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17 L’interview FaceTime avec… Roy Woods, le protégé de Drake

L’interview FaceTime avec… Roy Woods, le protégé de Drake

MUSIQUE

Le rappeur canadien de 24 ans se confie sur son nouvel EP “Dem Times”, sa rencontre avec Drake et le producteur Oliver El-Khatib, son collectif Unlock The Underground et sa vision du mouvement #BlackLivesMatter.

L’interview FaceTime avec… Roy Woods, le protégé de Drake L’interview FaceTime avec… Roy Woods, le protégé de Drake

Depuis le salon de son appartement en plein cœur de Toronto, Roy Woods accueille Numéro par écran interposé, une tasse de thé à la main. Dès le début de sa carrière, le rappeur canadien rencontre le succès et se fait repérer par Oliver El-Khatib, le manager de Drake. Puis il signe chez OVO Sound, le label du rappeur, Canadien lui aussi. Son titre Jealousy extrait de son premier EP Exis sorti en 2015 marque son entrée sur la scène musicale hip-hop internationale. Mais le musicien est aussi un véritable dénicheur de talents, notamment par le biais de son collectif Unlock the Underground. Après une absence de plus de deux ans suite à l’album phénomène Say Less (2017), le protégé de Drake revient avec Dem Times (2020), un deuxième EP fort de 6 titres intimes bercés dans un rap mélancolique et planant. Rencontre.

 

Numéro : Comment vivez-vous votre confinement ?

Roy Woods : Je suis actuellement chez moi à Toronto au Canada. Ce qui se passe est fou, mais étant habitué en quelque sorte au style de vie du confinement, cela n’a pas été aussi étouffant pour moi. De manière générale, les règles se sont assouplies au Canada et nous pouvons désormais nous rassembler par groupe de 10 personnes, donc cela n’est pas si mal.

 

Avez-vous développé un nouveau talent durant tout ce temps ?

Non, pas du tout ! [Rires.] J’aurais aimé cependant, mais j’ai juste fait ce que j’ai l’habitude de faire, comme cuisiner par exemple.

 

 

 

L’artiste avec lequel j’aimerais un jour collaborer est Frank Ocean. Si je peux arriver jusqu’à Frankie, je serais le plus heureux des hommes !

 

 

 

Vous avez commencé très tôt à jouer et à produire votre musique. Comment tout cela-a-t-il commencé ?

Je suis né à Toronto au Canada, au North General Hospital… à 6h36 du matin… non, je n’en ai aucune idée à vrai dire ! [Rires.] J’ai 24 ans et les cheveux grisonnants, et j’adore faire de la musique. J’ai commencé la musique à 15 ans, j’ai toujours su que je voulais en faire. Lorsque j’étais en troisième, je suis allé dans une école publique, la Terner Fenton Secondary School, où j’ai suivi quelques cours de musique. L’un d’eux était un cours d’instrument, car les cours de chant n’existaient pas – j’ai choisi de faire de la batterie. C’est peut-être le seul instrument que j’ai joué avec la flûte à bec quand j’étais au collège. [Rires] Puis tout a commencé avec la scène musicale de Toronto.

Roy Woods - Jealousy (2015)

Quels genres musicaux et quels artistes vous ont inspiré à ce moment-là ?

À l’époque, je m’essayais à différents genres. J’ai tenté la house, j’ai commencé à écouter beaucoup de rock… Puis le hip-hop et le R’n’B ont surgi et j’ai ressenti l’envie d’apprendre à écrire de la musique et de chanter des chansons plus originales – parmi lesquelles beaucoup de R’n’B. Il y avait incontestablement des artistes très créatifs à cette époque, The Weeknd, PartyNextDoor, Jay-Z faisaient des choses incroyables.

 

Votre vrai nom est Denzel Spencer, à quoi le pseudonyme Roy Woods fait-il référence ?

Il y a une petite histoire derrière le choix de ce nom de scène. Avant d’être Roy Woods, je m’appelais Pression – c’était court et incisif. Le principe d’une pression quoi. Alors que je commençais à sortir des morceaux en 2013, un ami de mon école qui avait écouté ma musique est venu me voir en disant “salut mec, tu es rappeur c’est bien ça ?” et m’a demandé mon nom de scène. A cela j’ai répondu que c’était Pression en expliquant “court comme une pression”. Il m’a dit que le morceau que je venais de sortir n’allait pas avec le nom. Il était la première et seule personne à m’avoir dit ça, donc je lui ai demandé son avis sur la question. Il a répondu du tac au tac “Roy Woods, je pense que tu devrais t’appeler Roy Woods”, sans même prendre le temps de réfléchir, d’aller faire un tour dans la cour de récréation pour y penser ! [Rires.] J’ai choisi ce nom suite à cela.

