La photographie de Cecil Beaton est assurément l’une des plus sophistiquées du XXe siècle. Nostalgique invétéré souvent comparé à Marcel Proust, il débute sa carrière en tant que photographe de mode auprès de l’édition américaine du magazine Vogue, dans les années 20. Paradoxalement, à l’époque du règne des créations sobres de Chanel et des robes amples de Jeanne Lanvin, il se distingue de ses homologues. Alors que les femmes se libèrent des corsets, Cecil Beaton ne jure que par les postures parfaites, les robes de bal, les capelines et les fleurs. Il s’impose alors comme l’un des artistes les plus doués de sa génération et décroche le titre de photographe en chef de la famille royale anglaise à la fin des années 30. 

 

Souvent qualifié de “superficiel”, il est néanmoins le seul à saisir avec pertinence le dernier souffle d’un art de vivre aristocratique. C’est notamment à lui que l’on doit les costumes du long-métrage My Fair Lady de George Cukor – où Audrey Hepburn incarne une jeune femme démunie qui apprend malgré elle le b.a.-ba de la high society britannique. Il signera également de célèbres portraits en noir et blanc des actrices Elizabeth Taylor et Marilyn Monroe, symboles de l’âge d’or hollywoodien. 

 

Pour son documentaire Love, Cecil (Beaton), la réalisatrice française Lisa Immordino Vreeland a réuni des entretiens vidéo, des photographies et des enregistrements. On découvre une autre face de Cecil Beaton : un dandy frivole. Son œuvre, elle aussi, nous apparaît sous un jour nouveau. La réalisatrice met par exemple en exergue son travail de photographe de guerre lors de combats en Afrique et en Asie de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale. Toute sa vie il aurait été un “outsider”, un autodestructeur qui a compensé un manque d’amour par une carrière brillante.

 

Love, Cecil (Beaton) de Lisa Immordino Vreeland, en salle.