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Numéro
12 Hawa de Maïmouna Doucouré sur Amazon Prime

Maïmouna Doucouré raconte son nouveau film avec Yseult et Thomas Pesquet

Cinéma

Deux ans après son film Mignonnes, la réalisatrice franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré  présente Hawa, son nouveau long-métrage pensé comme un conte et disponible sur Amazon Prime. Face au déclin de sa grand-mère, Hawa, une jeune fille albinos et orpheline part en quête d’une figure de substitution en la personne de Michelle Obama et croise sur sa route Yseult, Mister V ou encore Thomas Pesquet.

“Hawa” - Bande-annonce | Prime Video

Lorsqu’elle était petite, lors de ses vacances au Sénégal, Maïmouna Doucouré se retrouvait au fin fond du village de sa grand-mère. Il n’y avait alors que la chaleur du feu crépitant et la voix de la matriarche qui enchaînait les contes merveilleux en écorchant des cacahuètes. À 37 ans, la réalisatrice franco-sénégalaise a justement choisi de se laisser guider par des histoires. Après, Maman(s), César du meilleur court-métrage en 2017 et le film Mignonnes (2020) évoquant l’hypersexualisation des jeunes adolescentes, la cinéaste revient sur Amazon Prime avec Hawa, une fable qui réunit les chanteuses Yseult et Oumou Sangaré mais aussi le spationaute français Thomas Pesquet… L’histoire d’une jeune fille albinos élevée par sa grand-mère qui, face au déclin de cette dernière, part en quête d’une figure de substitution en la personne de Michelle Obama. Rencontre avec Maïmouna Doucouré.

 

Numéro: Appréciez-vous le jeu de l’interview ?

Maïmouna Doucouré: Dans le cadre de la promotion, oui. Je suis tellement excitée de faire découvrir mon film que je passe en mode warrior ! [Rires]. En dehors des tournées promotionnelles, j’ai tendance à refuser car je n’ai pas la concentration nécéssaire. Pendant le confinement, j’étais sollicitée tous les trois jours pour des interviews mais on m’interrogeais toujours sur les mêmes thèmes : la place des femmes au cinéma, la place des Noirs au cinéma, mon rapport à la diversité… Au bout d’un moment j’en ai eu assez. Laissez-moi travailler, laissez-moi faire des films ! Ce sont des sujets importants mais je ne souhaite pas devenir la porte-parole des femmes noires au cinéma.

 

Aviez-vous envisagé un autre titre pour votre long-métrage ?

J’aimais beaucoup My Black Little Sun [Mon petit soleil noir] mais la traduction française ne sonne pas terrible vous ne trouvez-pas ? Cela aurait été surnom que Maminata [Oumou Sangaré] aurait donné à sa petite fille Hawa. Quelque chose de plus mignon, de plus affectueux, de plus poétique… C’est une petite fille et sa grand-mère qui sont en train de se dire au revoir. Et derrière l’intimité, on lit la peur de la fin. Finalement j’ai opté pour la simplicité : Hawa.

 

Faut-il prendre l’avis des autres en compte pour réussir au cinéma ?

Je pense que le doute est une véritable force. Il n’y a rien de pire que d’être sur de soi tout le temps sans jamais se remettre en question. J’ai évidemment ma propre vision des choses et je sais exactement ce que je veux mais un film est un travail d’équipe. J’aime m’entourer de gens qui me poussent à me remettre en question. En débutant au cinéma, j’ai très vite compris l’ampleur de la mission que représente le tournage d’un film. J’ai appris sur le tas et je ne savais même pas que certains métiers du cinéma existaient… Je suis le capitaine à bord, j’ai le dernier mot, mais l’équipage vogue dans la même direction.

Oumou Sangaré et Sania Halifa dans “Hawa” de Maïmouna Doucouré disponible sur Amazon Prime. Oumou Sangaré et Sania Halifa dans “Hawa” de Maïmouna Doucouré disponible sur Amazon Prime.
Oumou Sangaré et Sania Halifa dans “Hawa” de Maïmouna Doucouré disponible sur Amazon Prime.

