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La Galerie Perrotin célèbre Pierre Paulin, designer visionnaire et atypique

 

Visionnaire et atypique, Pierre Paulin a toujours su être à l’avant-garde du design. À l’occasion de l’exposition que lui consacre la Galerie Perrotin, Numéro revient avec son fils sur son parcours hors du commun.

Pierre Paulin (1927-2009) n’aura jamais été autant célébré. Après avoir été mis à l’honneur par Louis Vuitton et Nicolas Ghesquière, notamment à Design Miami en décembre 2014 où ont été présentées des pièces dessinées dans les années 70, qui n’avaient jamais été éditées jusque-là, et alors que le Centre Pompidou lui consacrera une exposition au printemps, la Galerie Perrotin lui consacre depuis quelques semaines une exposition originale et séduisante. Jusqu’au 19 décembre, des créations – là encore jamais éditées jusqu’à présent – dialoguent avec des œuvres des plus grands artistes contemporains, de Bertrand Lavier à Elmgreen & Dragset. Au sein du somptueux espace de la galerie se voient ainsi exaltés son fonctionnalisme sensuel, ses recherches sur les matières (tissu élastique et mousse) et la modularité des formes qui ont fait sa renommée. Son fils revient pour Numéro sur l’incroyable épopée de son père, des années 50 jusqu’aux années 2000.

Vue de l'exposition “Paulin, Paulin, Paulin”, Galerie Perrotin, Paris du 22 octobre au 19 décembre 2015.

De gauche à droite: Jesús Rafael Soto, Pierre Paulin, John De Andrea, Monir Shahroudy Farmanfarmaian et Xavier Veilhan.

 

Photo: Claire Dorn © Jesús Rafael Soto / ADAGP, Paris, 2015 © Monir Shahroudy Farmanfarmaian and The Third Line © Xavier Veilhan / ADAGP, Paris, 2015 Courtesy Paulin, Paulin, Paulin and Galerie Perrotin

Numéro : En quoi Pierre Paulin a-t-il été, et cela dès ses premiers travaux, un designer visionnaire ?

Benjamin Paulin : Mon père est né en France en 1927. Il y grandit et y fait ses premiers pas de designer, mais il comprend rapidement que le design français n’a pas su évoluer face à la modernité. Les meubles ne sont pas adaptés, ne serait-ce qu’en termes de taille, à l’habitat et aux nouveaux modes de vie de l’après-guerre. Il en est d’autant plus conscient après son voyage dans les pays scandinaves en 1951 où le design connaît, en revanche, une vraie révolution. La découverte d’éditeurs qui ont déjà pris cette modernité en marche, comme Knoll ou Herman Miller (dont le designer américain George Nelson est nommé directeur du design en 1945), joue également un grand rôle dans son approche. Sa volonté d’adapter le design français à son époque ne s’est pas pour autant faite de manière iconoclaste, en faisant table rase du passé. Mon père voulait au contraire emmener ce qui existait vers le futur.

 

L’aspect futuriste de son œuvre ne s’est-il pas démodé ?

Sa vision du futur s'est plutôt imposée comme un classique. Le mobilier que réalise mon père dans les années 60, pour s’approcher du futur tel qu’il était perçu à cette époque-là, correspond toujours à notre perception actuelle. Vous trouvez ainsi des pièces de mon père dans des films comme Avengers ou Iron Man pour symboliser un intérieur “futuriste”.  Et je crois que ce tour de force vient du fait qu’il n'a jamais été dans le geste ou l’esthétique pure. Son travail a toujours reposé sur des recherches techniques solides. L’esthétique a toujours été d’abord la résultante de la technique et, bien sûr, de la vision de la personne qui s’en empare.

On réduit souvent son travail aux années 60, mais l’œuvre de Pierre Paulin est bien plus éclectique. Quelles ont été les grandes périodes de création de votre père ? 

