18 Février

Festival d'Hyères 2019 : 5 créateurs à retenir

 

La 34e édition du Festival international de mode et de photographie d’Hyères aura lieu du 25 au 29 avril 2019 à la Villa Noailles. Focus sur 5 des 10 finalistes en lice pour le prix mode.

Par Laura Catz

Enikova Dita © Leva Mezule

Dita Enikova (collection femme)

 

Diplômée de l’Académie des beaux-arts de Lettonie, Dita Enikova travaille aujourd’hui à Riga pour le label One Wolf, auprès de sa créatrice Agnese Narnicka. Largement inspirée de l’univers scandinave, sa collection présente des vêtements lourds et sombres, qui font écho aux uniformes des pêcheurs et aux autres travailleurs locaux. À travers ses créations emblématiques de la culture nordique – généralement considérée comme introvertie et authentique – la jeune Lettonienne fait un pied de nez aux normes dominantes de la société occidentale valorisant l’extraversion, la consommation à outrance et la pression sociale.

 

En nommant sa collection “Avoiding the Void”, elle nous encourage à “briser notre vide intérieur, pour mieux revendiquer notre identité”. Guidée par l’expérimentation, elle accumule les matériaux, les techniques de traitement des tissus et signe des silhouettes sculpturales, qu’elle pare de grandes capuches, de pantalons à longues franges ou encore de capes XXL façon filet de pêche. Combinant classique et streetwear, ses vêtements aux tons industriels – rouille, noir charbon, gris graphite – questionnent la frontière entre le portable et le non-portable.

Christoph Rumpf © Christoph Rumpf

Christoph Rumpf (collection homme)

 

À 19 ans, Christoph quitte Styrie (Autriche) pour intégrer l’université d’arts appliqués de Vienne. Citant volontiers John Galliano et Craig Green comme sources d'inspiration, il joue avec de grands volumes et exagère les proportions, proposant des sculptures plutôt que du prêt-à-porter. Engagé, l’Autrichien rejoint la mouvance d’une mode plus durable, en utilisant des tissus recyclés – y compris vieux tapis ou rideaux – qu’il chine aux puces. Jouant la carte du storytelling et de la grande évasion, il conçoit ses collections comme des histoires, dont chaque silhouette doit correspondre un personnage. La dernière met en lumière le contraste entre le rôle premier du vêtement (la protection) et ce qu’il signifie aujourd’hui (la représentation de soi et la beauté).

Tina Schwizgebel © James Bantone

Tina Schwizgebel-Wang (collection homme)

 

Née à Genève, Tina obtient sa licence en arts visuels à l'École cantonale d’art de Lausanne, puis un master à la Haute école d'art et de design de Genève en section design mode et accessoires, après une année passée en Chine. Passionnée par le tatouage, elle apprend elle-même à tatouer lors d’un voyage à Berlin. Et décide ensuite de transposer son amour du tatouage dans sa collection, baptisée “Inked”. Elle y retranscrit le processus de création du tatouage, de la genèse de l’idée jusqu’à sa finalisation.

 

C’est plus l’idée de marquer dans sa chair un moment de sa vie que le trait parfait du dessin qui me fascine”, précise-t-elle, avant d’expliquer sa méthode : “J’ai utilisé trois éléments pour traduire les trois étapes propres à la conception d’un tatouage : des imprimés pour le dessin préparatoire, de la fourrure recyclée et rasée pour le rasage avant l’application du dessin, et puis du plastique – à partir duquel j’ai confectionné des genres de tee-shirts – représentant le cellophane utilisé pour protéger le tattoo.” En résulte un vestiaire plein de spontanéité, où les finitions coupées à ras ajoutent une touche punk, qui joue du contraste entre la permanence du tatouage et l’éphémère de la mode.

Tsung-Chien Tang © Tsung-Chien Tang

Tsung-Chien Tang (collection homme)

 

Originaire de Taïwan, Tsung-Chien fait ses armes à l’école Duperré, avant de travailler pour le designer Wilfried Lantoine puis auprès de la galerie Diurne, créateur de tapis de luxe artisanaux. Si son cœur balance entre la peinture et le design textile, il commence à créer des tableaux en trois dimensions à partir de laine. Son aversion pour la perfection se reflète dans ses pièces asymétriques, aux formes exagérées et déconstruites, qu’il conçoit en assemblant une dizaine de tissus d’ameublement. Romantique, il agrémente son patchwork de matières, de couleurs et de textures en y ajoutant des broderies faites d’organza, de cristaux et de brocart.

Lucille Thievre © Louise Desnos

Lucille Thievre (collection femme)

 

Après avoir étudié à la Chambre syndicale de la couture parisienne, Lucille Thievre fait ses armes chez Hermès et Givenchy, deux maisons à l’esprit très fort. “J’étais assistante styliste pendant deux ans chez Hermès, pour la femme. À l’époque, Christophe Lemaire dirigeait la création, donc il y avait beaucoup de drapés. Chez Givenchy, nous travaillions beaucoup sur le flou, avec des pièces souples. J’ai quitté la maison en même temps que Riccardo Tisci.

 

Designer free-lance, elle consacre ensuite son temps à sa première collection, pour Hyères, développée dans un atelier situé au sein de l’espace autogéré par les artistes “Wonder Liebert”, à Bagnolet. Collaborant avec les artisans qui l’entourent, elle présente une collection ultra personnelle “c’est souvent le cas lorsque on a longtemps travaillé pour quelqu’un d’autre”, qui raconte son histoire : celle d’une enfance passée dans la campagne corrézienne, où les placards de la maison débordent encore de vêtements kitsch et baroques. Une collection “sensuelle au sens premier du terme”, intime, où le jersey et le velours sont en tension autour du corps… le vêtement comme une métaphore de la caresse.  

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