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Numéro
21

Paris Internationale : 5 artistes repérés à la foire d'art contemporain

Art

Fondée en 2015 en marge de la Fiac pour défendre les galeries et artistes émergents, la foire Paris Internationale inaugurait ce mercredi 20 octobre sa 7e édition. Après une précédente proposition qui investissait le rez-de-chaussée d'un ancien supermarché, la foire revient à ses fondamentaux et prend ses quartiers dans un hôtel particulier du 16e arrondissement parisien, offrant un espace à chacune des 36 galeries participantes – dont 20 nouvelles arrivantes. Focus sur cinq artistes découverts sur place.

Hamish Chapman, “Study for Love (03/09/20, 19:38)” (2021). Courtesy Kendall Koppe

Hamish Chapman, “Plucked & Peeled” (2021). Courtesy Kendall Koppe

1. Les corps fragmentés de Hamish Chapman

 

 

Une pince marron perdue dans une chevelure blonde, le coin d’un œil bleu azur ou encore le dos d’une oreille percée… Cadrées en gros plan, les toiles de l’artiste non-binaire britannique Hamish Chapman sont autant de fragments de son propre corps, qui se dévoile à travers ses détails et les différents éléments qui, culturellement, définissent le genre. Les œuvres forment ainsi un autoportrait composite où la peau rosée, traitée par petits coups de pinceau répétitifs, donne un effet de texture presque dérangeant. Dans certaines apparaît en arrière-plan un court de tennis, comme une métaphore de la binarité où les deux genres s’affrontent et se renvoient la balle.

 

 

Stand de Kendal Koppe (Glasgow).

Michael Portnoy, “The RequiEmpath Stampede 9000s”, série “URGENT” (2020). Courtesy Wilfried Lentz

2. Les baskets kitsch en céramique de Michael Portnoy

 

 

Que cela soit à travers son passé de danseur et d’humoriste de stand-up ou son présent de plasticien et de vidéaste, Michael Portnoy transmet sa passion pour les habitudes et comportements humains. Sur le stand de la galerie Wilfried Lentz, l’Américain âgé de 50 ans présente une série de céramiques où l’on reconnaît les silhouettes déliquescentes de baskets agrémentées de lacets colorés. Baptisées URGENT, ces pièces délibérément kitsch – pour ne pas dire laides – par leurs tonalités criardes et leurs formes flasques tournent en dérision la trivialité des tendances autant que la valeur commerciale et symbolique acquise par ces chaussures au fil des deux dernières décennies. Aux côtés de ces sculptures sur socles, un i-Pad diffuse la vidéo Progressive Touch, où l’artiste met en scène des performeurs dans un décor pourpre et intimiste autour d’un même défi : comment faire l’amour en rythme et orchestrer la fusion de son corps avec la musique ?

 

 

Stand de Wilfried Lentz (Rotterdam).

Haydeh Ayazi, “New year's owl” (2021). Courtesy Delgosha

Haydeh Ayazi, “The cow's man” (2021). Courtesy Delgosha

3. Les paysages cyniques et fantasmagoriques de Haydeh Ayazi

 

 

Si Haydeh Ayazi peint depuis une vingtaine d’années, son entrée dans le monde de l’art est relativement tardive. A 65 ans, l’artiste iranienne commence à connaître une consécration internationale, notamment à travers la galerie Delgosha présente pour cette nouvelle édition de Paris Internationale. Sur papier comme sur toile, l’artiste dépeint des fantasmagories colorées mêlant animaux fantastiques, figures divines, aliens et personnages en costumes traditionnels. Ses représentations enfantines des corps, sa vision bidimensionnelle de l’espace ainsi que les myriades de points ou de mots calligraphiés en arabe qui parsèment ses fonds comme des motifs pourraient apparenter son style à l’art naïf voire l’art brut. Mais derrière ce foisonnement visuel joyeux émergent des commentaires cyniques sur la société contemporaine, de la mise en danger des espèces animales par le réchauffement climatique aux répressions politiques violentes des soulèvements citoyens.

 

 

Stand de Delgosha (Téhéran).

Cezary Poniatowski, “Guards from a Deserted Scene” (2021). Courtesy Stereo

4. Les bas-reliefs inquiétants de Cezary Poniatowski

 

 

“Des bas-reliefs sardoniques tapissés de faux cuir noir”. Voilà comment Cezary Poniatowski décrit ses sculptures dont il présente deux exemplaires sur le stand de la galerie Stereo. Le jeune artiste polonais, qui a d’abord fait ses armes dans la peinture, réalise depuis plusieurs années des assemblages inspirés par les éléments domestiques simplifiés dans des volumes rectangulaires, que le faux cuir fixé à l’agrafeuse recouvre à la manière d’une peau artificielle. En résultent des sortes de collages abstraits monochromes, le plus souvent noirs ou marrons, flottant entre l’aspect rassurant de leurs formes rembourrées et l’angoisse de leur couleur ténébreuse, qui plonge le spectateur dans des méandres profonds du quotidien matériel.

 

 

Stand de Stereo (Varsovie).

Alex Bag, capture du film “Coven Services” (2004). Courtesy Von Ammon Co

5. Les parodies grinçantes d’Alex Bag

 

 

Depuis sa jeunesse, Alex Bag est obsédée par la télévision, aussi bien par ses émissions, son esthétique que par son lien infrangible avec la société de consommation. Dans ses vidéos réalisées dans les années 1990 et 2000, l’artiste américaine interroge l’aura de ce médium d’image et d’information, ainsi que la culture de masse, en s’incarnant dans des personnages – stars de clips, de documentaires ou de publicités – emblématiques des stéréotypes télévisuels de leur époque. Présentés par la galerie Von Ammon Co aux côtés des peintures de Tony Hope dans une pièce aux airs de chambre d’adolescent, ces films s’accompagnent de poupées morbides vêtues d’ensembles Martin Margiela miniatures, à travers lesquelles la quinquagénaire alerte sur les dangers du suicide chez les jeunes.

 

 

Stand de Von Ammon Co (Washington DC).