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La tour Eiffel prise d'assaut par les chevaux de Paola Pivi

 

L'artiste d'origine italienne présente jusqu'au 1er août à la Galerie Perrotin, à Paris, des clichés hallucinants de chevaux prenant possession des espaces de la tour Eiffel.

Pour Paola Pivi, l'art est avant tout un grand terrain de jeu. Elle y élabore des performances qui sont autant d'expérimentations surprenantes. On se souvient de son léopard marchant sur 3 000 tasses de cappuccino ou encore de ses alligators émergeant de la crème fouettée. En effectuant ces déplacements incongrus, l'artiste fait surgir le rêve et l'onirisme dans le réel. Car chaque photographie capture une réalité qui a bien eu lieu, sans montage ni usage intempestif de Photoshop.

 

Approchée par Virginie Coupérie-Eiffel, fondatrice de la compétition équestre Longines Paris Eiffel Jumping, l'artiste d'origine milanaise s'est vu proposer non seulement l'accès aux chevaux mais surtout à la Tour Eiffel (s'appeler Eiffel a des avantages). Numéro a rencontré l'artiste et lui a demandé comment la commande d'un visuel pour une compétition équestre s'était transformée en projet artistique.

Paola Pivi, Yee-Haw, 2015, photogaphie digitale montée sur dibond et diasec, 219 x 180 cm. Photographie par Hugo Glendinning. Courtesy Galerie Perrotin.

Numéro : Comment est né ce projet fou d'amener des chevaux sur la tour Eiffel ?

 

Paola Pivi : L'invitation de Virginie Coupérie-Eiffel était une occasion à ne pas manquer. J'avais déjà travaillé avec des animaux, comme lorsque j'avais photographié des zèbres au cœur de montagnes enneigées. Mais ces précédents projets n'avaient pas la dimension historique et symbolique de celui-ci. Le zèbre était un zèbre, les montagnes, de simples montagnes. Ici, la tour Eiffel renvoie à une histoire humaine, à l'idée de progrès technique. C'est également l'un des monuments les plus visités au monde. D'un autre côté, le cheval renvoie à la puissance de la nature. Deux mondes se confrontent, physiquement, mais aussi symboliquement.

Numéro : Les photos forment autant de scènes fantastiques et irréelles. Aviez-vous  déjà en tête ce résultat avant d'initier le projet ?

 

Paola Pivi : Absolument pas. D'ailleurs je souhaite toujours préserver l'aspect "réel" de mes photographies. J'ai passé deux jours dans la neige pour photographier les zèbres, et deux matinées à Paris pour les chevaux. J'ai en général une idée très précise du résultat que je veux obtenir. Ici, au contraire, ce qui m'intéressait était simplement de voir ce qu'il se passe lorsque l'on installe quatre chevaux au sein de la tour Eiffel. C'est une performance, une expérience, à laquelle je me contente d'apporter les ingrédients avant d'en observer le résultat… même si évidemment nous avons effectué des choix précis de prises de vue et sélectionné la couleur des chevaux en accord avec les teintes du monument.

Numéro : Qu'est ce qui vous a le plus surpris au cours de cette performance ?

 

Paola Pivi : Je n'avais jamais réellement travaillé avec des monuments. Je me suis rendu compte que les constructions humaines me fascinent. Elles apportent de nombreux niveaux de lecture à une performance ou à une image : historique, social, économique, culturel... J'ai surtout redécouvert la beauté de la tour Eiffel qu'on a trop souvent tendance à réduire à une pure attraction touristique. Nous avons tenté d'en tirer le plus grand parti dans les compositions réalisées avec le photographe Hugo Glendinning. Je perçois dans ces photos un aspect très futuriste, même si les éléments qui la composent viennent d'un autre siècle.

 

Numéro : Comme si notre civilisation avait disparu et qu'il n'en restait que les monuments, des vestiges désormais habités par la nature et les animaux ?

 

Paola Pivi : Exactement, comme un film de science-fiction...

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

 

Paola Pivi, Yee-Haw, jusqu'au 1er août, Galerie Perrotin, 76, rue de Turenne, 75003 Paris, www.perrotin.com

 

Longines Paris Eiffel Jumping, du 3 au 5 juillet, Champ de Mars, Paris, pariseiffeljumping.com

Paola Pivi, Yee-Haw (paris), 2015, photogaphie digitale montée sur dibond et diasec, 180 x 553 cm (en 2 panneaux). Photographie par Hugo Glendinning. Courtesy Galerie Perrotin.

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