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7 films à (re)voir avant les Oscars

Cinéma

À l'occasion de la 93e cérémonie des Oscars, qui se tiendra dans la nuit du 25 avril, Numéro a sélectionné sept longs-métrages qui sont entrés dans l'Histoire en remportant la précieuse statuette du “meilleur film”.

L'acteur Brad Pitt dans “Once Upon a Time… in Hollywood” (2019) de Quentin Tarantino. Il présentera la 93e cérémonie des Oscars, au Théâtre Dolby de Los Angeles.

À quelques jours d'une cérémonie des Oscars présentée par Brad Pitt et dont on connaît déjà les grands favoris – parmi lesquels Nomadland de Chloé Zhao (déjà vainqueur d'un Lion d'or et d'un Golden Globe du meilleur film) et The Father du Français Florian Zeller –, Numéro a sélectionné sept longs-métrages qui sont entrés dans l'Histoire en remportant le précieux titre de “meilleur film”. Hormis Ben Hur, Titanic et Le Seigneur des anneaux : Le retour du roi – les œuvres qui détiennent le record du plus grand nombre de statuettes, onze au total, remportées en 1960, 1998 et 2004 –, on retrouve dans cette liste des films qui nous sont chers, à voir ou à revoir sans modération, de la romance à la satire en passant par le buddy movie ou le film de guerre. 

1. Casablanca (1942) de Michael Curtiz, disponible en location sur Prime Video

 

Lorsque Michael Curtiz début le tournage de Casablanca, en mai 1941, il sait que le temps lui est compté. En effet, l’Histoire menace de rendre son projet obsolescent. L'intrigue de son film, qui raconte les retrouvailles entre Rick (Humphrey Bogart), un Américain en exil et ancien combattant antifranquiste en Espagne, et Ilsa (Ingrid Bergman), son amour de jeunesse alors en voyage avec son époux nazi, se déroule dans un contexte où les États-Unis ne sont pas encore engagés dans la Seconde Guerre mondiale et où la ville marocaine sert de refuge aux Européens. Au moment du tournage, le pays de l’Oncle Sam tarde à se ranger aux côtés des Alliés, mais cela ne devrait plus tarder… Il faut donc se dépêcher de terminer Casablanca. Malgré les contretemps à répétition – dont des changements intempestifs de scénaristes et d’acteurs, des tensions sur le plateau et des restrictions budgétaires équivalentes à un million de dollars –, le film est réalisé en quatre mois, juste avant l’entrée en guerre des États-Unis, en décembre 1941. 

 

Finalement prévu pour sortir en salle en juin 1943, le long-métrage adapté de la pièce de théâtre Everybody Comes to Rick's (1938) est dévoilé pour la première fois au public le 16 novembre 1942, le jour de Thanksgiving, peu après que les Alliés eurent repris la ville de Casablanca. Il devient l’incarnation de l’antinazisme et fait un triomphe aux Oscars en 1944, remportant trois statuettes, dont celles du “meilleur film” et du “meilleur réalisateur” en 1944.

 

LA GARÇONNIÈRE de Billy WILDER

2. La Garçonnière (1960) de Billy Wilder, disponible sur Prime Video

 

Connu pour ses romances tendres (Ariane) et ses portraits d’actrices aux portes de la folie (Sunset Boulevard, Fedora), Billy Wilder a aussi acquis le statut de cinéaste culte pour ses films drôles, voire satiriques, dégageant une classe intemporelle… La Garçonnière en est l’exemple le plus emblématique. Sorti en 1960, le film rafle cinq Oscars l’année suivante, dont trois vont au cinéaste – qui avait déjà réalisé ce triplé en 1946 pour Le Poison. Les raisons de ce succès ? Le long-métrage dénonce d’une façon très élégante la dure réalité du monde de l’entreprise et de la lutte des classes tout en se moquant des couples adultères. À New York, un jeune employé d’une grosse compagnie d’assurance (Jack Lemmon) cherche à monter dans l’estime de ses supérieurs en leur prêtant son appartement pour leurs parties de jambes en l’air extra-conjugales. Au fil des rendez-vous, C.C Baxter voit son propre foyer davantage occupé par ses collègues que par lui : on l’appelle au beau milieu de la nuit pour qu’il libère les lieux tandis que ses voisins le soupçonnent d’être un obsédé sexuel… jusqu’à ce qu’il tombe amoureux.

