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19 Novembre

Jennifer Aniston a-t-elle réussi son grand retour ?

 

Portrait d'un monde impitoyable (celui de la télévision américaine) et de deux femmes puissantes prises dans une sociète qui digère à peine le séisme #MeToo, la série “The Morning Show” se veut très ambitieuse. Mais que vaut vraiment ce projet d’Apple TV+ avec Jennifer Aniston et Reese Witherspoon dont le montant s’élève à près de 15 millions d’euros par épisode ?

 

Par Violaine Schütz

Un casting de haute voltige

 

Reese Witherspoon en reporter et vraie grande gueule féministe, Steve Carrell en présumé prédateur sexuel et Billy Crudup en magnat des médias cynique et drôlatique, la série d'Apple TV+ affiche un casting prestigieux. Mais c'est surtout Jennifer Aniston qui tire son épingle du jeu. Loin de son personnage attachant de Friends et des comédies romantiques potaches, elle incarne Alex Levy, une brillante journaliste qu'on aime autant qu’on la déteste. Depassée par le départ de son collègue (Steve Carrell), son coanimateur de la matinale à succès The Morning Show, elle n’a d’autre choix que de placer une jeune rivale (Reese Witherspoon) sous le feu des projecteurs. Plus moderne et engagée, cette dernière révèle les failles d'une héroïne qui vieillit, se sent évincée par ses patrons et a peur qu'on l'oublie. Sorte de Don Draper de Mad Men en jupe crayon, Jennifer Aniston incarne un personnage de femme badass et complexe comme on en voit trop peu à la télévision. Une seule question demeure face à l'évidence de la profondeur de sa prestation : mais pourquoi aura-t-on attendu 25 ans (depuis Friends) avant que Jennifer Aniston ne fasse son grand retour à la télévision ?

Bande-annonce, “The Morning Show” — Apple TV+

Une réflexion sur l'après #MeToo

 

La série est la première a vraiment faire de l'ère #MeToo son sujet principal. Elle aborde ce séisme sans détour. On y suit Mitch Kessler, présentateur vedette de la matinale, viré pour son comportement inapproprié. Le show décide de laisser la parole à l'accusé : l'homme affirme avoir été licencié à tort, que toutes ses relations étaient consenties. Un discours entendu maintes fois dans la bouche de Harvey Weinstein et des figures médiatiques accusées ces dernières années. À ses côtés, deux femmes s'imposent et prennent le pouvoir. Coup d'état face au patriarcat, Jennifer Aniston oblige sa chaîne à installer une autre femme pour remplacer Mitch Kessler : l'intrépide Bradley Jackson (Reese Witherspoon). Cette jeune reporter locale originaire de Virginie que l'on croit d'abord conservatrice incarne en fait toutes les valeurs pour lesquelles les femmes d'aujourd'hui se battent. Elle revendique son indépendance, défend l’avortement et le droit à une parole non muselée par les hommes. Seules les deux femmes qui comptent parmi les puis bankable d'Hollywood pouvaient prêter leurs traits à ces revendications…

Une chronique de la télévision moderne

 

Rumeurs, concurrence, scandales, crises existentielles, flirts et coups bas… The Morning Show, chaîne new-yorkaise fictive, se consomme comme une sorte de Dallas 2.0. On pense à UnReal (la série acerbe sur les dessous de la télé-réalité) pour l'humour et surtout à The Newsroom, avec l'immense Jeff Daniels, pour le portrait sans concession de l'univers médiatique. Mais cette histoire d'ego, d'ambitions et de quête effrénée pour le pouvoir – dont le scénario savant rappelle ceux d'Aaron Sorkin (The West Wing) – pourrait tout aussi bien parler d'autres milieux impitoyables. Les coulisses du plateau télé apparaîsent au fur et à mesure, un prétexte à dévoiler des tensions éminamment universelles. The Morning Show, qui ironiquement est produite par Apple (à qui on peut reprocher presque autant de chose qu'à la télévision) montre également comme la volonté, l'authenticité, le travail et l'humour permettent aussi de défier les lois d'un microcosme aussi futile que fascinant.

 

The Morning Show de Kerry Ehrin, disponible sur Apple TV+.

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