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Numéro
03 luncinda devlin frames of references photo numero magazine

Cuisine gore, strip clubs et Polaroid : 3 livres photo à découvrir absolument

PHOTOGRAPHIE

Les chaises électriques de Lucinda Devlin, les Polaroid somptueux et sinistres de Miles Aldridge et les horreurs (gores) gastronomiques des studios A24… Focus sur trois livres de photographies à ne manquer sous aucun prétexte. 

  • Electric Chair, Holman Unit, Atmore, Alabama, 1991 The Omega Suites.

  • Langjökull Glacier #4, Iceland, 2018 Subterranea.

  • Bath, Pocono Palace, Marshall's Creek, Pennsylvania, 1980 Pleasure Ground.

  • Jules UnderSea Lodge, Key Largo, Florida, 1989 Pleasure Ground.

  • Georgia Aquarium #1 (Shark), Atlanta, 2021 Habitats.

  • Greenhouse 48, (Mother plants) Copperstate Farms, Snowflake, 2022 Arizona, Field Culture.

  • Gross Anatomy Lab, University of California, Riverside, California, 1982 Corporal Arenas.

  • Operating Room #8, Forrest General Hospital, Hattiesburg, Mississippi, 1998 Corporal Arenas.

“Frames of References” de Lucinda Devlin. Steidl. Published with Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur, Cologne.

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1. “Frames of References” de Lucinda Devlin : des espaces perdus entre la vie et la mort

 

Les photographies de Lucinda Devlin sont vides. Crues et inoccupées. Le cadre de la photographe américaine transforme les pièces en cages éphémères refusant l’accès à la plupart des Hommes. Mais cela n’empêche pas à ses images de rester assourdissantes. Le grésillement de la lampe qui éclaire une chambre opératoire glaciale nous agace. On devine – hors champ – l’atroce claquement d’une porte en métal, près de cette chaise électrique jaune. Et dans ce club de strip tease lynchien, on perçoit des murmures, une musique et quelques souffles de plaisir, aussi. L’ouvrage Frames of References (Steidl) propose plus de 200 images réparties en neuf séries photographiques (et une vidéo). Lucinda Devlin y raconte l’histoire d’une Amérique paradoxale, des années 1970 à nos jours, évoquant tour à tour l’industrialisation, la tentation, la terreur et la bestialité suggérée. Des paysages anti-rêves poétiques directement inspirés des ouvrages d’architecture. L’une de ses séries les plus célèbres s’intitule The Omega Suites (1991-1998), sombre cartographie des chambres d’exécution à travers 22 états américains. Une référence évidente à la dernière lettre de l’alphabet grec et à l’irrémédiable sanction.

 

Frames of References [Steidl] de Lucinda Devlin, 2023.

Horror Caviar: A Cookbook des studios A24 [John Dieringer], 2021.

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2. “Horror Caviar: A Cookbook” ou la cuisine terrifiante des studios A24

 

En voici un livre de cuisine improbable… Ici l’ironie vire au grotesque magnifique. On pense au cannibalisme esthétique de Julia Ducournau ou même aux carnages cinématographiques insoutenables des seventies. On y rencontre un homard à l’agonie flottant sur une moquette rouge puis une seringue gorgée d’hémoglobine d'un noir de jais perforant un ravioli pékinois innocent. Ces compositions multicolores ultra violentes ont été orchestrée par les studios indépendants américains A24 qui réunissent pour l’occasion 29 longs-métrages et 25 stylistes, chefs et “food artists” sous l’objectif de photographe australien Justin J Wee. Et les contrastes et les couleurs brûlantes – du parme à l’indigo – rappellent parfois les délires pop d’un David LaChapelle. Le Midsommar d’Ari Aster [2019], le Suspiria de Dario Argento [1977], The Witch de Robert Eggers [2015], The Shining de Stanley Kubrick [1980]… L’ouvrage Horror Caviar: A Cookbook est une véritable déclaration d’amour aux films d’épouvante les plus graphiques… et à la gastronomie. Un concept jubilatoire et inattendu.

 

Horror Caviar: A Cookbook des studios A24 [John Dieringer], 2021.

“Please Please return Polaroid” – Miles Aldridge

3. Les Polaroid acidulés de Miles Aldridge

 

On connaît ses ménagères des sixties hallucinée et ses poupées immobiles au regard froid. Collaborateur de l’écrivain Harland Miller et des artistes Maurizio Cattelan ou Gilbert & George, le photographe britannique Miles Aldridge a fait des jeux de couleurs acides sa marque de fabrique. On retient ses portraits de stars dans des atmosphères mi-hitchcockiennes mi-psychédéliques – Viola Davis, Michael Fassbender, Cara Delevingne –, et ses couvertures du magazine Times. Suite directe de son recueil d’image homonyme de 2016, Please Please Return Polaroid (2016) présente, comme son nom l’indique, des Polaroid nouveaux et anciens issus de plus de 20 ans d’archives de l’artiste. Un ouvrage pensé comme un jeu d’enfant entre découpage, ruban adhésif et beauté de l’aléatoire…

 

Please Please Return Polaroid de Miles Aldridge [Steidl]