 

 

Macadam Cowboy (1969) - Bande annonce 2016 HD VO

3. Macadam Cowboy (1969) de John Schlesinger, disponible sur myCanal

 

Macadam Cowboy, c’est d’abord une ballade, Everybody’s Talkin’ (de Harry Nilsson), qui ouvre le film et a participé à le rendre culte (et vice versa). Dans cette scène mémorable, on découvre Joe Buck (Jon Voight), un cow-boy texan qui part pour New York, chapeau sur la tête et santiags aux pieds, afin de devenir gigolo et d’amasser beaucoup d’argent. Mais ses plans vont vite être contrariés : il s’avère trop ingénu pour tomber sur les bonnes clientes et se fait voler l'intégralité de ses maigres économies. Le bellâtre fait alors la rencontre de Ricco Rozzo (Dustin Hoffman), un marginal, truand et tuberculeux qui accepte de l’héberger. Ces deux-là se lient d’amitié et tentent ensemble de surmonter l’enfer de la précarité et de la maladie.

 

Adapté de Midnight Cowboy, un roman extrêmement sombre signé James Leo Herlihy et publié en 1965, le film de John Schlesinger aurait pu tomber dans l’écueil d’une fable trop misérabiliste. À la place, Macadam Cowboy s’aventure dans les contrées de l’humour – avec des situations souvent cocasses –, dépeint des personnages dépravés mais attachants et s’emploie à casser l’image très policée à l’écran des cow-boys du Far West. Fort d’une direction d’acteurs remarquable, le cinéaste empoche trois Oscars pour ce buddy movie classé X lors de sa sortie, dont celui du “meilleur film” et du “meilleur réalisateur”.

 

 

4. Annie Hall (1977) de Woody Allen, disponible en VOD sur myCanal

 

 

Au cinéma, la plus belle histoire d’amour de Woody Allen est une idylle révolue. Si le pitch peut paraître triste, comme d’habitude chez le cinéaste new-yorkais, c’est tout le contraire. Centré sur feu la relation entre Alvy Singer (Woody Allen), un comique juif, et son âme sœur Annie Hall (Diane Keaton), le film –  pastiche de l’union réelle entre l’actrice et le metteur en scène qui s’est terminée deux ans avant le tournage – décrit une liaison d’une douce amère (habituelle chez Woody Allen) où les deux personnages n'arrivent plus à communiquer et parlent tour à tour de leur insatisfaction – sentimentale et existentielle – sur le divan d’un psychanalyste. 

 

Désespérément drôle, Annie Hall s’ouvre sur des plans de la ville de New York, où un quarantenaire décrit sa vision quelque peu désabusée de la vie : “That’s essentially how I feel about life : full of loneliness and misery and suffering and unhappiness.” (“C’est essentiellement ce que je pense de la vie : pleine de solitude, de misère, de souffrance et de malheur.”). Cet homme, c’est Alvy Singer, le personnage principal, qui entreprend de raconter, face caméra, son plus grand échec sentimental à travers ses propres névroses, ancrées en lui depuis qu’il est gamin. On le voit ainsi, à l'âge d'à peine dix ans, lunettes loupes et physique de petit garçon ingrat, déclarer, blasé, que “l'univers se consume”. D’emblée, le contrat avec le spectateur est établi : Annie Hall est moins une romance qu’un film sur les tourments de son personnage principal… et sans doute le plus grand film du réalisateur de Manhattan (1979). 

 

DEMINEURS - Bande annonce VOST

5. Démineurs (2008) de Kathryn Bigelow, disponible en VOD sur myCanal

 

 

Bien qu’il ait remporté six Oscars, Démineurs n’est pas entré dans l’Histoire pour cette raison. Il a fait de sa réalisatrice, Kathryn Bigelow, la première et unique femme à ce jour à recevoir l’Oscar du “meilleur réalisateur”. Récompensée en 2010, l’Américaine avait même dû, durant la conférence de presse où elle déclarait “espérer être la première d’une longue série”, répondre à d’effrayantes questions sur son ex-mari James Cameron, dont la terrible “Quand vous viviez avec lui, vous a-t-il appris des choses sur le métier de réalisateur ?”… Pourtant, il y a beaucoup à dire sur Démineurs, objet ultra violent de deux heures qui revisite le film de guerre via le portrait d’une division spéciale de l’armée, les démineurs. 

