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21 Mars

Rencontre avec Charm, héritière d'Amy Winehouse et de David Lynch

 

La jeune musicienne d’origine brésilienne vient de dévoiler un premier titre lynchéen, dark et soul, A Body I don’t know, après un premier show parisien à la soirée ParkingStone. Numéro l’a invitée à se prêter au jeu de la séance photo et l’a interrogée sur son parcours qui l’a menée du Brésil à Berlin.

Photos : Mehdi Mendas, Direction artistique, réalisation et texte : Thibaut Wychowanok

Manteau avec couverture en Nylon, Y/Project (collection homme printemps-été 2019). Maquillage et coiffure : Virginie Delin avec Marc Jacobs en Makeup.

À la ParkingStone, la soirée techno-queer lancée par Simon Thiébaut, les murs tremblent au rythme des basses et perlent de sueur de MDMA. Mais la récente édition “All trans lives matter” suintait d’une moiteur et d’une tension plus langoureuse. Sur scène, Charm finissait son show sur A Body I don’t Know, titre néo-soul à la noirceur toute lynchéenne. Par la seule force de sa voix de diva grave et envoûtante, la jeune Brésilienne transportait les clubbeurs dans le petit théâtre de Mulholland Drive. Elle les projetait dans les peintures fascinantes et surréelles du réalisateur américain, là où l’amour est aussi sensuel que tragique.

 

 

J’ai grandi dans un milieu qui ne me comprenait pas. On me mettait dans une case : gay, queer, weird… alors qu’au fond, je n’étais que moi-même.

 

 

Charm a le charme atypique d’une Amy Winehouse, sa sensualité naturelle, et sa coupe de cheveux érigée comme une tour de Babel. Elle a aussi la fascinante radicalité d’un Arca, autre Sud-Américain maître des expérimentations électroniques (avec Björk ou FKA Twigs). Charm a surtout la beauté virginale d’une putain sublime, de ces artistes ensorcelants qui s’offrent sans retenue, payés en retour par l’amour d’un public adorateur. Charm habite son corps. Sa présence dense enveloppe le public dans une chaleur maternelle. La Maman et la Putain, réunies. Une Marie-Madeleine musicale.

 

Charm Mone est née il y a 24 ans dans un petit village du Brésil, à quelques encâblures du Paraguay et de l’Argentine. “J’ai grandi dans un milieu qui ne me comprenait pas, avoue l’artiste. On me mettait dans une case : gay, queer, weird… alors qu’au fond, je n’étais que moi-même. Aujourd’hui, être soi-même semble être l’ultime revendication, mais ce n’était pas si évident à l’époque. On m’interdisait de faire ce que je voulais : danser ou chanter. Et je n’avais pas accès à la culture ou à des modèles étrangers. Je faisais avec ce que j’avais sous la main : mon imagination, des vêtements et un appareil photo.

Manteau avec couverture en Nylon, Y/Project (collection homme printemps-été 2019). Maquillage et coiffure : Virginie Delin avec Marc Jacobs en Makeup. Merci à Léa Zetlaoui.

Charm part en école d’art, sur une île au large du Brésil. Elle s’ouvre au monde, au cinéma, à la photographie, à la danse, à la performance et à la musique pop internationale : Prince et Beyoncé sont des révélations, le R’n’B, le rap, le rock, la soul… et Abba. “Je viens d’une famille très conservatrice. En secret, je m’habillais comme mes idoles. Je dansais, je chantais et j’imitais leurs pas. Je n’étais pas forcément touchée par leur musique. C’est leur personnage et leur liberté qui me fascinaient. Au final, il ne s’agit que d’expression de soi.” Elle n’en oublie pas pour autant la MPB (la musique populaire brésilienne), la samba et la multiplicité des styles de son pays. “Au Brésil, peu de gens ont accès au conservatoire ou à un apprentissage classique de la musique. La musique s’apprend chez soi, en groupe. L’approche est beaucoup sensible et poétique, nous avons une manière très romantique d’appréhender les choses. J’y suis toujours attachée.” 

 

Je veux créer un espace où je pourrais me permettre d’être totalement moi-même et où chacun pourrait faire l’expérience du monde d’un manière différente : fluide.

 

À 19 ans, Charm s’envole pour Berlin pour poursuivre ses études, tournée désormais vers la recherche et l’expérimentation musicale. Elle collabore rapidement avec d’autres artistes, dont la célèbre performeuse Alexandra Pirici (vue à la Biennale de Berlin et bientôt à celle de Venise). L’aspect performatif n’est jamais absent de ses propres shows : “Je veux créer un espace où je pourrai me permettre d’être totalement moi-même et où chacun pourrait faire l’expérience d’une réalité différente, ’expérience du monde d’une manière différente : fluide. Un lieu où les genres ne seraient pas fixes et déterminés.” 

 

Quand elle était petite, Charm suivait son père à la radio où il travaillait. Elle y passait des heures à traîner, entre CD et vinyles. Elle y naviguait entre toutes les catégories musicales, plus ou moins bien rangées. Tous les genres. Les choses étaient fluides. Déjà. 

 

Écoutez le premier titre de Charm : https://soundcloud.com/charmmone/a-body-i-dont-know

Et sur Spotify : https://open.spotify.com/album/4YoYZ7HvhG0pedIohsHJbT?si=5tVANzMxQ8CLiwpRrLJEYw

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