29 jan 2026

Faut-il succomber au guilty pleasure La Chronique des Bridgerton ?

Alors que la première partie de la saison 4 de la série La Chronique des Bridgerton est diffusée sur Netflix, retour sur l’ascension de ce croisement entre Downton Abbey, Jane Austen et Gossip Girl.

  • par Violaine Schütz.

  • Publié le 5 janvier 2021. Modifié le 4 février 2026.

    L’idée avait tout pour plaire. Pour sa toute première incursion chez Netflix, la scénariste et showrunneuse superstar Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy, Scandal, Murder) a imaginé, en 2020, – en tant que productrice principale – un conte de fées romantique au sein de la haute société de Londres, en 1813. Et surprise, dans ce soap pour lequel elle a empoché 150 millions de dollars, Noirs et Blancs évoluent dans des costumes d’aristocrates, sur un pied d’égalité. Avec une reine métisse pour couronner ce beau concept inclusif. Cette liberté prise avec le passé revêt un message puissant invitant à repenser les injustices de l’Histoire.

    La Chronique des Bridgerton, une série qui mêle Gossip Girl et Jane Austen

    Sauf que l’Américaine peinait alors à convaincre dans un genre dont les Anglais demeurent les rois incontestés. Dans cette version McDonald’s de l’univers de Jane Austen (matinée de Gossip Girl), les paysages – en carton-pâte – n’étaient pas aussi oniriques que chez les Britanniques, les costumes n’avaient pas d’éclat particulier, et l’humour n’était ni subversif ni piquant.

    Si Downton Abbey reste, dans le domaine, un exemple de finesse, la saison 1 de La Chronique des Bridgerton, adaptée d’une série de livres éponymes écrits par la romancière américaine Julia Quinn, ressemblait à son remake à l’eau de rose, pas très éloigné d’un roman Harlequin : cheap et kitsch.

    Un bal de clichés ?

    Le principal défaut de la saison 1 de La Chronique des Bridgerton, c’étaient ses personnages. Exception faite de la mystérieuse conteuse Lady Whistledown, magnifiée par la voix de la cultissime Julie Andrews, la majorité du casting semblait tout droit sortie d’un téléfilm de Noël… La série suit la famille Bridgerton, et plus particulièrement Daphne Bridgerton, qui doit trouver l’époux idéal, avant de se rebeller contre sa condition. Mais l’actrice qui l’incarne, Phoebe Dynevor (Fair Play), passait les trois quarts du temps à écarquiller les yeux de bal en bal sans réussir à nous émouvoir. À son image, les héros (comme le beau Duc au passé sombre, cliché ultime) et les héroïnes de la saison 1 de la série ne parviennent pas à provoquer l’enthousiasme avec leurs minauderies et leurs moues pincées.

    Alors que Shonda Rhimes est connue pour avoir dessiné des personnages féminins forts comme la courageuse Meredith Grey de Grey’s Anatomy ou la fascinante Olivia Pope de Scandal, on repassera pour trouver dans les débuts de la série des femmes badass dont la bravoure et l’originalité forcent le respect. Si elles s’attaquent aux conventions qui règnent sous la Régence anglaise du XIXe siècle, leurs combats ressemblent à des coups d’épée dans l’eau tant leurs rôles manquent de substance, de complexité et de profondeur.

    Un guilty pleasure à succès

    Pourtant, au fur et à mesure, on s’est laissé charmer par les petits récits anecdotiques, le style Regencycore (robes taille empire, corsets), les décors de plus en plus somptueux et les bluettes fleur bleue de La Chronique de Bridgerton dont la saison 4 (dont l’intrigue évoque celle de Cendrillon) vient d’arriver sur Netflix. Un show qui a le mérite de révéler l’excellent Jonathan Bailey ainsi que Simone Ashley (Le diable s’habille en Prada 2) et Regé-Jean Page (Donjons et Dragons : L’Honneur des voleurs). Ce qui était une foire aux vanités superficielle nous a séduits par ses marivaudages et ses intrigues de mariages arrangés. Les dialogues sont devenus plus étudiés et les situations, moins convenues.

    Le show qui abordait d’abord de manière inconsistante dont le show l’homosexualité et le consentement a progressé. Dans la saison 3, Lady Tilley Arnold a été le premier personnage féminin LGBTQ. Il est aussi question dans cette saison de bisexualité masculine (à travers le personnage de Benedict Bridgerton) et de liberté des corps. De plus en plus, un parti pris féministe se dévoile dans les épisodes.

    Romances queer et exploration du désir féminin

    En 2024, la nouvelle showrunneuse du show, Jess Brownell déclarait dans le média Refinery29 : “Je pense qu’il s’agit d’une série sur les nombreuses façons d’aimer. Il est donc normal de montrer toutes les façons dont les gens aiment, y compris l’amour homosexuel. Nous explorerons donc les histoires d’amour homosexuelles au cours des deux prochaines saisons.

    Quant aux scènes de sexe, on est loin de la sensualité sublime d’un Barry Lyndon ou d’un Liaisons Dangereuses, mais elles font leur petit effet, à l’instar de celle unissant Penelope Featherington (incarnée par la formidable Nicola Coughlan) et Colin Bridgerton (interprété par Luke Newton) dans la saison 3. La saison 4 aborde également le désir féminin et la difficulté à atteindre le plaisir. La quête de l’orgasme est alors abordée tout comme la période allant après la ménopause. Si La Chronique des Bridgerton reste de la guimauve moins raffinée que le Marie-Antoinette de Sofia Coppola, elle est suffisamment moelleuse et réjouissante pour que l’on continue à croquer dedans. Et que l’on ne boude pas son plaisir…

    La première partie de la saison 4 de la série La Chronique des Bridgerton (depuis 2020), créée par Shonda Rhimes et Chris Van Dusen, est disponible sur Netflix.