 

Vous avez sorti en mai dernier un EP intitulé Dem Times qui m’a fait penser sous certains aspects à votre tout premier album Say Less (2017). On y découvre six titres abordant vos sentiments amoureux et suivant une progression particulière. Que vouliez-vous raconter avec ce nouvel EP ?

Avec cet EP, je souhaitais révéler une autre facette de ma vie que je n’avais pas encore pu traiter avant. Je pense que j’ai mixé un peu du vieux Roy et de ce qu’il a traversé avec le potentiel actuel du nouveau Roy. Je n’ai sorti aucun titre depuis Say Less, par conséquent cet EP est une sorte de capsule temporelle de ces deux dernières années. Je dirais même de mon “absence”. Pas de manière exhaustive et complète, mais de façon partiale avec les hauts et les bas que j’ai vécu pendant ces deux ans. Arriver sur la scène musicale avec un premier album, aujourd’hui sortir cet EP pendant le confinement, puis un deuxième album en préparation m’aidera à étendre ces deux années.

Roy Woods - 2 Me (2020)

Quand découvrira-t-on ce deuxième album ?

Je veux absolument le sortir cette année. Je croise les doigts ! Ce nouvel album sera une manière de conclure ce cycle entre l’histoire raconté dans Dem Times et mon absence de deux ans après Say Less. Il contient beaucoup de titres lourds, plongeant au cœur même de divers sujets, surtout centrés autour de ma vie personnelle et amoureuse. L’album va explorer un espace plus… profond.

 

Y découvrirons-nous de nouvelles collaborations ?

Je ne veux pas gâcher la surprise, mais l’artiste avec lequel j’aimerais un jour collaborer est Frank Ocean. Si je peux arriver jusqu’à Frankie, je serais le plus heureux des hommes !

 

Comment écrivez-vous votre musique ?

J’écris tout de moi-même dans la majorité des cas, parfois depuis Toronto ou Los Angeles – deux villes à l’atmosphère différente. J’aime être entouré de mon équipe, ils m’apportent une vibe et des idées. J’apprécie le fait d’être dans une pièce remplie de différentes personnes donnant leur avis.

 

N’est-ce pas impressionnant de recevoir l’avis de Drake et de travailler à ses côtés dès le début ?

Quand tout a commencé j’étais nerveux, car je savais que j’étais jeune. Je n’étais pas le plus jeune de l’industrie musicale, mais j’étais le plus jeune du label. Par ailleurs, je n’avais pas à 20 ans la connaissance que j’ai aujourd’hui à 24. J’étais juste un petit enfant perdu. [Rires.] Je regardais autour de moi en pensant “cet endroit est magnifique, je ne connais pas ces gens, je veux juste faire ma musique”. Je suis impressionné de voir comment j’ai réussi à gérer cela à mon arrivée compte tenu de toutes les informations que je n’avais pas à l’époque. J’étais une éponge m’imprégnant de tout ce qui m’entourait, de l’environnent et des gens.  

 

 

Les musiciens ont un grand rôle à jouer dans tout cela, car cela va plus loin que juste de la musique : il s’agit de quelque chose que nous visons. Nous traversons ces expériences dans nos vies, pas seulement en tant qu’artistes, mais en tant que personne.”

 

 

Comment avez-vous commencé à travailler avec OVO Sound, le label créé par Drake, son manager Oliver El-Khatib et Noah 40 Shebib ?

Oliver m’a contacté via Instagram en 2014. J’échangeais mes chansons avec lui via la plateforme, les modifiais, les renvoyais pendant quelques temps, avant qu’il me propose de signer avec OVO Sound, où je suis toujours. C’est une des meilleures décisions que j’ai prise de toute ma vie. Dédicace à Oliver, reste comme tu es mon pote ! [Rires.]

 

Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis votre rencontre avec Oliver ?

La seule chose qui ait réellement changé est mon mode de vie. Vous serez sans doute surprise de savoir que je fais beaucoup plus de ménage – je déteste le désordre, ça me frustre ! [Rires.] Je cuisine beaucoup plus, je suis un amoureux des chiens – j’en ai deux et j’ai aussi un chat. J’ai toute une petite famille chez moi. J’essaie juste de vivre ma vie, d’apprécier ce que j’ai, d’avoir des expériences à raconter, même les plus banales. Je ne pense pas avoir changé, je me suis juste ajusté à tout ce qui m’arrive. Je me sens toujours le même et en suis heureux du moment que je peux faire ma musique.

