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Numéro
19

Un artiste recrée en images le vrai visage de Vincent van Gogh

Art

L’exposition “Inventing van Gogh”, organisée par le musée Vincent van GoghHuis de Zundert (Pays-Bas), invite l'artiste numérique Ruud van Empel à s'emparer des célèbres autoportraits du peintre néerlandais pour en livrer sa version, photographique et hyperréaliste. A l'heure où les logiciels numériques facilitent les trucages d'images, l'artiste y ressuscitera le visage du célèbre peintre aux tournesols, du 14 août au 5 décembre prochain.

  • Ruud van Empel, Portrait de Vincent #1 (2020), montage photographique © Vincent van GoghHuis.

  • Ruud van Empel, Portret Vincent #5 (2020), montage photographique, © Vincent van GoghHuis.

  • Ruud van Empel, Van Gogh #2 (2020), montage photographique © Vincent van GoghHuis.

Montages photographiques de Ruud van Empel, © Vincent van GoghHuis

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Sa tête couverte d’un chapeau de paille, irradiée sous le soleil de la Provence ou emmitouflée dans une chapka laissant deviner le bandage de son oreille coupée... Durant toute sa carrière, les autoportraits de Vincent van Gogh en ont dit long sur sa vie et ses péripéties. Malheureusement, l’artiste néerlandais, mort prématurément à 37 ans en 1890, n’a pas pu produire davantage de représentations de lui-même. C’est avec l’intention de donner une suite à ce travail que la maison natale de Vincent van Gogh à Zundert (Pays-Bas), la Van GoghHuis aujourd’hui devenue un musée, a demandé à l’artiste numérique Ruud van Empel de produire des portraits photographiques truqués du peintre à l’oreille manquante. L’exposition Inventing van Gogh, prévue pour le 14 août 2021, présentera ainsi neuf portraits du peintre ainsi que plusieurs de ses tableaux de paysage et de nature, librement réinterprétés en version photographique.

 

 

Si l'on connaît désormais les deepfake, méthode d’hypertrucage numérique employée notamment pour intervertir deux visages, les interprétations de Ruud van Empel n'en font pas partie. Bien avant que ces contrefaçons d’images ne se répandent sur le web, facilitées par la prolifération d’applications permettant à n’importe quel amateur d’en réaliser, Ruud van Empel s’amusait déjà sur son premier ordinateur, dans les années 90, à produire des images apocryphes en combinant diverses photographies. Il aura fallut dix années à l’artiste-photographe d'aujourd'hui 62 ans, lui aussi néerlandais, pour perfectionner sa technique et la mener à ces productions d'un réalisme saisissant. 

 

 

Bien que ses autoportraits abondent, Vincent van Gogh ne se représente jamais tout à fait de la même manière d’une peinture à l'autre, rendant la mission de Ruud van Empel plus ardue que prévue. Du XIXe siècle, il ne nous est restés qu'une seule photographie de l’artiste vivant : imberbe, les cheveux mal peignés, l’air d’être ailleurs, il n’a alors que 18 ans : difficile pour le photographe d’imaginer comment vieillira le jeune homme ensuite. Pour pallier ce manque de données iconographiques, Ruud van Empel a dû faire appel à des sosies du peintre, tous des hommes roux, émaciés, plus ou moins ressemblants à ses autoportraits. Après les avoir tous photographiés, l'artiste pioche un nez ici, une bouche là, et combine ses images par fragments pour obtenir le visage que nous aurions vu si nous avions réellement croisé Vincent van Gogh. Suite à ce protocole, en résultent des portraits photographiques à l'aspect volontairement vieilli, où le peintre des Tournesols apparaît plus vrai que nature. 

 

 

La démarche artistique de Ruud van Empel n’est pas sans rappeler, en France, le récent travail de Dominique Dupart, romancière et chercheuse en littérature, qui a récemment mis en mouvement les visages de plusieurs personnalités littéraires du XIXe siècle comme Baudelaire, Flaubert, Proust ou en Louise Michel. Cet anachronisme hypnotisant ressuscite les visages humains qui se cachent derrières les textes les plus connus de la littérature française, et se retrouve sur le compte Instagram de l'auteure.

 

 

L’exposition “Inventing van Gogh” de Ruud van Empel sera visible du 14 août au 5 décembre 2021 au musée Vincent van GoghHuis