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Numéro
29

A Montpellier, des œuvres d'art exceptionnelles s'invitent dans un hôtel de luxe

Art

Après quatre ans de travaux, un monument historique vient de rouvrir ses portes à Montpellier : l'hôtel Richer de Belleval, ancien hôtel particulier qui a ensuite accueilli la mairie de la ville avant de servir d'annexe à son palais de justice. Rénové pour devenir un hôtel de luxe, le lieu s'augmente également d'une dimension artistique grâce à la Fondation d'entreprise GGL Helenis. Des artistes contemporains tels que Jan Fabre, Jim Dine ou Marlène Mocquet y ont été invités réaliser des œuvres in situ exceptionnelles...

  • “Hommage à un esprit libre”, Jan Fabre, 2020. © Juliana Stoppa

  • “Hommage à un esprit libre“, Jan Fabre, 2020. © Alois Aurelle

  • “Hommage à un esprit libre”, Jan Fabre, 2020. © Juliana Stoppa

  • “Hommage à un esprit libre“, Jan Fabre, 2020. © Alois Aurelle

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Avec ses grands arbres, ses carrés de verdure, ses pavés ensoleillés, sa majestueuse fontaine et sa vue imprenable sur la cathédrale Saint Pierre, la place de la Canourgue a tout du site touristique idéal pour apprécier Montpellier. Situé en plein centre historique, ce havre de paix est aujourd’hui bordé de restaurants, cavistes et de trois grands hôtels particuliers : parmi eux, on trouve l’hôtel Richer de Belleval, bâti au XVIIe siècle, qui a pendant un siècle et demi accueilli l’hôtel de la ville jusqu’en 1975, avant d’être fermé au public il y a onze ans. Racheté par la Fondation d’entreprise GGL Helenis en 2017, le monument historique pourrait bien devenir dès cet été un nouveau berceau de l’art contemporain dans la ville occitane. Afin de transformer ce lieu mythique en hôtel de luxe ancré dans son époque, le promoteur immobilier a souhaité en plus des travaux de rénovation le doter d’une dimension culturelle en invitant plusieurs artistes à y réaliser des œuvres in situ pensées pour le lieu, et mettant à profit des savoir-faire d’exception. Après quatre années de travaux, le public peut donc depuis début juillet découvrir le résultat final : d’une part, des chambres et suites uniques, aménagées chaque fois selon une thématique ou une ambiance différente, et d’autre part des salles communes transformées, auréolées par des créations luxueuses et grandioses.

 

 

Un lieu exceptionnel auréolé de fresques somptueuses

 

 

A peine entrée dans l’édifice, le parcours artistique commence déjà : sous la voûte d’entrée, entre deux rangées de colonnes néoclassiques alignées, des dizaines de cœurs colorés parsèment le plafond et tracent un chemin quadrillé vers le hall intérieur. Derrière ce signe empli d’amour, les amateurs d’art contemporain reconnaîtront immédiatement la signature de l’Américain Jim Dine, qui le décline régulièrement au fil de ses toiles et de ses sculptures. Pendant des semaines, le plasticien de 86 ans basé à Paris a travaillé main dans la main avec la Manufacture de Sèvres pour composer cette mosaïque de 105 carreaux où le motif apparaît, tantôt vert rempli de cercles rouges, blanc à carreaux bleus ou orange sur fond rayé appuyés par les émaux, qui donnent à l’ensemble un impact percutant et une esthétique pop. Plus graphique et poétique, un tout autre paysage envahit le plafond de la pièce attenante, qui accueille la réception de l’hôtel : ici, des nuées noires, violettes, bleutées et orangées peintes à l’encre de Chine envahissent un fond blanc. Connu pour ses dessins monumentaux, Abdelkader Benchamma a réalisé pendant huit mois cette fresque sur le thème de l’alchimie dont il représente sur chacune des voûtes du plafonds les quatre éléments – eau, feu, air et terre.

Abdelkader Benchamma réalisant“ Prima Materia” , 2020 © Alois Aurelle

“Le chant de la Sybille en cours”, Olympe Rocana-Weiler, 2021. © Alois Aurelle

Baigné par un puits de lumière, le hall intérieur continue d’inciter le visiteur à lever les yeux vers le ciel. En remontant son escalier principal, on s’aperçoit tout en haut que des cigognes et hérons le surplombent, perchés sur les corniches et des branches d’où pendent parfois quelques pommes. Signé par l’artiste française Marlène Mocquet, ce tableau espiègle de sculptures en céramique trouve son écho dans la peinture sur feuille de laiton qui colore la pièce depuis le plafond blanc : cerises écarlate ou violettes et poires jaunes y agrémentent un paysage doré peuplé de personnages vaporeux. Mais l’œuvre des artistes invités par la fondation GGL Helenis ne se limite pas aux plafonds : dans une antichambre, la jeune peintre Olympe Racana-Weiler a entièrement recouvert les murs de ses paysages abstraits aux multiples couleurs dont les lignes sinueuses et les ornementations rappellent les toiles de Paul Klee ou Gustav Klimt. La création la plus impressionnante de cet édifice restera sans doute celle de Jan Fabre dans le bar, salle haute de 12 mètres jadis consacrée à la célébration des mariages : inspiré par les planches du botaniste Richer de Belleval, fondateur du jardin des plantes de Montpellier qui donne son nom au bâtiment, l’artiste flamand réalise dans le lanternon une impressionnante composition en bas-relief émeraude où deux phoenix accrochent leurs griffes au corps d’un serpent. Un travail d’orfèvre d’autant plus impressionnant lorsqu’on apprend sa matière d’origine : des milliers d’élytres de scarabée aux multiples reflets violacés et orangés, que l’artiste a utilisé tels quels en exploitant leurs couleurs fascinantes.

Vue d’ensemble et détail de “Longue-Vue”, Marlène Mocquet, 2020. © Agence Sweep - Jérôme Mondière

Outre ces impressionnantes créations in situ permanentes, la relation de l’hôtel Richer de Belleval à l’art contemporain orchestrée par la fondation s’affirme également à travers un projet spécifique : un espace d’exposition ouvert gratuitement à tous les publics, clients de l’hôtel ou passants, au fond du hall central où se trouvent les tables du restaurant. A un rythme de deux à trois expositions par an, le lieu présentera des œuvres d’artistes qui réaliseront également chacun une pièce pour le bâtiment. Cet été, c’est donc Jim Dine qui ouvre le ba avec plusieurs dizaines d’œuvres, datées de 1974 à cette année. Réponse directe à sa mosaïque au plafond de l’entrée, ses fameux tableaux à cœurs habillent les murs des deux salles, tandis que ses bustes de femmes en bronze peints peuplent le hall. On découvre également de nombreuses peintures denses, où l’artiste mêle acrylique, sable et fusain, ainsi qu’une sculpture de main géante écrivant de tout son long les mots ”LOVE AND GRIEF” (“Amour et deuil”). “Il faut aussi qu’on ait le souffle coupé en pénétrant dans Richer de Belleval !”, confiait avec enthousiasme Numa Hambursin, ex-directeur artistique de la fondation à l’initiative de ces projets inauguraux. Ainsi sublimé, l’hôtel ne manquera pas de tenir ses promesses.

 

 

Hôtel Richer de Belleval, place de la Canourgue, Montpellier. Exposition “Faire danser le plafond” de Jim Dine jusqu’au 4 décembre.

“Faire danser le plafond”, Jim Dine, 2020. © Agence Sweep - Jérôme Mondière