Peut-on considérer Hawa comme un film sur l’abandon ?

De nombreux sujets sous-jacents ne sont pas abordés. Par exemple, je n’explique jamais pourquoi Hawa se retrouve orpheline. Mais laisser une part d’imaginaire est très important. J’ai découvert Sania Halifa [Hawa] lors d’un casting et j’ai été bluffée. Elle a 17 ans, elle est donc plus âgée que son personnage dans le film et, si vous la croisez dans les couloirs, vous verrez qu’elle ne ressemble pas du tout à Hawa : elle est gaie et ultra souriante, aux antipodes du personnage. Hawa a vécu énormément de violence. Je me suis inspirée des témoignages de jeunes filles albinos qui s’enfermaient dans les toilettes à chaque récréation pour échapper aux moqueries de leurs camarades. Hawa s’est créée une carapace pour se protéger. C’est ce qui explique qu’elle soit froide, introvertie et toujours prête à l’attaque.

 

Comment avez-vous construit le personnage de la grand-mère incarnée par la chanteuse malienne Oumou Sangaré ?

Je voulais absolument que le personnage de Maminata soit une griotte [Poète, chanteur et musicien ambulant très populaires en Afrique]. En Afrique, les griottes sont les gardiennes de la transmission de notre histoire. Au même titre que Michelle Obama se raconte à travers ses livres…

 

Yseult, Thomas Pesquet, Michelle Obama… Votre film évoque de nombreuses figures dites “inspirantes”. Quelle est la femme que vous rêveriez de rencontrer vous-même ?

Oprah Winfrey ! Et je sais que je la rencontrerai un jour. [Rires] Je crois fermement aux lois de l’attraction. J’ai déjà été contactée par sa production donc ce n’est pas un fantasme improbable. C’est une pionnière dans son domaine, une animatrice, une actrice, une productrice et un véritable modèle de réussite. Une figure très importante pour tout le monde en dehors de son genre et sa couleur de peau.

 

Avez-vous la sensation que l’on fait passer votre identité devant vos œuvres ?

Pendant des années je me suis interdite de faire des choses. Mais depuis que j’ai osé réaliser un film, je n’ai plus peur de rien. Que je sois en France ou aux États-Unis, je raconterai les histoires que je veux raconter.

 

À sa sortie sur Netflix, votre film Mignonnes (2020) a fait polémique aux États-Unis : il a été accusé par la droite conservatrice de promouvoir l’hypersexualisation des jeunes filles. Avez-vous été affectée par la controverse ?

Je vous mentirais si je vous disais que ce n’est pas le cas. On m’a accusée de faire l’apologie de ce contre quoi mon film se battait. J’avais envie de crier au monde : “Mais regardez le film et prenez le temps de réfléchir !” En tout cas, cela n’a pas changé ma façon de travailler. J’ai simplement essayé de comprendre, après un an et demi d’enquête, le fonctionnement de l’hypersexualisation des jeunes filles sur les réseaux sociaux et dans la vie réelle. S’il fallait raconter cette histoire encore dix fois, alors je la raconterais encore dix fois.

 

Votre prochain projet est un long-métrage biographique au sujet de chanteuse, danseuse et résistante française Joséphine Baker, entrée au Panthéon en 2021. Le projet vous effraie-t-il ? 

Je ne ressens pas la peur pour le moment car je suis en plein travail. Elle viendra lorsque le film sera terminé et qu’il faudra le livrer au monde. L’attente est énorme : c’est le premier biopic sur Joséphine Baker au cinéma. Nous sommes sur le point de finaliser le projet et, c’est assez drôle car j’avais déjà écrit une ébauche de scénario il y a quelques années qui avait été mis de côté. C’était le premier volet d’une trilogie. Finalement, on est venu me chercher pour un film similaire et j’y ai vu un signe.

 

Hawa de Maïmouna Doucouré disponible sur Amazon Prime.