Sur Afterglow, ces puissances musicales très contemporaines rencontrent les forces telluriques et gazeuses de l’Islande. Enfant sauvage devenu maître des grands espaces, Ásgeir convie la nature et invoque les éléments à coups de nappes de synthé aériennes ou aquatiques. Les jaillissements des geysers, les effusions volcaniques et les tempêtes hivernales trouvent naturellement leur traduction musicale. Ses mélodies toujours aussi lumineuses semblent même emprisonner des chants d’animaux marins. “Je n’ai jamais trouvé mon bonheur en ville, confie-t-il. Je n’aime pas sortir de ma zone de confort, quitter ma communauté et la nature.” L’ancien champion de javelot est plus sensible et timide que ne le laissent penser son physique massif et sa musique épique. Si l’ambition pop assumée peut parfois faire louvoyer l’ensemble vers l’effusion sentimentale (Coldplay), Ásgeir connaît ses limites (et celles du bon goût). Sa voix demeure pure, plus maîtrisée qu’auparavant, après une longue tournée internationale. Son répertoire vocal est élargi. La magnifique bizarrerie de ses beats déconstruits et de ses nouveaux jeux de voix apporte à son lyrisme naturel ce qu’il faut d’inventivité. Et si l’Islandais reconnaît un accouchement difficile pour ce second opus – “je me suis beaucoup perdu dans les détails et les questionnements”, admet-il –, ç’aura été pour la bonne cause.