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29 Jessie Ware, de “Fifty Shades of Grey” au disco 2.0

Jessie Ware, de “Fifty Shades of Grey” au disco 2.0

MUSIQUE

Sorti ce vendredi 26 juin,“What’s Your Pleasure ?” est le quatrième album de la Londonienne Jessie Ware. Après avoir accompagné les ébats d’Ana et de Christian Grey dans “Fifty Shades of Grey”, la voix de la chanteuse est devenue le symbole d’une musique feutrée et libidineuse. Avec “What’s Your Pleasure ?”, celle-ci va jusqu’à ressusciter des accents disco, pour un résultat étincelant.

Jessie Ware - What’s Your Pleasure?

Les musiciens du XXIème siècle sont-ils tous nostalgiques du New York de la fin des années 70, où la décadence, les manteaux en vison et les portes-cigarettes étaient encore à la mode ? Après la sortie du premier EP du groupe Bruises, dont les sonorités rappellent inexorablement les scènes les plus chaudes de la saga James Bond, la chanteuse londonienne Jessie Ware revient avec son quatrième album studio, What’s Your Pleasure ?. Une plongée inédite dans la luxure et le disco 2.0.

 

1. Mille et une vies

 

C’est en 2012 que la voix de Jessie Ware résonne pour la première fois dans les oreilles du monde entier. Devotion, son premier album, se hisse presque instantanément en 5ème place des charts britanniques. Dans la lignée d’une Kate Bush ou d’une Sade, la musique de la Londonienne transpire le désir, rythmée par des rythmes au tempo lent et libidineux, ainsi que par la voix feutrée de son interprète. Elle envahit en un rien de temps les bars aux banquettes en velours moelleux, jusqu’à imprégner certaines oeuvres de fiction érotiques. En 2015, un titre exclusif de Jessie Ware est utilisé dans l’adaptation du scandaleux roman Fifty Shades of Grey, où la jeune Ana découvre les plaisirs BDSM dans une relation en tout point ridicule avec l’homme d’affaires Christian Grey. Un coup dur pour le féminisme, mais pas pour la chanteuse du Sud de Londres, qui se voit désormais associée à une musique luxurieuse et aphrodisiaque.

 

Au fil des ans, les albums se multiplient, à mesure que les collaborations se font de plus en plus prestigieuses. En 2014 sort Though Love, deuxième disque de Jessie Ware, où apparaît la ballade Say You Love Me, co-écrite par un certain Ed Sheeran. Aujourd’hui encore, le titre incarne LE tube de la chanteuse, avec plus de 120 streams sur Spotify. De fil en aiguille, les collaborations de la chanteuse se multiplient, alors que sa carrière se diversifie. Après avoir proposé un morceau à l’icône pop Britney Spears, sans jamais recevoir de réponse, Jessie Ware est invitée sur, The Pinkprint, le troisième disque de la rappeuse Nicki Minaj. Parallèlement, l’artiste développe Table Manners, un podcast culinaire qu’elle anime avec sa propre mère, Lennie. Les célébrités s’y bousculent, du maire de Londres Sadiq Khan à la popstar Dua Lipa. En outre, Jessie Ware peut se vanter d’avoir lancé sa propre marque, un livre de cuisine, et même d’avoir été sélectionnée comme ambassadrice de l’UNICEF. Une carrière polyvalente qui n’empêche pas ses insécurités de ressurgir.

Jessie Ware - Say You Love Me (Official Video)

2. Le syndrome de l’imposteur

 

Glasshouse. Ou maison de verre, en français. C’est le titre du troisième album studio de la chanteuse, qui paraît en 2017. Enregistré au cours de sa première grossesse, il incarne son opus le plus intime, alors qu’elle y explore sa relation avec son mari – qu’elle fréquente depuis ses 18 ans –, ou l’absence de son père – un journaliste d’investigation à la BBC qui se sépare de sa mère alors qu’elle n’a que 10 ans, en passant par sa propre terreur face au fait de devenir mère à son tour. Comme toujours, le disque regorge de collaborations, cette fois-ci avec des artistes à l’ADN minimaliste et mélancolique, du groupe Francis and the Lights au DJ norvégien Cashmere Cat. “C’est probablement mon disque le plus autobiographique. J'ai créé une famille l'année dernière. C'est quelque chose qui me pétrifie, mais dont je suis aussi incroyablement fière. Il y a une force dans tout cela, mais aussi une fragilité avec le fait qu'elle pourrait être brisée” déclarait l’intéressée lors de la sortie de l’opus.

 

Après avoir joué sur les scènes des festivals de Glastonbury et Coachella, après avoir eu un deuxième enfant, après avoir finalisé son quatrième album studio, Jessie Ware semble s’être libérée du syndrome de l’imposteur qui la suivait depuis le début de sa carrière. What’s Your Pleasure ?, sorti ce vendredi 26 juin, est incarné par une volonté et une confiance inouïe, de la pochette – inspirée par le célèbre cliché de Bianca Jagger par Andy Warhol –, aux sonorités les plus anecdotiques.

Jessie Ware - Spotlight

3. La luxure et le disco

 

Ré-imaginer le disco au XXIème siècle. C’était sans doute le mot d’ordre en studio, entre Jessie Ware et James Ford (moitié du duo électronique britannique Simian Mobile Disco et producteur d’Arctic Monkeys et Florence + the Machine). “Je voulais la sophistication qu'offre le disco, et le mélodrame” déclare la chanteuse à propos de son dernier disque. Un défi relevé haut la main, tant What’s Your Pleasure est un mélange de danse et de sexe. Enraciné dans la luxure du disco, il incarne l’oeuvre la plus innovante et courageuse de la chanteuse.

 

En écoutant What’s Your Pleasure, il est possible de s’imaginer en pleine fête au Studio 54 – antre emblématique d’Andy Warhol à l’aube des années 80 –, cigarette entre les doigts, en train d’enflammer le dancefloor. La faute à ses hymnes dansants, comme Soul Control et son énergie funk ou bien Spotlight. Ooh La La, quant à lui, se laisse mener par une basse caoutchouteuse qui lui donne ses airs de Face B oubliée. Aux crédits, on retrouve Joseph Mount, leader du groupe Metronomy, à qui l’on doit probablement les percussions entraînantes et les synthétiseurs léchés.

 

À l’heure où les dancefloors sont un lointain souvenir, à demi-effacé, l’album de Jessie Ware est un bol d’air frais – ou plutôt, une grande gorgée d’un cocktail branché. Preuve ultime que le disco n’est pas mort avec Donna Summer, What’s Your Pleasure est empli d’une frivolité plaisante, que son autrice retranscrit avec humour : “Je voulais imaginer que j’étais un homme, que je dansais, que je rencontrais des étrangers et que je voulais immédiatement faire l'amour avec eux !”. Mêlant boogie et intimité à la perfection, l’album rend hommage au boogie underground d’un New York révolu, et fait autant d’effet que le léger frisson qui parcourt le corps après avoir frôlé un inconnu dans l’obscurité de la piste de danse.

 

What’s Your Pleasure [Universal], disponible.