Advertising
177

Le champion de natation Florent Manaudou photographié par Karl Lagerfeld

 

Interview exclusive du champion olympique de natation Florent Manaudou. Photos Karl Lagerfeld.

Depuis sa médaille d’or aux jeux Olympiques de Londres en 2012, deux ans auront suffi à Florent Manaudou pour s’imposer comme le nageur le plus rapide de l’histoire. En exclusivité pour Numéro Homme, l’icône se prête au jeu d’une interview fleuve, et se dénude devant l’objectif de Karl Lagerfeld, tel Neptune sortant des eaux.

Veste à queue de pie et pantalon en laine mohair, gilet en piqué de coton, chemise en popeline et piqué de coton, nœud papillon et pochette, Lanvin.

Il y a eu Alain Bernard, Camille Lacourt, Yannick Agnel, Amaury Leveaux et Frédérick Bousquet. Ouvrant la voie à ces illustres champions masculins, une femme, Laure Manaudou, inaugurait le XXIe siècle en faisant soudain triompher la natation française engloutie dans le marasme depuis 1952. De 2001 à 2007, la native de Villeurbanne écrase toute concurrence sur pratiquement toutes les distances : 50 m, 100 m, 200 m, 400 m, 800 m et 1 500 m. Lorsque son petit frère Florent s’adjuge en 2012 une surprenante victoire aux jeux Olympiques sur le 50 m nage libre, certains voient dans la réussite de ce challenger, encore totalement sous les radars, un rapt facilité par l’absence de pression. Qui se souvient alors de son titre de champion de France des cadets, en 2007 ? Bon sang ne saurait pourtant mentir : ce sacre de 2012 marque le coup d’envoi d’une carrière de compétiteur hors pair. Comme sa sœur avant lui, Florent Manaudou domine sa discipline, avec une impression de facilité absolue. Avec son gabarit hors normes, 1,99 m, qui n’entrave en rien son agilité de sprinter très à l’aise sur les courtes distances, Florent Manaudou démontre des aptitudes athlétiques qui lui permettent notamment de triompher fin 2014, aux championnats du monde de Doha, sur le 50 m dos, une épreuve pour laquelle il ne s’entraîne pourtant pas. Presque gêné par sa propre performance, le très jeune homme dont les fossettes contredisent la mâchoire virile esquisse alors une moue rieuse en manière d’excuse. Les records du monde tombent, les dithyrambes s’abattent sur ses épaules telle une pluie de scories : nouveau Michael Phelps, Zidane des bassins. Mais, littéralement comme au sens figuré, Florent Manaudou a le dos large. S’y ajoutent une maturité exceptionnelle, un mental de champion, un calme olympien, une aptitude certaine à maîtriser sa communication sans excès de langue de bois, une gueule d’ange, un corps d’Apollon et un sex-appeal indéniable, un goût assumé pour les beaux vêtements. En l’espace de deux ans, Florent Manaudou a éclipsé ses aînés masculins. Il s’est surtout déjà amplement forgé un prénom. Rencontre.

Conque de triton, Thomas Boog.

Numéro Homme : Lorsque je préparais cette interview, on m’a prévenue que vous vous ennuyez facilement. La natation est un sport très répétitif, pourquoi vous être imposé un tel fardeau ?
Florent Manaudou : 
Je n’ai pas vraiment choisi. J’ai commencé en 1994, à presque 4 ans, en apprenant à me débrouiller dans la mer, comme mon frère et ma sœur avant moi. Je montrais clairement des aptitudes, j’ai donc poursuivi dans cette voie. Du coup, ce n’est pas vraiment une passion, c’est juste mon job. J’alterne les journées où je m’entraîne deux fois et celles où je m’entraîne une fois, car il est important d’avoir des matinées pour dormir et récupérer.

Vous faites aussi beaucoup de musculation, d’après mes informations. 
Chaque semaine, trois fois une heure trente, et deux fois une heure de gainage. Cela se passe toujours avant les entraînements.

