07 Février

Les artistes de demain sont aux Arts-Déco : rencontre avec Enzo Dal-Mas, styliste

 

Les élèves de l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs se sont confiés à Numéro, entre craintes et rêves. Rencontre avec Enzo Dal-Mas, styliste en devenir qui réinvente notre rapport au corps.

Par Laura Catz, et Alison Dechandon

Enzo Dal-Mas. Photo : P. Laffont

À 22 ans, Enzo Dal-Mas n’a pas perdu de temps. Fraîchement diplômé d’un BTS design de mode au lycée Ernest-Hemingway (Nîmes), le jeune homme a obtenu son pass pour la deuxième année de l’École nationale des Arts Décoratifs. Il a immédiatement rejoint la filière Design vêtement : “On m’a toujours dit qu’intégrer l’EnsAD était impossible. Finalement, il faut toujours croire à fond en ses projets. J’ai choisi cette institution gigantesque car beaucoup de secteurs s’y confondent. Nous pouvons tous travailler ensemble sur des projets radicalement différents dont la vidéo, la photographie… Ici, la création est constante, l’EnsAD est un énorme tremplin qu’il faut apprivoiser”, explique-t-il.

 

Enzo n’a jamais douté de ses motivations. Son objectif principal ? Devenir styliste : Ma mère est assistante maternelle et mon père commercial. Aucun rapport avec le milieu de la mode. Tout petit, lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire à l’école, je répondais déjà : ‘styliste’. Je suis très curieux et je m’abreuve de tout ce qui gravite autour de moi. Je m’inspire beaucoup de Marina Abramović car ses travaux sans concession sont poussés à l’extrême. Je suis fasciné par Michael Haneke pour les mêmes raisons. Quant à Maurizio Cattelan, c’est son esprit transgressif qui m’attire indéniablement.

 

 

“Le milieu de la mode est prêt à accepter le concept d’unisexe, le public pas encore.”

 

 

Pour son projet à l’EnsAD, Enzo propose un vêtement qui laisse l’individu complètement nu lorsqu’il se retourne… Derrière ces réalisations, une idée, celle que le vêtement reste un outil, un simple accessoire de façade incapable de nous montrer véritablement.

 

Photo : P. Laffont

Photo : P. Laffont

Sans trop savoir pourquoi, le jeune designer s’est intéressé à une pièce bien particulière : le tablier. “Je pense que c’est l’aspect “unisexe” du tablier qui m’attire, le fait qu’il n’interroge en aucun cas le genre. Le milieu de la mode est prêt à accepter le concept d’unisexe, le public pas encore.” Enzo souhaite développer une ligne vestimentaire ouverte à tous, intemporelle et respectueuse de l’environnement : “La mode doit évoluer. Elle recherche la jeunesse alors qu’il faut, bien au contraire, accepter son âge et ses rides. Récemment, la maison Berluti a fait défiler des hommes plus âgés, finalement elle a apporté une certaine fraîcheur.

 

Avec ce projet, qu’il a présenté lors d’une exposition à la porte Dorée, Enzo Dal-Mas interroge directement l’identité des individus. Les visiteurs portaient les pièces du jeune créateur, transformant le rapport avec leur propre image, propulsés en pleine jungle, sur une plage ou dans un aéroport grâce à la technique du fond vert utilisé à la télévision et au cinéma. Leur silhouette était projetée en direct dans une autre pièce. Toujours étudiant, Enzo souhaite multiplier les expériences : “Il paraît que Nicolas Ghesquière crée sa propre maison... une place se libère chez Louis Vuitton !”, lance avec un humour non feint le jeune styliste avant de partir. Ultime clin d’œil à celui qu’il considère comme un génie.

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