01 Mars

“Lady Bird” de Greta Gerwig, dans la course aux Oscars

 

Actrice et scénariste reconnue du cinéma indépendant américain, Greta Gerwig signe son premier film seule derrière la caméra, Lady Bird. Le portrait enthousiasmant d’une adolescente rebelle en train de devenir adulte.

Par Olivier Joyard

  • En tournant son premier film avec Joe Swanberg en 2006, Greta Gerwig rejoignait le mouvement new-yorkais indépendant mumblecore [films à petit budget privilégiant un jeu naturaliste]avant de devenir l’actrice fétiche et l’inspiratrice du réalisateur Noah Baumbach, parfois même sa coscénariste comme pour Frances Ha (2013). Mais ce statut de muse semble désormais trop étriqué pour la définir, tant il semble évident que la native de Sacramento n’a besoin de personne, pas même de son compagnon cinéaste, pour exister artistiquement. Avançant à pas feutrés et délicats, Lady Bird, son premier film en solo en tant que réalisatrice, le démontre avec éclat.

C’est une histoire d’émancipation, celle d’une adolescente qui vit à Sacramento, un lieu plutôt morne que la jeune rebelle qualifie de “midwest” local, où les journées s’éternisent entre aventures compliquées au lycée et relations houleuses avec celle qui lui a donné la vie. Le film commence par une scène où Lady Bird – le prénom qu’elle s’est choisi – saute en marche de la voiture conduite par sa mère, excédée par ses remarques et son manque d’empathie. Le film emprunte les rails de la fiction teenage classique, allant même jusqu’à faire de l’éternelle problématique de la perte de virginité l’enjeu du récit. L’adolescence de Gerwig elle-même se devine en toile de fond, jusqu’au choix du meilleur single de Justin Timberlake en bande-son, Cry Me a River. Le passage obligé par le bal du lycée n’est pas éludé. Sauf que ce “déjà-vu” et ce “déjà-filmé”, Greta Gerwig leur donne une autre couleur, un goût différent, une personnalité de tous les instants.

Ce glissement vers l’ailleurs se fait de manière subtile, presque imperceptible. Une question de rythme et de regard avant tout. L’héroïne, interprétée par la brillante Saoirse Ronan, n’est jamais regardée comme une bête curieuse, elle est accompagnée pas à pas dans son désir. Une évidence et une fluidité permanentes se dégagent de son parcours et de ses choix, permettant au film de s’extraire des clichés et à un point de vue féminin de se construire : Lady Bird se donne le droit de rêver dans sa propre langue (au point de s’inventer un prénom), et cette langue se trouve être celle d’une femme. Quand elle retourne auprès de sa meilleure amie, une fille simple et boulotte qui l’aime tendrement, le film s’éclaire. Sans aucune haine et avec une volonté inclusive permanente, Gerwig dessine un monde envisagé, à présent, depuis un nouveau point de vue. La trajectoire souple et ample qu’elle met en scène se clôt par une forme de retour aux sources apaisé : la jeune femme, qui a quitté le cocon de l’enfance, décide de reprendre son prénom d’origine. Lady Bird (re)devient Christine, et l’émotion nous saisit. 

 

Cette fable fragile et douce sur l’identité se double d’une réflexion politique sur une certaine Amérique middle class laissée à l’abandon, évoquée à travers le personnage du père qui traverse une longue période de chômage. Cette alchimie a plu au-delà des espérances aux États-Unis, au point de recueillir plusieurs nominations aux Oscars, notamment pour la meilleure réalisation. Greta Gerwig, 34 ans, est la cinquième femme à obtenir cet honneur. Il se pourrait bien qu’une longue et prolifique carrière commence pour elle.

“Lady Bird” Bande Annonce

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