 

Le nageur Alain Bernard s’était attiré les moqueries parce qu’il adorait développer sa musculature, ne craignez-vous pas de tomber dans la caricature ? 
C’est vrai que j’aime la musculation, c’est certainement plus fun que la natation. Peut-être parce qu’on peut parler, échanger pendant les temps de récupération. La natation, toujours la tête sous l’eau, c’est assez rébarbatif. J’aime la musculation parce que je suis assez doué, mais ce n’est pas un sport que je ferai tous les jours lorsque j’aurai arrêté de nager. Il s’agit vraiment d’un complément à la natation.

 

Je suppose que vous êtes doué pour tous les sports, étant donné votre gabarit ? 
Enfant, j’étais déjà très doué pour plusieurs sports, mais j’ai eu quelques bons coachs de natation dès le plus jeune âge. J’ai ensuite arrêté quelque temps car, comme tous les adolescents, je n’avais pas envie de m’entraîner tous les jours, mais plutôt de traîner avec mes copains après l’école. Mon frère m’a repris en main et coaché pendant cinq ans.

Les sportifs se lâchent lorsqu’ils finissent un cycle des JO… On en profite, on se transforme en diable.

Gaine de danse en coton et Lycra, Sansha

 

 

Réalisation : Serge Girardi assisté de Brais Vilasó. Maquillage : Hugo Villard chez Atomo Management. Coiffure : Seb Bascle chez ArtList Paris. Numérique et retouche : Ludovic Dhardivillé. Décor : Hervé Sauvage.

La natation est donc vraiment une histoire de famille…
Mon frère, ma sœur et moi avons tous trois nagé. Mon frère moins longtemps que nous, mais tout de même une dizaine d’années. Il est ensuite devenu coach. Il nous a même entraînés ensemble, ma sœur et moi, en 2007. Mes parents n’étaient pas nageurs, mais ils sont tous deux très sportifs.

 

Avez-vous grandi dans une rivalité fraternelle, particulièrement avec Laure qui s’est engagée sur cette voie avant vous, étant votre aînée ? 
Non, car les garçons doivent vraiment nager beaucoup plus vite que les filles. Battre les temps de Laure n’était donc pas un objectif en soi, même si les premières fois où j’ai nagé aussi vite qu’elle, vers l’âge de 14-15 ans, j’étais tout de même content. Nous n’étions pas en rivalité, et aujourd’hui encore, chacun de nous gère sa carrière de son côté. Cela lui fait plaisir que je gagne des médailles, cela me fait plaisir qu’elle en gagne.

 

Les commentaires ont été assez durs lorsqu’elle a décidé d’arrêter sa carrière, comme si sa décision personnelle devenait un enjeu de luttes féministes. En tant que garçon, vous n’aurez pas ce genre de problème…
Les commentaires ont été très durs parce que le public, aujourd’hui, est de plus en plus exigeant avec les sportifs. Avec les réseaux sociaux, ce phénomène prend une ampleur assez incroyable. Mais les gens ne savent pas ce qu’est la vie d’un sportif de haut niveau, surtout celle de Laure, qui nageait vraiment beaucoup de kilomètres par jour, plus que moi.

[...]

 

Propos recueillis par Delphine Roche, 
photos Karl Lagerfeld.

 

 

 

Retrouvez cet article dans son intégralité dans leNuméro Homme printemps-été 2015, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.
→ Abonnez-vous au magazine Numéro
→ Abonnez-vous à l'application iPad Numéro

JPEGMafia, rappeur punk ou voyou sentimental ?
768

JPEGMafia, rappeur punk ou voyou sentimental ?

Musique JPEGMafia alias Barrington DeVaughn Hendricks est le rappeur new school le plus prometteur du moment. Après “Veteran”, album politiquement incorrect sorti en 2018, il pétrifie la critique avec un troisième album intitulé “All My Heroes Are Cornballs”. Portrait d'un gros dur au coeur tendre.  JPEGMafia alias Barrington DeVaughn Hendricks est le rappeur new school le plus prometteur du moment. Après “Veteran”, album politiquement incorrect sorti en 2018, il pétrifie la critique avec un troisième album intitulé “All My Heroes Are Cornballs”. Portrait d'un gros dur au coeur tendre. 

