09 Juillet

Rencontre avec Malakai, le chapelier préféré de Beyoncé

 

Beyoncé, Erykah Badu, FKA Twigs, Violet Chachki, Katy Perry, Nicki Minaj, Emily Ratajowski ou encore Ciara... Les créations de House of Malakai, un artiste-chapelier originaire de l’Ouest américain, maintenant basé entre Berlin et Bali, coiffent les têtes des plus grandes stars depuis la création de sa marque en 2013. Rencontre avec un créateur inspiré.

Propos recueillis par Auguste Schwarcz

Photo Viktor Herak.

Une rencontre avec Malakai, c’est la promesse de s'évader loin, très loin, des sentiers battus. S'évader sur les terres idéales qui inspirent le créateur, un monde où la beauté et l’énergie irrigueraient le monde, où les frontières entre les classes et les genres seraient abolies pour laisser place à une communauté ouverte, dont l’existence festive serait ponctuée de raves, de transes psychédéliques, de rites chamaniques… Des terres qui nourrissent son talent prolifique, son audace et sa créativité hors pair.

En 2013, il lance sa marque HoM, House of Malakai, un espace qui lui permet de créer ses pièces sans concession, inspirées par le seul désir de créer. Depuis, ses coiffes à l’originalité radicale, toutes plus singulières les unes que les autres, ont séduit les plus grandes stars de la planète. Que ce soit pour de grands événements mondains comme le gala du Met, pour figurer sur une pochette d’album, pour un concert… les pop stars et les célébrités s'arrachent ses créations à la beauté éthérée et fantasmagorique, tout comme les designers en vue, tels Rick Owens ou Olivier Rousteing. Natif de l’Ouest américain, c'est à Bali que Malakai lance sa production et installe son studio avant de venir vivre à Berlin où il crée un nouvel espace de création. Rencontre.

 

 

NUMÉRO : Il y a deux ans, Numéro vous rencontrait pour la première fois. Qu’est-ce qui a changé depuis ? 

 

J’ai de nouveau collaboré avec Beyoncé, notamment pour son show à Coachella. Mais cette fois-ci avec des créations très différentes de la coiffe que j’avais imaginée pour les Grammys Awards de 2017. J’ai également travaillé avec d’autres stars comme Nicki Minaj pour la pochette de son album Queen et le clip de son titre Ganja Burn, ou encore Katy Perry pour l’un de ses concerts… 

 

HOUSE OF MALAKAI : Vous avez aussi participé au gala du Met, le célèbre événement mondain organisé par Anna Wintour.

 

Oui, j’ai créé des chapeaux pour Winnie Harlow (habillée par Tommy Hilfiger), Ciara et Emily Ratajkowski (par Peter Dundas), mais aussi Madonna (par Jean Paul Gaultier)… Mes créations faites à la main constituent la majeure partie de mon travail, mais de nombreux projets sont en préparation, notamment des collaborations avec des couturiers – dans la lignée du premier show haute couture de Balmain auquel j’avais participé –, et une nouvelle ligne de bijoux pour ma marque, House of Malakai.

Beyoncé porte Peter Dundas et House of Malakai lors de sa performance aux Grammys Awards, 2017.

Beyoncé porte Balmain et House of Malakai lors de sa performance au festival Coachella, 2018.

Justement, lors de ce défilé Balmain haute couture, nous avons pu voir des splendides coiffes aux tons blancs et nacrés, à l’image des pièces du défilé. Comment avez-vous rencontré Olivier Rousteing ?

 

Peut-être qu’il m’a remarqué lorsqu’il s’occupait des costumes de Beyoncé au festival Coachella. Comme vous le savez, Balmain avait l’exclusivité sur l’intégralité des tenues. Mais Marni [Senofonte, la styliste de Beyoncé] m’a apostrophé : “Hey ! Pourrais-tu nous faire une sorte de couronne façon Nefertiti ? Je ne sais pas exactement quand on pourra l’utiliser, mais viens à Coachella, on la présentera peut-être pendant le festival.” Pour Beyoncé… comment refuser ? Je suis donc parti à Los Angeles. Là-bas, j’ai assisté aux répétitions et rencontré pas mal de monde. Le jour du show arrive, je suis en train de savourer ma journée de repos, et là, mon téléphone sonne : “Hello, tu peux venir t’occuper des dernières retouches ?” C’est comme cela que ma pièce a été présentée ! C’était une grande couronne qui s’inspirait du buste de Nefertiti, en réseau de métaux précieux, très lumineuse et impériale.

 

“Marni [Senofonte, la styliste de Beyoncé] m’a apostrophé : ‘Hey ! Pourrais-tu nous faire une sorte de couronne façon Nefertiti ?’”

 

Autrefois vous étiez artiste performeur dans de multiples festivals, comme le Burning Man ou Coachella justement. Que représente le monde de la performance pour vous aujourd’hui ? 

 

J’étais déjà performeur lors des premières éditions de Coachella et du Burning Man, à la fin des années 90. À l’époque, j’habitais encore à San Francisco. Je participais à des spectacles pyrotechniques, je mixais ou j’imaginais des costumes pour des amis artistes. Je suis familier du monde de la scène, je suis capable de m’identifier aux célébrités et de comprendre l'esprit de leurs performances, même si je me suis éloigné de cet univers. Aujourd’hui, je puise mes influences aussi bien dans les cultures underground de l’Ouest américain qu’à Bali en passant par Berlin. 