 

Se plaçant au cœur du conflit irakien, le long-métrage suit le sergent William James (Jeremy Renner), véritable tête brûlée qui semble obsédé par les bombes posées ici et là par l’ennemi. Et comment ne pas l’être ? Sans jamais juger les soldats, Démineurs s’attache à décrire l’extrême nervosité d’hommes qui, après des mois de mobilisation, ont perdu toute once d’humanité. Car la guerre d’Irak selon Kathryn Bigelow est un conflit qui colle à la peau des États-Unis autant qu’elle reste imprégnée dans la tête des militaires, qui même lorsqu’ils quittent le combat, continuent perpétuellement de se battre.

 

6. Birdman (2014) d'Alejandro González Iñárritu, disponible sur Prime Video

 

Habitué au film choral (Amours chiennes, Babel), le cinéaste mexicain réalise à travers son cinquième long-métrage un objet innovant. Sortie en 2014, Birdman est une comédie aussi noire que fantaisiste qui dépeint l’univers d’une star déchue. Ici, Alejandro González Iñarritu nous emmène à New York, sur les traces d’un comédien qui n’a existé qu’à travers un seul personnage : celui d’un super-héros. Michael Keaton, vieillissant, ridé et dégarni, brille dans le rôle de Riggan Thomson dont les aventures rappellent, au passage, sa propre vie. Révélé dans le Batman (1989) de Tim Burton, l'acteur est lentement tombé dans l’oubli avant de revenir dans ce film, puis dans des blockbusters tels que Spider-Man : Homecoming (2017) – de l'univers Marvel – où il incarne un super-vilain aux allures de vautour – rappelant d'ailleurs son costume de Birdman. Lors de la 87e cérémonie des Oscars, l'acteur américain repart bredouille (sur YouTube, une dizaine de mèmes le montrent d'ailleurs rangeant dans sa poche le discours qu'il avait préparé) tandis que le film rafle quatre Oscars, dont “meilleur film” et “meilleur réalisateur”.

 

Moonlight | Official Trailer HD | A24

7. Moonlight (2016) de Barry Jenkins, disponible sur Prime Video

 

Dernier film de cette sélection – puisqu'il est le plus récent à avoir remporté la statuette tant convoitée –, Moonlight est pourtant le plus beau, le plus poignant et le plus politique de tous. Racontant l'éducation d'un Afro-Américain homosexuel dans un ghetto de Miami, le deuxième long-métrage de Barry Jenkins – qui, presque dix ans auparavant, avait réalisé un film indépendant jamais montré en France, Medecine for Melancholy – est de ceux qui laissent pantois, après lesquels l'on a besoin de rester assis, cinq, dix ou quinze minutes, histoire de “reprendre ses esprits”. 

 

Avec une esthétique de tableau vivant, Moonlight suit, sur une période de quinze ans, la vie d'un petit garçon que sa mère toxicomane voit comme un fardeau, et qui grandit, livré à lui-même, à Liberty City, une cité de Miami, où il subit le harcèlement quotidien de ses camarades. Ces moqueries, Little les subit parce qu'il est homosexuel alors même qu'il ne le sait pas encore… Plus tard, le spectateur découvre, en même temps que l'adolescent, sa sexualité et, surtout, la difficulté pour un homme noir non pas de le revendiquer, mais simplement de le vivre au quotidien. Aux antipodes des films qui cartonnent à Hollywood aujourd'hui – majoritairement de genre – et avec un casting entièrement composé d'Afro-Américains, Moonlight a pourtant remporté un grand succès en salle comme aux Oscars – où il est nommé cinq fois en 2017. Une reconnaissance qui amorce, dès lors, un tournant dans l'industrie du cinéma américain.