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Numéro
09

Paris Photo 2023 : qui sont les nouveaux photographes à suivre ?

PHOTOGRAPHIE

Rendez-vous incontournable de la photographie, la foire Paris Photo présente du 9 au 12 novembre sa 26e édition au Grand Palais Éphémère. Parmi la centaine de galeries participantes, celles exposant dans le secteur Curiosa proposent, comme de coutume, un panorama des nouveaux talents. Focus sur cinq jeunes photographes à suivre absolument.

  • Felipe Romero Beltrán, projet “Dialect” (2022).

  • Felipe Romero Beltrán, projet “Dialect” (2022).

  • Felipe Romero Beltrán, projet “Dialect” (2022).

  • Felipe Romero Beltrán, projet “Dialect” (2022).

Courtesy of the artist and HATCH.

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1. Felipe Romero Beltrán

 

En Espagne, lorsqu’un mineur étranger entre illégalement sur le territoire, son sort passe entre les mains de l’État qui doit le garder sous sa protection jusqu’à la majorité. S’ensuit alors une période charnière, durant laquelle l’individu réside dans un centre spécialisé en attendant d’obtenir le statut de réfugié. C’est sur ce moment de latence que Felipe Romero Beltrán a choisi de se concentrer. En 2020, le photographe colombien commence à suivre neuf adolescents arrivés du Maroc dans l’une de ces structures, à Séville, pour un projet qui s'étalera sur trois ans – trois années d'ennui, d’incertitude voire d'inquiétude face à l’avenir. Intitulée Dialect et plusieurs fois récompensée par des prix, la série du photographe présentée par la galerie Hatch documente ces moments d’oisiveté mais aussi de complicité entre ces jeunes hommes à travers des images d’une grande délicatesse où leurs corps, parfois savamment chorégraphiés, occupent une place centrale. En complément de ces clichés, l’artiste présente des textes de lois espagnols dont certaines parties sont raturées, illustrant les difficultés souvent rencontrées par ces migrants dans la compréhension de la langue et des règles de leur terre d’adoption. Autant de manières d'illustrer cette transition fondamentale et souvent difficile vers un autre pays et une autre culture, mais aussi vers l’âge adulte.

 

Stand de la galerie Hatch, SC16.

  • Kara Springer, “The shape of mountains, Part I” (2023).

  • Kara Springer, “Judith Mae, Part I” (détail) (2023).

  • Kara Springer, “The shape of mountains, Part I” (détail) (2023).

  • Kara Springer, “Judith Mae, Part I” (détail) (2023).

Vue du stand de la galerie Patel Brown à Paris Photo, 2023. Photo : Jérémie Bouillon.

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2. Kara Springer

 

Il n’est pas rare de croiser des photographes également plasticiens, mais moins nombreux sont ceux à avoir fait parallèlement carrière dans le design industriel. C'est sans doute de cette double casquette que Kara Springer tient son grand sens de l’espace, que l’on constate immédiatement sur le stand de la galerie Patel Brown : accrochées aux cimaises et montées au sol, de fines structures en bois soutiennent de larges impressions violacées qui semblent tomber comme des tissus, maculées de points sombres, de taches et autres traînées de couleurs plus claires. Pour réaliser ces photographies et exciter le désir tactile du spectateur, l’artiste basée à New York a scanné des céramiques dont la terre fissurée, figée dans son état le plus fragile, évoque la texture de l’épiderme et installe une proximité presque intime avec l'image. Aux côtés de ces œuvres abstraites apparaissent des clichés en noir et blanc de montagnes capturées par Kara Springer dans les montagnes de Kingston en Jamaïque, d’où elle est originaire. Sa mère, qui vit encore là-bas, est d’ailleurs au centre de la dernière installation présentée à Paris Photo : sur la cimaise, un même portrait d'elle fillette s'affiche dans six petites boîtes s’éclairant au rythme de la respiration de l’artiste. Une idée singulière où l'artiste, qui a enregistré quotidiennement son souffle pendant un mois avant de le restituer dans ce mécanisme, démontre toute l’ingéniosité de sa pratique pluridisciplinaire.

 

Stand de la galerie Patel Brown, SC12.

  • Andrés Barón. Courtesy DS Galerie.

  • Andrés Barón. Courtesy DS Galerie.

  • Andrés Barón. Courtesy DS Galerie.

  • Andrés Barón. Courtesy DS Galerie.

  • Andrés Barón. Courtesy DS Galerie.

