

 

 

Par Igor Mladenovic

Portraits Miles Aldridge

 

 

Réalisation : Serge Girardi. Coiffure : Asashi pour Oribe chez Caren. Décor : Vincent Olivieri chez The Magnet Agency. Production : Lucy Watson Productions. Merci à Sharps Barbers, Covent Garden, Londres.

 

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