Comme si le mythe de l’androgyne avait été transposé au genre de l'anime, Taki et Mitsuha semblent être les deux moitiés, complémentaires mais séparées, d’un même être. À 17 ans, tout oppose pourtant ces deux adolescents : elle est une jeune fille mourant d’ennui dans sa petite ville nichée au creux d’un lac idyllique, aspirant à la frénésie d’une capitale ; lui incarne toutes les aspirations de la jeune fille et mène l’existence typique d’un jeune Tokyoïte profitant des joies de la métropole, dégustant après les cours des gâteaux arc-en-ciel dans de nouveaux cafés flambant neufs. Mais lors d’une pluie de comètes au pouvoir fantastique, tous deux sont entraînés malgré eux dans les méandres du temps et les manigances d’une divinité shinto. Plusieurs fois par semaine, ils se réveillent alors dans le corps de l’autre et vivent 24 heures déconcertantes, avant de retrouver leur propre existence le matin suivant. Dans ces corps étrangers, les deux adolescents font alors preuve de toutes les audaces, entre flirts et démonstrations de force : afin de renseigner l’autre de ses faits et gestes lors de ces journées invraisemblables se noue entre eux une relation épistolaire, par téléphones interposés.

 

Ce qui pourrait apparaître au premier abord comme une nouvelle comédie romantique nous révèle, en réalité, bien des surprises et rebondissements inattendus. D'une romance, Your name. se détache rapidement pour adopter un scénario fantastique, aboutissant au film de catastrophe naturelle : le long-métrage ruse et se précipite de genre en genre sans jamais laisser de répit à son spectateur, ébloui par les nombreuses techniques d’anime mêlant pastels et crayons et 2D numérique, qui se répondent comme les différents niveaux d’un même tableau. Son réalisateur Makoto Shinkai plonge le spectateur lui-même dans ces deux corps adolescents, tiraillés par les bouleversements et les incertitudes. Malgré les émotions exacerbées propre au genre anime, comme la colère explosante ou le rire démoniaque, le réalisateur dépeint tout en douceur la découverte de l’autre et de son corps. Il y dépeint l’amour comme cette rencontre fusionnelle avec un être unique, seul capable de remplir le vide vertigineux laissé par son absence.

 

Avec une caméra virtuelle, Makoto Shinkai tourne autour de ses personnages jusqu’au tournis, exposant des paysages japonais époustouflants. Cinquième film du réalisateur, qui signe aussi La Tour au-delà des nuages (2004) et Voyage vers Agartha (2011), Your name., sorti en 2016, le mène à la consécration. Après avoir fait 15 millions d’entrées au Japon, il devient l’anime le plus vu au monde, dépassant le maître Hayao Miyazaki lui-même et son film Le voyage de Chihiro, avec 356 millions de dollars de recettes. Une œuvre majeure dans laquelle le monde entier pourra désormais se plonger à domicile. 

 

Your name. de Makoto Shinkai, disponible sur Netflix.