8


Commandez-le
Numéro
15

7 beaux livres d'art à (s')offrir pour les fêtes

Art

Les dessins homoérotiques d'Andy Warhol, les illustrations d'Aubrey Beardsley, les poèmes de Yayoi Kusama ou encore l'itinéraire d'une galerie d'art : découvrez sept beaux livres parus cette année.

  • Marina Abramovic: Counting the Rice (Step by Step: Finale). Photography (c) Casey Kelbaugh (page 149, bottom right)

  • Rashid Johnson: Love in Outer Space (Step by Step). Artwork (c) the artist / Photography (c) Casey Kelbaugh (page 18, image 13)

  • George Condo: Fashion Model (Materials). Artwork (c) the artist / Photography (c) Casey Kelbaugh (pages 56-57)

  • George Condo: Fashion Model (Step by Step: The Start). Artwork (c) the artist / Photography (c) Casey Kelbaugh (page 58, top)

1/4

1. Les artistes vous apprennent à créer une œuvre d'art

 

Monter un mobile en papier avec Sarah Sze, peindre des aquarelles avec William Wegman, fabriquer une couronne avec Will Cotton ou même compter du riz avec Marina Abramovic : voilà ce que l’on peut apprendre dans l’ouvrage Open Studio. Publié par les éditions Phaidon, celui-ci propose de pénétrer un espace central aux artistes, leur atelier, mais ne s’arrête pas là. 17 figures majeures de l’art contemporain, de KAWS à George Condo en passant par Lawrence Weiner et Rachel Feinstein, ont accepté d’ouvrir leurs portes tout en se prêtant à un jeu plutôt original : le partage d’un projet artistique à réaliser chez soi. Grâce à des textes biographiques et explicatifs, mais également de photographies mettant en scène les artistes et leur espace de travail, ce livre d’art dirigé par Sharon Coplan Hurowitz et Amanda Benchley augmente son contenu théorique d’une visée pratique et éducative particulièrement adéquate alors que le confinement a suscité un regain d'intérêt pour les activités manuelles et créatives.

 

 

Open Studio, éditions Phaidon (2020), 69,95€

2. Les provocations d'Aubrey Beardsley

 

Vingt-cinq ans. C’est le nombre d’années qu’aura vécu Aubrey Beardsley, entre 1872 et 1898. Et pourtant : étalée sur à peine une décennie, la carrière artistique de cet illustrateur britannique s’est enrichie de plus de mille dessins, tous caractérisés par la finesse de sa plume à l’encre noire, son extrême sens du détail et de la minutie, leur verticalité rappelant les kakémonos japonais [calligraphie sur soie destinée à être accrochée au mur] mais aussi son style volontiers irrévérencieux et décadent. Entre son illustration du roman Le morte Darthur de Thomas Malory et d’une pièce satirique d’Aristophane, d’affiches publicitaires et de sa propre revue pornographique The Savoy, jusqu’à son œuvre majeure, l’illustration de la tragédie Salomé d’Oscar Wilde — qui lui vaudra ensuite d’être désavoué par le célèbre auteur –, ses œuvres marqueront l’esthétique de l’ère victorienne de la fin du XIXe siècle, annonçant l’émergence des mouvements Arts & Crafts puis Art nouveau. À l’occasion de sa première grande rétrospective en France, le musée d’Orsay a fait éditer un catalogue très complet explorant les multiples facettes de sa pratique.

 

 

Aubrey Beardsley, éditions Rmn - Grand Palais en coédition avec le musée d'Orsay (2020). 39€

3. Plongée poétique dans la vie de Yayoi Kusama

 

Nombreux sont les artistes à avoir réagi à l’année 2020 et ses crises majeures à travers leur pratique. Très instinctivement, Yayoi Kusama a choisi le poème. À plusieurs reprises, l’artiste japonaise a publié des textes emplis de compassion et d’espoir incitant à la résilience face à cette période difficile pour le monde entier. Car si celle qui fêtera bientôt ses 92 ans est particulièrement connue pour ses peintures, sculptures et installations multicolores et psychédéliques où fourmillent des myriades de pois, l’écriture a toujours été un fil rouge complémentaire à l’expression de son imaginaire et de sa sensibilité. Prenant pour point d’ancrage son exposition éponyme à la galerie David Zwirner, le livre EVERY DAY I PRAY FOR LOVE relie ses aphorismes et ses titres énigmatiques à ses œuvres, le tout agrémenté d’images d’archives qui tissent la chronologie originale et poétique de sa vie prolifique.