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3. Andrés Barón

 

Jeux de regard, actions des plus banales, fragments de papiers et autres natures mortes… Poétiques et pudiques, les images d’Andrés Barón subliment le quotidien en mettant en exergue la sensualité de l’être et des objets qui l’entourent. Si l’artiste colombien s’est particulièrement illustré dans la vidéo, avec ses films souvent courts et sans dialogue emmenant le réel vers des frontières oniriques, la photographie reste son premier amour, et lui permet aujourd’hui de mettre en scène, esquisser et visualiser les compositions qu’il capturera ensuite à la caméra. Sur son stand à Paris Photo, la DS Galerie présente un échantillon éloquent de la pratique du jeune homme basé à Paris avec une sélection de clichés réalisés au fil des six dernières années. On y découvre à la fois son talent pour le portrait et son goût pour la mise en abîme de l’image dans l’image, mais aussi pour l'exaltation de la matière et de la couleur – en atteste sa série de petits formats sous Plexiglas, présentant des pages de journaux financiers maculées de cire. Un corpus qui, selon ses mots, un “inventaire des gestes” qu’il capturera avec élégance avec sa caméra, comme des danses au ralenti.

 

Stand de la DS Galerie, SC11.

  • Nhu Xuan Hua, “Gladiolas and Forty years in between”, Archive from year 72 (2017).

  • Nhu Xuan Hua, “Les oubliées, Archive from year 70 (2017).

  • Nhu Xuan Hua, “Bà Ngoai is 52”, Archive from the year ’78.

Courtesy Galerie Anne-Laure Buffard © Nhu Xuan Hua.

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4. Nhu Xuan Hua

 

Si chaque image porte en elle un souvenir, ce dernier peut-il disparaître lorsque l'on en efface les protagonistes ? Voilà une question que posent les clichés de Nhu Xuan Hua, dont la série au long cours Tropism témoigne d'un grand travail de réappropriation de la mémoire. Française d’origine vietnamienne, la trentenaire est habitée, comme beaucoup de descendants d’immigrés de deuxième génération, par une volonté de reconnecter avec ses racines et de son histoire familiale qu’elle n’a pu connaître que de loin. Après un second voyage au Vietnam, la photographe de mode s’est alors plongée dans les albums photos de ses parents pour en extraire des dizaines d’images d’archives dont elle a minutieusement effacé les corps sur Photoshop. En résultent des scènes dans des décors domestiques ou extérieurs dépourvues de leurs sujets – journées à la plage, repas d’anniversaire –, où seules quelques fines et discrètes lignes esquissent la silhouette des individus jadis présents dans l’image, désormais réduits à des formes spectrales. Par ce procédé, l’artiste semble ainsi faire de ces morceaux du passé des surfaces vierges où pourront s’écrire ses propres récits, mais aussi ouvrir des espaces de projection plus vastes, libres et universels pour les spectateurs de ces œuvres.

 

Stand de la galerie Anne-Laure Buffard, SC07.

  • Hubert Crabières, “Jake en papier dans les escaliers”, Dijon (2019).

  • Hubert Crabières, “feux d’artifices, confettis et verres colorés, salon d’Argenteuil” (2020).

  • Hubert Crabières, “collection de tissus, salon d’Argenteuil” (2017).

  • Hubert Crabières, “visages volants, salon d’Argenteuil (costumes par Diane Gaignoux, dessins par Hugo Baud).

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5. Hubert Crabières

 

Colorées, pétillantes, explosives voire loufoques … Les photographies de Hubert Crabières ont tout d’un carnaval jubilatoire qui célèbre la vie avec humour et optimisme. Lauréat du prix American Vintage au Festival de Hyères en 2019, et régulièrement courtisé par les marques et magazines de mode, le jeune Français fait régulièrement surgir cette fantaisie dans l’intimité de son studio à Argenteuil. L'artiste y utilise pêle-mêle les dizaines de tissus chatoyants de sa collection, des éclairages stroboscopiques, des pluies de paillettes, mais aussi des vêtements sculpturaux et exubérants signés par des jeunes créateurs, dont il habille ensuite ses proches, pour construire cet univers où la magie se passe de post-production. En atteste l’une des images présentées sur le stand de la galerie Madé, où un portrait de la professeure d’art du photographe, imprimé grandeur nature, découpé, intégré dans un ensemble fleuri puis étalé sur des escaliers, génère l’image cartoneesque d’un corps écrasé par un rouleau compresseur sans aucune intervention d’un logiciel de retouche. Étendant son talent pour la mise en scène jusqu'à la scénographie de son stand à Paris Photo, l’artiste présente ses tirages dans des cadres enveloppés de papier cadeaux, avant de les accrocher sur les cimaises tapissées de son large autoportrait nu et couvert de cristaux scintillants.

 

Stand de la galerie Madé, SC01.

 

 

Paris Photo, du 9 au 12 novembre 2023 au Grand Palais Éphémère, Paris 7e.