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Alber Elbaz s'expose à la MEP

 

À la Maison européenne de la photographie, le talentueux directeur artistique de Lanvin, Alber Elbaz, propose une exposition exceptionnelle de photographies consacrée à son travail.

Plongée dans le noir telle une salle de cinéma, la pièce rassemble d’immenses tirages noir et blanc de la photographe Katy Reiss, parmi lesquels des écrans géants viennent rythmer la visite. Ces boîtes lumineuses rendent palpable le détail d’un collier, ou l’expression de Saskia de Brauw, saisie dans les coulisses.

Dans la salle adjacente, un long couloir peint en rouge vif célèbre le sens de la couleur d’Alber Elbaz. Parfois volontairement floues, les images de But Sou Lai, prises sur les défilés ou backstage, transcrivent une impression, une émotion, sans s’attacher à décrire précisément le vêtement ou à dater les collections.

Puis vient une salle inondée de lumière, où des Stockman présentent des toiles inachevées, infiniment poétiques, à la fois splendides et vulnérables. Derrière eux, de nouvelles images de But Sou Lai sont comme les ombres de ces vêtements projetées sur les murs : mises en scène dans l’atelier de la maison, les toiles prennent vie, les volumes et les drapés du tissu dessinent des routes sur lesquelles se perd le regard, songeur. 

Photo But Sou Lai

Numéro : Pourquoi avez-vous souhaité mettre en place cette exposition qui évoque votre travail à travers le regard de plusieurs photographes ?

 

Alber Elbaz : On pense que l’image n’est qu’une réflexion de la mode, qu’en faisant une photo avec son téléphone portable, on peut rendre compte d’une robe ou d’une veste asymétrique. Mais la photographie n’est pas seulement un document. Je pense que la photographie a changé la mode, l’a énormément influencée. Aujourd’hui, le fait qu’on travaille en se servant d’écrans, avec des images sur de petits écrans, influence une fois de plus la mode. Si l’appareil photo a peut-être conduit à simplifier les lignes des illustrations, et apporté un minimalisme dans la mode, je pense que les écrans actuels l’ont aplatie. Dans cette exposition, nous avons donc disposé des écrans pour montrer les photos de Katy Reiss, qui sont énormes. Nous n’avons pas seulement montrer le devant, nous avons aussi voulu montrer le dos. Je pense que le dos d’un vêtement est très sensuel, alors que le devant est beaucoup plus sexuel. La salle dans laquelle nous sommes [avec de grandes boîtes lumineuses et des tirages géants de Katy Reiss] est à l’image de la mode telle qu’on la voit aujourd’hui, avec de grands écrans noir et blanc, beaucoup d’électricité. Ils sont légèrement agressifs, tout maigres.

Qu’avez-vous souhaité montrer dans l’autre partie de l’exposition, qui mêle des ébauches de vêtements sur des Stockman et des photos de ces ébauches ?

La salle blanche est un laboratoire de mode. Je présente des toiles qui ne sont pas finies. Ce sont des toiles infinies. Ce n’est donc pas une histoire de perfection, parce qu’on vit dans un monde où tout le monde veut être parfait, avec un corps parfait, sans rides et sans cheveux blancs, avec un mari parfait et des enfants parfaits. Je pense qu’il y a beaucoup de faux dans le parfait. Pour ces vêtements, j’ai voulu montrer qu’on n’a fait ni de Photoshop ni de “photo choc”. J’ai voulu montrer cette évidence : voilà l’objet, et voilà la photo. Nous n’avons pas rétréci, allongé ou manipulé l’image. La lumière agressive des tubes fluo est celle des studios, des ateliers où on ne doit rien cacher, où tout doit être vu et montré. J’ai fait des croquis mais ce sont des croquis immenses, encore une fois, bigger than life, parce que je crois qu’aujourd’hui on parle de “the bigger the better”, tout doit être grand. Le bruit est presque plus important que le talent, le packaging plus important que le contenu…

 

 

Avez-vous souhaité restituer toute son importance à l’émotion, qui semble moins présente dans le monde actuel, et particulièrement dans le monde de la mode ?

Exactement, car aujourd’hui les gens se parlent un peu moins, car ils s’envoient des messages. Ils regardent moins les défilés, parce qu’ils les filment. On essaie d’entendre moins et d’enregistrer plus. C’est la vie contemporaine, et il ne faut pas être nostalgique. On doit faire coexister les deux approches. On doit jeter un pont entre l’émotion et le monde actuel. L’un n’est pas plus important que l’autre. L’un ne peut pas exister sans l’autre. On a besoin du heavy metal et de la musique classique. Les deux s’équilibrent. Quand deux histoires se mélangent, elles créent une troisième histoire.

 

Peut-on dire qu’une troisième histoire se crée entre l’exposition Jeanne Lanvin que vous avez orchestrée au musée Galliera, de mars à août dernier, et Alber Elbaz/Lanvin, Manifeste, que vous présentez à la Maison européenne de la photographie ? La seconde est-elle une réponse à la première ?

Oui, car l’exposition du musée Galliera était plutôt une histoire de tradition, d’archives. Ici, nous essayons de montrer le présent, à travers des photographies plutôt qu’à travers des vêtements, et j’aime montrer mon travail en images car je suis superstitieux, je n’aime pas exposer mes vêtements dans un musée. Ici, ce n’est pas un musée, c’est une maison. Dans une maison, il y a un dynamisme, des choses qui vivent, des choses qui bougent.

 

 

 

Alber Elbaz/Lanvin, Manifeste, à la Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, Paris IVe. Jusqu’au 31 octobre.

 

 

Propos recueillis par Delphine Roche 

 

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