 

 

Yayoi Kusama : EVERY DAY I PRAY FOR LOVE, éditions David Zwirner Books (2020). 45€

4. Les sculptures érodées de Daniel Arsham

 

Daniel Arsham détourne des sculptures du musée du Louvre. À première vue, le projet semble ambitieux voire risqué. C’est pourtant le défi qu’a relevé le plasticien américain il y a quelques mois en créant des moulages des chefs d’œuvres de l’Antiquité classique, auxquels il a appliqué son principe plastique phare : la cristallisation. Tel un fascinant virus contaminant et grignotant la matière, l’Américain laisse fleurir la calcite bleue ou verte sur le plâtre blanc d’une Vénus de Milo ou du Moïse assis de Michel-Ange. Présentées pour la première fois à la galerie Perrotin sur des socles bordés de néons colorés, ces œuvres intrigantes aux portes du kitsch sont désormais réunies dans un livre édité pour l’occasion, accompagnées de dessins préparatoires, de vues d’atelier et même d’un entretien de l’artiste avec Ludovic Laugier, conservateur au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre.

 

 

Daniel Arsham, PARIS, 3020, éditions de la galerie Perrotin (2020). 34,12€

5. Les dessins homoérotiques d'Andy Warhol

 

Quelques mois après sa grande rétrospective à la Tate Modern, c’est au tour de la maison d’édition Taschen de braquer un nouveau coup de projecteur sur Andy Warhol. Loin cette fois-ci des boîtes de Campbell's Soup ou du visage de Marilyn Monroe multipliés par la sérigraphie, son livre volumineux choisit de se concentrer sur un volet bien moins connu de sa carrière : ses premiers dessins intimistes et érotiques. Réalisés entre les années 50 et 60, à la période où l’artiste américain travaillait comme illustrateur pour des magazines de mode, ces croquis révèlent aussi bien la tendresse, l’amour et le désir du jeune homme que sa sexualité assumée à l’époque d’une société encore majoritairement homophobe. Plus de trois cent dessins remplissent ce livre, caractérisés par leur absence presque totale de remplissage, leurs traits fins continus à l’encre et leurs formes ouvertes aux contours inachevés, qui ne sont pas sans évoquer les esquisses d’un Jean Cocteau.

 

 

 

Andy Warhol. Love, Sex, and Desire. Drawings 1950–1962, éditions Taschen (2020). 75€

6. Luchita Hurtado, itinéraire d'une artiste méconnue

 

L’histoire de Luchita Hurtado est celle d’une découverte tardive. Car si l’artiste vénézuélienne a entamé sa pratique dès les années 40, il lui faudra attendre l’orée du XXIe siècle pour que son travail gagne la visibilité qu’il mérite dans le monde de l’art, appuyé par la découverte de sa productivité : de ses toiles abstraites et colorées des années 50 et 60 à celles plus récentes et engagées mêlant des mots aux paysages, en passant par ses autoportraits qui mettent en scène de nombreuses vues de son propres corps, l’univers de Luchita Hurtado est riche, et rend aussi bien hommage à la nature qu’à la place de la femme dans la société. En août dernier, à seulement deux mois de son centième anniversaire, alors plus connue et reconnue que jamais dans sa carrière, l’artiste s’éteint. Pensé comme un journal intime en chapitres, un livre publié par la galerie Hauser & Wirth retrace sa vie à travers ses propres discussions avec Hans Ulrich Obrist il y a quelques années. L’occasion de suivre la vie d’une femme qui a parcouru le monde et rencontré les plus grands artistes de son époque.

 

 

Luchita Hurtado, éditions de la galerie Hauser & Wirth (2020). 50€

7. Le destin étonnant de la galerie Chantal Crousel

 

Comment crée-t-on une galerie d’art ? C’est la question à laquelle Jure-moi de jouer tente de répondre, un livre de 700 pages qui revient sur le destin de l'une d'entre elles : Chantal Crousel. Après avoir ouvert un premier espace à Paris dans les années 70, la jeune Belge y établit sa propre galerie à son nom en 1980 dans l’optique de représenter des artistes internationaux. Elle exposera des figures majeures telles que Gilbert & George, Cindy Sherman, Christian Boltanski, Jenny Holzer, Joseph Kosuth ou encore Thomas Hirschhorn et Wolfgang Tillmans, jusqu’à devenir l’une des galeries incontournables de la capitale française et un véritable incubateur de la création artistique contemporaine. En reliant l’histoire de Chantal Crousel et son fils Niklas Svennung – gérant de la galerie – à celle de leurs expositions et artistes, l’ouvrage offre ainsi un pan très révélateur du monde de l’art de ces quatre dernières décennies. Sa sortie est aussi l’occasion de célébrer le quarantième anniversaire de la galerie.

 

 

Jure-moi de jouer, coédition Galerie Chantal Crousel & Is-Land Édition (2020). 65€