Emily Ratajkowski porte Peter Dundas et House of Malakai lors du dernier gala du Met, 2018.

À gauche : Winnie Harlow porte Tommy Hilfiger et House of Malakai, à droite : Ciara porte Peter Dundas et House of Malakai. Photos prises lors du dernier gala du Met, 2018.

Comment vos collaborations avec des stars s’organisent-elles ? 

 

Les célébrités savent ce qu’elles veulent. Je me contente d’y apporter ma touche. Les stylistes me donnent des pistes de réflexion comme : “J’aimerais voir Nicki Minaj en reine égyptienne !” ou “Je veux Beyoncé en martyre de l’Église!”. Généralement, je m’imprègne des sources que l’on me demande de pasticher, puis je les réinterprète. Mes collaborations avec des célébrités constituent une opportunité immense car elles me permettent de réaliser des productions qui prennent des centaines d’heures à faire, et qu’elles envoient au public des images exceptionnelles lorsqu’elles portent mes créations.
 

Je ne souscris pas au dogme de l’art.” 

 

Beaucoup considèrent vos coiffes comme de véritables œuvres d’art. Vous considérez-vous aujourd’hui comme un artiste ou un designer ? 

 

Plutôt un artiste, mais cela ne veut pas dire qu’un designer n’en n’est pas un ! Je ne souscris pas au dogme de l’art. Le maquillage, c’est de l’art, le graffiti, aussi, tout comme le design, la mode, le mix ou la performance… Selon moi, l’art se résume à la capacité de création et d’imagination que l’on transpose dans un médium, quel qu’il soit. Il y a même une forme d’art dans la manière de concevoir sa vie. Je ne vois pas ces différences. Pour moi, elles sont superficielles et sont les conséquences de l’industrie capitaliste. L’art perd parfois sa valeur pour être transformé en produit. Il s’inscrit alors dans une classification qui peut lui confisquer sa beauté et sa vérité. Mais je suis bien conscient que l’art et l’argent fonctionnent ensemble ; il faut avoir des fonds pour créer, et ces fonds proviennent de ce système consumériste. Je préfère me considérer artiste plutôt que designer car je ne me plie pas aux règles de la mode, je suis maître de mon agenda. Je crée selon mes inspirations, les demandes de mes clients… cela demande du temps mais me permet aussi de miser sur l’effet de surprise.

Photo Viktor Herak.

Photo Viktor Herak.

On retrouve dans certaines de vos pièces des inspirations médiévales ou baroques. Quelle est votre méthode de travail et comment parvenez-vous à conjuguer vos multiples inspirations ?

 

J’aime tout ce qui surprend. C’est sûrement lié à ma relation au monde de l’underground. J’aime le médiéval, j’aime le tribal, j’aime le punk, j’aime le goth, ou, en ce moment, l’inspiration que me procurent les raves berlinoises… Je suis fasciné par les subcultures car elles regorgent d'images splendides. Mon travail peut présenter un aspect agressif ou menaçant mais n’en reste pas moins équilibré. On y voit des épines et des piques, certes, mais toujours ornées de pierres ou de cristaux. La délicatesse et la beauté surgissent derrière l’aspect belliqueux. J’aime l’idée de mélanger ces univers dans lesquels je retrouve mes valeurs : ritualistes, cérémoniales, anarchiques, activistes, contestataires, futuristes…  

 

J’aime le médiéval, j’aime le tribal, j’aime le punk, j’aime le goth, ou, en ce moment, l’inspiration que me procurent les raves berlinoises…

 

Comme vous le soulignez si justement, votre travail ne s'apparente pas à un enchaînement de saisons qui s’annihilent les unes les autres. 

 

Chacune de mes pièces a sa propre identité. Certaines s’inspirent de créations anciennes, d’autres sont plus futuristes. J’aime imaginer ce que serait une mode futuriste, marquée par les symboles du passé. Il y a quelque temps, j’ai remarqué que mes plus vieilles pièces – créées il y a environ cinq ans – se vendaient de plus en plus. Preuve que mon travail était avant-gardiste et convient désormais à notre époque… d’autant qu’il ne suit pas l’agenda des collections qui défilent saison après saison.

Photo Viktor Herak.

Photo Viktor Herak.

La seule pression à laquelle je me plie est celle de créer.

 

Projetez-vous des partenariats directs avec le monde de la mode ?

 

Je travaille actuellement sur une nouvelle collection de bijoux. En ce qui concerne mes créations de l’âme, j’y vais à mon rythme. La seule pression à laquelle je me plie est celle de créer. C’est pour cela que HoM [House of Malakai] a son timing propre. Lorsqu'on est designer, je pense que l'obligation de suivre un calendrier très strict peut amener à s’écarter de soi. Pour le reste, cela reste confidentiel, vous le saurez le moment venu !…

 

 

Les collections House of Malakai sont à découvrir sur houseofmalakai.com.

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