De ses premières images à la ferme du Garet aux planques des stars, Raymond Depardon s’inscrit dans la fameuse lignée des photographes du réel. Présentée jusqu’au 24 décembre à la Fondation Henri Cartier-Bresson, l’exposition Traverser présente une centaine de tirages – textes, films et documents – et revient sur près de soixante ans de photographies. En parallèle, un ouvrage du même nom propose une sélection d’images plus vaste encore ainsi qu’un entretien de l’auteur avec Agnès Sire, commissaire de l’exposition. En filigrane, une écriture qui lie les périodes entre elles, où “l’enfermement” de la prison de Clairvaux succède aux carnets de voyage de l’Érythrée des années 1990. Créateur de l’agence photographique Gamma (1966) et membre de Magnum depuis 1979, Depardon retrace son histoire. Son intimité d’abord, avec la chambre de ses parents en 1984, ses errances ensuite, jusqu’à New York qu’il immortalise depuis les gratte-ciel en ajoutant à ses clichés un texte à la première personne, protocole lié à son “monde intérieur”. Car en bon fanatique de la photographie subjective, Raymond Depardon refuse la mise en scène. Son esprit méticuleux s’enthousiasme pour les paysages, souvent urbains, de vastes espaces auxquels il appose un filtre noir et blanc afin d’y révéler sa propre solitude. Depardon ne cherche pas la performance il souhaite avant tout “voyager, et n’être rien du tout.”

 

 

Le cadre c’est le champ. On enferme une image, on donne à voir quelque chose et pas le reste.

 

 

Il a couvert la guerre d’Algérie, celle du Viêtnam, a traqué les célébrités tel le plus robuste des paparazzis puis s’est abandonné au Sahel carbonisé et aux provinces françaises dénudées. Tout au long de sa carrière photographique, Raymond Depardon a livré des reportages vidéo et photographiques qui relèvent davantage de l’étude sociologique. Influencé par l’école américaine et des figures telles que Walker Evans (1903-1975) ou Robert Frank, l’artiste a trouvé le passage fantastique entre la photographie du vrai et celle de l’imaginaire. Il capture le visible mais matérialise une absence grâce à l’objectif. “Le hors-champ est ce qui manque dans la photographie” confie-t-il “Le cadre c’est le champ […] On a un parti pris, on coupe, on ne montre pas, on sélectionne, on tue, on mord, on enferme une image, on donne à voir quelques chose et pas le reste.”

 

Récemment, c’est derrière la caméra que Raymond Depardon s’est illustré avec le documentaire 12 jours sorti le 29 novembre dernier. Discrètement, sa caméra s’immisce dans le cabinet d’un juge des libertés et de la détention auditionnant des personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement : “Ce film donne la parole à ceux qui sont momentanément enfermés dans leur esprit et en ont perdu l’usage. Notre moteur, c’est notre curiosité, notre force c’est la naïveté”, explique-t-il.