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Rencontre avec Bettina Rheims, photographe de la féminité dans tous ses états exposée à la MEP

 

Numéro a rencontré la célèbre photographe à l’occasion de son exposition à la MEP, à partir du 27 janvier. Depuis ses premiers clichés de strip-teaseuses, la Française n’a cessé de glorifier les femmes, mêlant célébrités et anonymes, religion et érotisme…

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Numéro : L’ouvrage collector publié en décembre par Taschen mêle des travaux de commande et vos photographies d’auteur. Comment expliquez-vous un mélange des genres si réussi ?

Bettina Rheims : J’ai toujours pensé que mes travaux de commande alimentaient mes travaux d’auteur. A l’époque, ma démarche n’était pas banale. Les commandes publicitaires, les pochettes de disques, fournissent l’occasion de nouvelles rencontres : des célébrités, mais aussi des maquilleurs ou autres collaborateurs avec qui je travaille ensuite pour mes séries personnelles. Les deux mondes communiquent. Beaucoup de mes travaux de commande ont ainsi traversé le miroir.

 

La diversité formelle de vos images interdit de parler d’un style Bettina Rheims. De cet ouvrage émane plutôt une sensibilité personnelle, une vision de la beauté qui conjugue une frontalité crue avec une élégance codée, presque glacée.

Effectivement mon écriture n’est pas linéaire, j’ai épousé tour à tour la couleur baroque et le noir et blanc. Lorsqu’est venu le moment de concevoir cet ouvrage, il a fallu trouver le fil rouge. Ce fil rouge, je crois que c’est mon écoute des femmes. Mes modèles se présentent à moi avec courage, avec leurs forces et leurs faiblesses ; je ne sais pas si c’est parce que je suis une femme moi aussi. Cette relation entre le photographe et son modèle est une danse : au début c’est maladroit, puis au fil du temps les pas s’emboîtent. Moi je parle beaucoup. Les femmes me répondent avec leur corps. Et il y a un moment où ça vient. Le contact se fait. C’est cette quête du moment que j’aime dans la photographie. 

 

Vous traitez avec la même dignité des motifs propres à une époque, tels que l’androgynie des années 90 (via la série Modern Lovers et des photos étonnantes de Kate Moss) et des thématiques majeures telles que la religion. Est-il naturel pour vous d’abolir les hiérarchies ?

Ce livre est un long parcours à travers la vie, la mort… La féminité, l’androgynie, la religion… Le culte de la célébrité, la façon dont un visage devient soudain l’icône d’une époque… J’ai sélectionné 600 tirages, et pour mon exposition à la Maison européenne de la photographie, j’ai dû opérer un choix drastique. C’était difficile. Toutes ces images incarnent un moment fragile. Pour la série Modern Lovers, des garçons et des filles entraient dans le studio, et si je ratais l’infime moment où ces personnes étaient les deux à la fois, garçon et fille, c’était fini. C’est cela la photographie. Il n’y pas de repentir. On ne peut pas repeindre comme on revient sur un tableau.

 

 

Propos recueillis par Delphine Roche

 

 

 

Rétrospective Bettina Rheims du 27 janvier au 27 mars, 

à la Maison Européenne de la Photographie de Paris

82, Rue François-Miron, Paris IVe.

 

Bettina Rheims, éd. Taschen.

Kate Before She Became Kate Moss II (décembre 1989), Londres.

Josie I (septembre 1989), Paris.

Le Lait miraculeux de la Vierge (mars 1997), Ville-Évrard.

Les Muses inquiétantes.

Chambre close 10 octobre I (1991), Paris.

Andrej P. III (2011), Paris.

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Rencontre avec Gregory Crewdson, photographe de l’angoisse et de la solitude
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