Roy Woods - I Feel It (2020)

Vous vous engagez aussi à révéler de nouveaux talents. Parlez-nous du collectif Unlock The Underground que vous avez créé.

Nous avons trouvé le nom du projet suite à une discussion entre amis. De là tout s’est enchaîné. Le collectif est quelque chose d’énorme pour nous, c’est notre identité en tant qu’équipe. A chaque chose que j’entreprends, j’essaie de faire découvrir Unlock The Underground aux gens. Vous n’avez pas besoin d’être nécessairement musicien pour “réussir”, il y a des gens qui ont besoin de quelqu’un dans l’entourage de cette star. Vous pouvez aimer la musique sans réaliser que vous avez un talent caché dans le fait même d’aimer la musique – vous n’êtes jamais trop jeune pour quoique ce soit, vous n’en faites jamais trop, et rien n’est synonyme de fin du monde. C’est l’idée que je défends et qu’UTU défend.

 

Comment dénichez-vous vos talents ?

De manière naturelle. Soit nous recherchons un profil spécifique, soit les gens viennent avec ce qu’ils ont à nous proposer. Cela dépend de ce que l’univers nous réserve. [Rires.]

 

 

“Je ne suis pas un grand orateur. Je mets tout dans ma musique.”

 

 

Au vu de la situation politique et sociale actuelle concernant les violences policières exercées à l’encontre des personnes noires, des écrans noirs ont envahi les réseaux sociaux sous le hashtag #BlackOutTuesday et beaucoup d’artistes appellent l’industrie musicale à faire des dons et inclure davantage de personnes non blanches dans la vie économique – parmi eux The Weeknd. Pensez-vous que l’industrie musicale à une part à jouer dans cette question de société ?

Oui indéniablement. Il suffit de regarder ce qu’on nous montre à la télévision, sur Instagram ou sur Twitter. Les musiciens ont un grand rôle à jouer dans tout cela, car cela va plus loin que la musique : il s’agit de quelque chose que nous vivons. Nous traversons ces expériences dans nos vies, pas seulement en tant qu’artistes, mais en tant que personne de manière générale. Quand il s’agit de ma couleur de peau, je veux être traité de la même manière que le gars qui fait le même travail que moi. Je ne veux pas que mes enfants aient à subir cela en raison de leur couleur de peau. Je pense que l’égalité est une chose que notre génération a vu, que c’est une possibilité, mais que nous n’avons pas encore eu la chance de briser ce cycle qui dure depuis trop longtemps. Les gens issus de n’importe quelle industrie, que ce soit la musique, le sport ou autre, ont une plateforme dont ils peuvent se servir pour apporter un changement positif, réveiller les consciences et faire que les gens y prêtent attention. Je ressens de plus en plus que notre travail en tant que musicien est d’informer les gens sur ce qu’ils ne savent pas et de leur laisser choisir de se joindre au combat ou non. Je ne veux simplement pas rester les bras croisés.

 

En cela les réseaux sociaux trouvent leur utilité afin de communiquer à un large public des réflexions qui seraient moins audibles sur un plateau de télévision. Où vous sentez-vous le plus libre de vous exprimer ?

A travers ma musique, car je ne suis pas un grand orateur. Je mets tout dans ma musique et j’ai toujours fait ça même avant Instagram et Twitter. Je m’exprime quand même sur ces plateformes, mais je choisis quand ou comment. Je pense aussi qu’il faut être très prudent à ce que vous dites sur les réseaux sociaux, car cela peut être vite mal compris ou déformé, alors que vous pensiez simplement donner votre avis.

 

Ce début d’année a été bouleversé par beaucoup de choses, comment envisagez-vous la suite ?

Avec un peu de chance, je serai en tournée l’année prochaine. J’attends que les choses se calment afin de pouvoir aller travailler régulièrement aux États-Unis sur mon prochain album. J’espère pouvoir organiser une tournée en Europe. C’est Paris qui me manque le plus, j’y suis allé à deux reprises pour des concerts, cette ville est tellement belle – la ville de l’amour, n’est-ce pas !

 

L'EP Dem Times de Roy Woods disponible [OVO Sound].