02 Octobre

Mur sculpté à la tronçonneuse et palais métissé : le meilleur du design vu au Pad London

 

PAD London, le salon de l'art et du design, ouvre ses portes jusqu’au dimanche 7 octobre à Londres. Au programme : 68 exposants, dont les incontournables galeries de design Fumi, Kreo ou Maria Wettergren. Et comme chaque année, son jury de professionnels a décerné ses prix dont celui du meilleur stand et de la meilleure pièce contemporaine. Décryptage.

Par Thibaut Wychowanok

LE PRIX DU DESIGN CONTEMPORAIN

Le mur sculpté à la tronçonneuse d’Etienne Moyat (galerie Negropontes)

 

 

Etienne Moyat sculpte ses larges panneaux de bois à la tronçonneuse. Ce pourrait être un geste brusque, mais cela tient en vérité du geste d’un calligraphe, fluide et léger. Le panneau à terre, le Français dessine son motif puis le travaille d’un geste sûr et précis à la tronçonneuse. Viennent ensuite les étapes tout aussi essentielles : brûler au chalumeau, brosser, cirer avec différentes finitions. Le résultat ne tient pas seulement de la prouesse technique – la régularité du geste est impressionnante – mais du paysage abstrait construit par ce noir brûlé ou ces petits traits formés par les veines du bois.

 

La communion avec la nature se fait spirituelle. Etienne Moyat assume et explique : “Je dirais que pour moi l’arbre est un compagnon de route que je connais depuis toujours; c’est ce que je trouve de plus familier autour de moi. Cela fait un peu plus de dix ans que j’exerce. Les premiers gestes étaient des gestes de sortie d’école, c’est-à-dire avec des règles, des idées préconçues et une volonté de dominer le bois, d’être “bon techniquement”. Mais maintenant, j’ai la chance de pouvoir travailler sans réfléchir, les gestes sont libres, instinctifs : la rencontre de l’énergie de l’arbre et de la mienne dans le moment présent. Sans même toucher le bois, celui-ci m’inspire une gestuelle instinctive, et des sentiments naissent aussi, de force, de mollesse, de fragilité ou de lourdeur, associés à chaque arbre. Ce dernier me renvoie des sensations, des sentiments… le vécu de chaque arbre fait de chaque sculpture une expérience unique.” 

 

Ce prix du design contemporain vient ainsi récompenser la galerie Negropontes, active à Paris depuis 2012 et dirigée par Sophie Negropontes et Hervé Langlais, designer et directeur artistique.

 

 

“Sans même toucher le bois, celui-ci m’inspire une gestuelle instinctive, et des sentiments naissent aussi, de force, de mollesse, de fragilité ou de lourdeur...” Etienne Moyat

LE PRIX DU MEILLEUR STAND

Le palais métissé de Carpenters Workshop Gallery

 

 

La galerie ouverte il y a dix ans par Julien Lombrail et Loïc Le Gaillard s’est depuis longtemps installée comme un acteur dominant du design du XXIe siècle. Jouant des frontières avec l’art, elle s’est imposée à Londres, à Paris puis à New York, en défendant des artistes comme Rick Owens, Robert Stadler, Kendell Geers, Wonmin Park ou Atelier Van Lieshout. Incontournable, elle l’est aussi au PAD puisque son stand accueille comme d’habitude les visiteurs à l’entrée des tentes tendues sur Berkeley Square.

 

Pour cette édition, invitation a été faite à Ingrid Donat qui propose un stand en forme d’intérieur de palais qui réunirait l’Asie et l’Afrique. La Française s’est fait connaître pour son travail sur des intérieurs “atemporels”, entre références à l’art tribal et aux arts primitifs. Sa signature, des motifs multiples aux noms évocateurs : le motif Tribal avec cette répétition de petits traits, le motif Inca avec la multiplication des petits ronds sur la table ou encore le motif Mekano… Aussi fascinants et inquiétants que les scarifications de tribus africaines ou sud-américaines auxquels ils renvoient.

© Carpenters Workshop Gallery.

© Carpenters Workshop Gallery.

On retrouve également sur le stand son très beau travail sur le métal avec une table basse, des commodes, des lampes et un petit banc en bronze, ou de magnifiques fauteuils et canapés en aluminium. Ingrid Donat a travaillé jusqu’aux revêtements muraux du stand (impressionnants sur plusieurs mètres de haut) : des panneaux en parchemin avec inserts de bronze, ou des panneaux an aluminium patinés et cirés avec une double porte en bronze. Tout est bien sûr réadaptable à la demande du collectionneur.

 

Associé avec un lustre de l’artiste hollandais Frederik Molenschot et une sélection de masques africains et de petits objets de céramique, l’intérieur joue la carte du métissage et des échanges culturels. Basée en France près de Paris, née d’une mère suédoise et d’un père français de La Réunion, Ingrid Donat travaille essentiellement avec les artisans des ateliers de Carpenters Workshop.

 

PAD London, Berkeley Square, Londres, jusqu'au dimanche 7 octobre.

 © Carpenters Workshop Gallery.

Commode Galuchat d'Ingrid Donat (2013) en bronze. 95 x 108 x 41,5 cm.

 

 

Table Tribal d'Ingrid Donat (2015). Bronze et noyer. 75x 360 x135 cm.

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