On lui accole même l’étiquette de designer pop alors qu’il ne se reconnaissait pas du tout dans ce mouvement, ni dans aucun autre. Il n’a eu de cesse toute sa vie de remettre en cause son travail. Dans les années 50, il s’intéresse tout d'abord au bois, sur le modèle des designers scandinaves et américains, mais en y apportant sa poésie, sa finesse et sa légèreté. Puis, à la fin des années 50, il découvre ce tissu Stretch qui lui permet de composer de nouvelles formes pendant une douzaine d’années. Elles se font plus organiques, les pieds ne sont plus visibles… Puis il s’intéresse à la modularité dont l’Ensemble Dune et les Tapis-Sièges présentés à la Galerie Perrotin sont de magnifiques exemples. Chacun peut combiner les différents éléments, les assembler ou les disjoindre et devenir l’architecte de son propre intérieur. Puis il ouvre encore un nouveau chemin en s’engouffrant dans la production industrielle. Il modernise des objets du quotidien comme le fer à repasser auquel il intègre un réservoir au manche. Là encore, il modernise et donne le la pour plus de quinze ans de création. Enfin, et c’est sans doute la période la moins connue de son œuvre, mon père revient à une production plus classique et artisanale autour de matériaux nobles. Il revisite les classiques en leur insufflant sa vision moderne. La galerie présente, de cette dernière période “classique”, une extraordinaire tableCathédrale de 1981 qui allie l’ingénierie aux courbes de l’architecture gothique, que mon père considérait comme son chef-d’œuvre. C’est aussi la période où il décide de proposer, notamment lors de son exposition aux Arts décoratifs en 1983, des éditions limitées, alors que la mode est à la démocratisation et à l’industrialisation. C’est un échec commercial. Pourtant, il était à l’avant-garde de ce qui se fait aujourd’hui. 

 

Pourquoi la réception de son travail a-t-elle été si ambivalente ?

 

Ambivalente, oui, c'est le moins que l'on puisse dire. La France est malheureusement très souvent la dernière à s'intéresser à ses créateurs. Je crois que même le couple Pompidou, qui lui demandera d'aménager ses appartements privés à l'Élysée en 1971, a découvert Pierre Paulin au milieu des années 60, à l'occasion d'une exposition au MoMA. L'institution new-yorkaise a été la première à reconnaître la puissance et l'originalité du travail de mon père, notamment sur le tissu extensible, les mousses… Il avait déjà révolutionné le design et personne en France ne s'en était rendu compte.

 

L’une des réussites de l'exposition à la Galerie Perrotin est d’avoir mis en exergue l’extrême sensualité des meubles de Pierre Paulin.

 

Ses meubles épousent les formes du corps humain et le confort était, en effet, au centre de ses préoccupations. La sculpture de femme nue lascive et hyperréaliste de John De Andrea, assise ou allongée sur l'Ensemble Dune, vient souligner cette sensualité. Tout comme la performance d’Elmgreen & Dragset (déjà jouée à la Biennale de Venise en 2009) où un jeune homme lit nu un livre sur un fauteuil F444, indifférent aux visiteurs de la galerie.

 

 

Exposer Pierre Paulin dans une galerie d’art contemporain, ou bientôt au Centre Pompidou, est-ce une manière d’élever le designer au rang d’artiste ?

 

Mon père ne l’aurait jamais accepté. Il tenait les artistes en très haute estime. Ils se devaient, dans sa conception, de demeurer seuls contre tous et de refuser toute concession. Au contraire, le designer doit se plier à des normes techniques, à un marché et à une clientèle. Mais, aujourd’hui, l’art aussi est devenu une industrie, si bien que la vision artistique de mon père peut plus facilement s’intégrer dans le champ de l'art.

 

“Paulin, Paulin, Paulin”, à la Galerie Perrotin à Paris, jusqu'au 19 décembre, 76, rue de Turenne, Paris IIIe. www.perrotin.com

 

Paulin, Paulin, Paulin est une structure fondée en 2008 par la femme de Pierre Paulin et par son fils, rejoint par sa femme Alice Lemoine, pour valoriser l‘œuvre du designer. Elle produit notamment des créations, souvent inédites, en collaboration avec le concours de Michel Chalard, qui fut le plus proche collaborateur technique de Pierre Paulin.

 

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