La face cachée d’Olivier Rousteing
867

La face cachée d’Olivier Rousteing

Cinéma Derrière l’aura ultra glamour du directeur artistique de Balmain Olivier Rousteing, le documentaire “Wonder Boy” nous plonge au cœur de son destin tourmenté. Un message d’espoir plein d’émotion. Derrière l’aura ultra glamour du directeur artistique de Balmain Olivier Rousteing, le documentaire “Wonder Boy” nous plonge au cœur de son destin tourmenté. Un message d’espoir plein d’émotion.

Advertising
L'obsession de David Hockney pour… la cigarette
564

L'obsession de David Hockney pour… la cigarette

Art Artistes ou créateurs, Numéro plonge dans ses archives à la recherche des obsessions les plus étranges. Artistes ou créateurs, Numéro plonge dans ses archives à la recherche des obsessions les plus étranges.

Leyna Bloom : “Voir une femme trans aimée qui prend du plaisir permet de réduire les tabous.”
867

Leyna Bloom : “Voir une femme trans aimée qui prend du plaisir permet de réduire les tabous.”

Cinéma Elle a crevé l’écran à Cannes, dans son tout premier rôle en tant que comédienne. Mannequin transgenre, Leyna Bloom incarne avec talent et conviction la voix d’une minorité qui restait jusqu’à aujourd’hui encore ostracisée. Icône et porte-parole, la jeune Afro- Américaine revient pour nous sur ses débuts au cinéma, et évoque sans tabou la question brûlante de l’égalité des chances à Hollywood. Elle a crevé l’écran à Cannes, dans son tout premier rôle en tant que comédienne. Mannequin transgenre, Leyna Bloom incarne avec talent et conviction la voix d’une minorité qui restait jusqu’à aujourd’hui encore ostracisée. Icône et porte-parole, la jeune Afro- Américaine revient pour nous sur ses débuts au cinéma, et évoque sans tabou la question brûlante de l’égalité des chances à Hollywood.

Les confessions d’Eddy de Pretto entre virilité, prise d’otage et ring de boxe
887

Les confessions d’Eddy de Pretto entre virilité, prise d’otage et ring de boxe

Musique Auteur-compositeur-interprète, ce jeune chanteur de 26 ans a ému les foules dès son premier EP où il livrait, en toute sincérité, sa difficulté à se construire dans un monde où la virilité se confond souvent avec les clichés machistes. Numéro a évoqué avec lui son début de carrière fulgurant. Auteur-compositeur-interprète, ce jeune chanteur de 26 ans a ému les foules dès son premier EP où il livrait, en toute sincérité, sa difficulté à se construire dans un monde où la virilité se confond souvent avec les clichés machistes. Numéro a évoqué avec lui son début de carrière fulgurant.

Adèle Exarchopoulos : “J’adore les gens capables d’assumer leur monstre et leur lumière”
887

Adèle Exarchopoulos : “J’adore les gens capables d’assumer leur monstre et leur lumière”

Cinéma Dans “Sibyl”, le nouveau film de Justine Triet présenté à Cannes, Adèle Exarchopoulos incarne avec brio une jeune comédienne confrontée à un choix existentiel. Un captivant face-à-face, entre comédie et mélodrame, où l’intensité émotionnelle est à son paroxysme. La jeune actrice et la réalisatrice ont confié à “Numéro” leurs impressions de tournage.     Dans “Sibyl”, le nouveau film de Justine Triet présenté à Cannes, Adèle Exarchopoulos incarne avec brio une jeune comédienne confrontée à un choix existentiel. Un captivant face-à-face, entre comédie et mélodrame, où l’intensité émotionnelle est à son paroxysme. La jeune actrice et la réalisatrice ont confié à “Numéro” leurs impressions de tournage.    



Advertising