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Rencontre avec l'immense architecte Zaha Hadid

 

De l’unité Mobile Art de Chanel au MAXXI à Rome, Zaha Hadid a réinventé l’espace muséal en le considérant comme un champ d’exploration à part entière. Entretien avec cette immense architecte, inlassable pionnière aux constructions tout en fluidité.

 

 

Le MAXXI, à Rome, a été pensé comme une seconde peau pour le site sur lequel il est érigé, en harmonie avec sa vocation de laboratoire d’innovation culturelle. Les tubes rouges ci-dessus sont une installation de l’artiste Maurizio Mochetti, commandée spécifiquement par le musée pour son ouverture (2010), intitulée Straight Lines of Light in Curvilinear Hyperspace.

 

Ses musées ont marqué le xxie siècle d’une esthétique sans équivalent. Zaha Hadid, architecte suprématiste, revient sur plus d’une décennie de créations muséales réalisées de Rome à Copenhague, en passant par Bakou et Cincinnati, pour évoquer leur essence et son approche unique.

 

Numéro : “J’aimerais ouvrir une porte vers un monde qui n’a pas encore été inventé.” Vous teniez ce propos au temps où vous étudiez à l’Architectural Association School. Depuis, vous avez imaginé une nouvelle typologie de musées…

 

Zaha Hadid : À l’époque, mes professeurs m’ont poussée à voir, puis à décrypter ce qui n’était pas évident. Ce fut, en quelque sorte, un enseignement de la “nouvelle frontière” : il devait y avoir un autre monde, d’autres possibilités formelles. J’étais obnubilée par l’envie de donner une suite, de compléter un certain projet moderniste qui avait été stoppé net avec la Seconde Guerre mondiale. Les années 70 et 80 étaient marquées par l’historicisme et le rationalisme ; je ne pensais pas, alors, qu’en poussant mes recherches je pourrais découvrir un “autre monde”. Ce fut passionnant et absolument déterminant de pouvoir créer mon propre répertoire, de découvrir, d’imaginer des techniques, ou d’esquisser de nouvelles qualités formelles. J’étudiais un nouveau sujet, que je construisais à mesure que je le définissais.

 

Quel est le musée qui vous a le plus influencée ?

 

Le Guggenheim a eu une incroyable influence sur moi. Visionnaire, Frank Lloyd Wright a créé un chemin qui connecte l’extérieur au musée, et définit sa circulation. Le cheminement, sur une spirale à la verticale, permet réellement de voir les œuvres, de les contempler en trois dimensions et de les redécouvrir d’une manière différente. Avec lui, le musée devient ininterrompu, s’affirme comme le point de départ d’une balade. Le Guggenheim échappait, enfin, à cet enchaînement de pièces rectangulaires sans perspective ni profondeur qui compose les palais. Il expérimentait avec la lumière et le mouvement, pouvait enfin accueillir le plus grand nombre. Le montage des expositions peut s’y faire à la vue de tous ; le musée prend vie, comme un corps en mouvement. Dans une même lignée, le Centre Heydar-Aliyev [Bakou, 2007-2012] s’affranchit des murs droits. Nous avons effacé le maximum de repères visuels ; on y flotte dans un univers blanc optique.

 

Le musée devient de moins en moins élitiste…

 

Certains affirment que les musées sont devenus des centres commerciaux. Je pense qu’il est positif qu’ils attirent le plus grand nombre de gens. Aujourd’hui, l’interaction entre la culture et la vie publique est fondamentale. Ce qui différencie les xxe et xxie siècles des précédents, c’est que l’art ne s’adresse plus aux seuls mécènes. L’art est accessible à tous, et avec lui, le musée s’enrichit.

 

Propos recueillis par Clara Le Fort

 

 

 Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro 164, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

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