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07

Qui est Jemima Kirke, artiste peintre et actrice indé qui dynamite la saison 3 de “Sex Education” ?

Série

Dans la saison 3 de Sex Education, l’actrice anglo-américaine de 36 ans Jemima Kirke incarne Hope Haddon, la nouvelle proviseure de Moordale faussement cool… Mais dans la vraie vie son aura de "it girl" n’est pas à démentir. Peintre, héroïne de la série culte Girls et petite amie du crooner déjanté Alex Cameron, elle dégage une séduction edgy proche d’une Chloë Sevigny. Portrait d’une anticonformiste.

On n’a jamais oublié le charme bohème et la nonchalance évanescente de Jemima Kirke alias Jessa dans la série Girls (2012-2017) écrite par son amie Lena Dunham. Cette dernière a déclaré à plusieurs reprises en interview s’être inspirée de la personnalité farouche de sa BFF Jemima Kirke, rencontrée pendant sa scolarité en école privée, pour créer le rôle de Jessa Johansson. Cette jeune New-Yorkaise pur jus, à la fois globe-trotteuse, acerbe, exubérante et séductrice est sans doute l’un des personnages les plus complexes et fascinants de la série HBO. Une série d’une intelligence rare qui a traduit avec brio les indécisions de toute une génération.

 

Des milliers de millennials se sont identifiés à l'attirance pour le danger (drogues et bacchanales effrénées), à la difficulté de se fixer - professionnellement et amoureusement - ainsi qu'à la sensibilité à fleur de peau de Jessa. La beauté atypique de Jemima Kirke, digne d'un Botticelli et magnifiée par des looks hippie sexy, incarnait parfaitement l’esprit de son quartier, Brooklyn. Et son regard toujours un peu ailleurs tendait un miroir idéalisé aux angoisses adolescentes de l'époque. Dans les six saisons où elle est apparue, Jessa happait les spectateurs avec son air mystérieux et son vague à l'âme persistant. Elle semblait traverser la vie en touriste, ou en funambule, sans aucun plan de carrière, ni de vie. Une attitude poétique qui semble aussi habiter l’actrice, évoluant en marge des canons hollywoodiens.

Jemima Kirke dégage, dans la vraie vie, le même genre de charisme à la fois sauvage et décalé que le personnage qui l'a fait connaître. Elle ressemble à ces filles que l'on croise dans le Lower East Side qui ont toujours l'air d'être animées par mille et un projets palpitants. Née en 1985 à Londres, la Britannique a été élevée à New York par un père, Simon Kirke, batteur dans les groupes de rock Bad Company et Free et une mère, Lorraine Dellal, à la tête d’une boutique de fripes appelée Geminola. C'est ce magasin vintage de la Big Apple qui a fourni de nombreux looks de Sex and the City ainsi qu’une robe de mariée de Jessa dans Girls. Très jeune, Jemima Kirke, qui prend très vite les traits d'une Bardot version West Village, joue les mannequins en portant les vêtements chinés par sa mère. Mais le premier amour de la jeune fille, dont l'adolescence est marquée par la rébellion et les drogues - elle suit une rehab à l'âge de 19 ans - c’est l’art. Elle étudie après son bac dans une école de design de Rhode Island. Et à la fin de ses études, elle organise une exposition intitulée A Brief History. La première d’une longue série. 

 

Aujourd’hui, la New-Yorkaise peint toujours. Elle imagine des portraits torturés de femmes au regard triste portant des robes de mariées et des voiles. Leur absence de sourire questionne le sens d'une institution - le mariage - peut-être dépassée. L'artiste met aussi en scène des femmes enceintes qui ont toujours l'air mélancoliques. Parfois, c’est elle-même qu’elle représente, d’autres fois des amies actrices ou artistes. La New-Yorkaise s’inspire de sa longue relation avec un avocat qui s'est soldée par un divorce. Elle a eu, avec cet homme très différent d'elle, deux enfants et ses grossesses semblent être au centre de ses toiles expressives et touchantes. Hantée par la procréation, Jemima Kirke a aussi évoqué publiquement l’avortement auquel elle a eu recours à l’Université, et pour lequel elle n’a pas pu s’offrir une anesthésie. Une manière de sensibiliser l’opinion publique à une procédure taboue qui fait hélas encore débat dans certains États de son pays.

Si Jemima Kirke se définit avant tout comme une artiste, on la connaît surtout en France pour sa carrière d’actrice, qu’elle semble aborder en dilettante malgré sa présence dans des succès générationnels tels que Girls et dans Sex Education. Elle a d’abord joué, pour dépanner, dans des films d’amis comme le brillant Tiny Furniture (2010), réalisé avec trois bouts de ficelle par Lena Dunham et dans lequel a elle tourné bénévolement. Elle apparaît aussi dans des long-métrages sombres et trash comme Ava's Possessions (2015) ou Les Bonnes Soeurs (2017). Et on l’attend dans l’adaptation sous forme de série de Conversations with Friends, le livre évènement de Sally Rooney.

 

En bonne fille de rockeur, on a aussi beaucoup vu Jemima Kirke dans des clips comme ceux du groupe de punk Rival Schools, de Mick Jagger (Gotta Get A Grip, 2017) et de Zayn Malik (Dusk Till Dawn, 2017). Ses prestations les plus magnétiques ? Celles, sublimes et déroutantes, de l’actrice dans les clips de son petit ami, le crooner australien déjanté Alex Cameron, et notamment dans la vidéo de Stranger's Kiss (2017). Comme sur leurs comptes Instagram respectifs, le couple se met en scène de façon artistique, sensuelle et étrange, rappelant le charisme et la passion des mythiques Kurt Cobain et Courtney Love. On espère que pour ces deux jeunes artistes charismatiques et anticonformistes, l’histoire d’amour se finira mieux. Et même, qu'elle durera pour toujours tant leur alchimie créative fait des étincelles.

 

Sex Education (depuis 2019) de Laurie Nunn, saison 3 disponible sur Netflix.