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Les confidences choc de Grace Jones : “On sniffait comme d’autres boivent du café”

 

Alors que la charismatique artiste sort son autobiographie “I'll never write my memoirs” qui décrypte son ascension d’icône androgyne et disco queen des années 80, Numéro revient sur son interview choc avec l’indomptable diva.

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Numéro : Pourquoi avoir changé votre patronyme de Mendoza à Jones?

Grace Jones : Je me suis toujours appelée Jones. Les fausses rumeurs se répandent sur le Net à une telle vitesse qu’on finit par ne plus faire la différence entre info et intox. Nombreux sont ceux qui dépeignent Andy Warhol comme un personnage machiavélique et manipulateur.

 

Est-ce le souvenir que vous gardez de lui ?

Il était tout le contraire, avenant et ouvert, toujours très généreux, du moins avec moi. On passait notre temps à écumer les galeries et les boîtes de nuit, et lorsqu’il se cloîtrait à la Factory, il s’assurait qu’il y ait toujours du monde qui papillonne autour de lui. Nous étions d’insatiables curieux passant des heures, bouche bée et yeux écarquillés, à nous émerveiller de tout ce qui nous entourait: “Regarde ceci, regarde cela, Andy, c’est trop génial !

 

On raconte que la piste du Studio 54 ressemblait à s’y méprendre à une piste de ski couverte de poudreuse.

À cette époque, ce n’était pas tant une question de quantité que de qualité. La consommation de cocaïne était beaucoup plus festive et sociale. On sniffait comme d’autres boivent du café. Personne ne s’en cachait. Pour preuve : au Studio 54, il y avait une énorme cuillère à coke suspendue au-dessus de la piste. Aujourd’hui, c’est nettement moins convivial, les gens disparaissent aux toilettes toutes les cinq minutes.

 

Le lynchage médiatique réservé aux Amy Winehouse et autres divas défoncées est-il justifié ?

Plus les substances illicites seront stigmatisées, plus les géants pharmaceutiques vendront d’anxiolytiques et d’euphorisants. Ce sont eux qui tirent leur épingle du jeu. Beaucoup de mes amis ont fait des overdoses suite à la consommation de produits délivrés sur ordonnance. Cette chasse aux sorcières orchestrée par la presse me paraît donc purement et simplement hypocrite.

 

Etes-vous de l’avis de feu Yves Saint Laurent qui préconisait la drogue comme “un ingrédient essentiel au processus créatif”?

J’ai passé des instants cocasses avec Yves, il est vrai. Je me souviens d’un concert particulièrement gratiné au Palace, où j’avais pris un bain de foule avant de grimper sur le balcon où je me suis retrouvée complètement nue. Les gens avaient déchiré ma robe et littéralement lacéré ma peau. Heureusement, quelqu’un a balancé des gaz lacrymogènes pour calmer la foule, le temps pour moi de regagner les loges. Yves, qui m’y attendait, s’est empressé de me couvrir la poitrine de sa ceinture de smoking, me nouant dans la foulée le foulard de Loulou de la Falaise autour de la taille. Et de me propulser sur scène en s’exclamant : “Vas-y ! File !” Je vous laisse imaginer la scène.

 

Planiez-vous toujours lors de vos prestations ?

Une seule fois, mais ce fut un flop. Je n’ai pas suivi de formation lyrique, et chanter me demande un effort surhumain. Autant vous dire qu’avec la gorge desséchée et les gencives anesthésiées, cela ne facilite pas la tâche.

 

Sous vos airs de diva dominatrice, ne seriez-vous pas en réalité une brave fille qui ne rêve que de pantoufles, de plateaux-télé et de point de croix?

Ce n’est pas à moi de dire si je suis une prima donna à la ville comme à la scène. Peut-être alors ferais-je mieux de m’adresser à cette malheureuse contrôleuse de l’Eurostar… Mon Dieu ! quelle histoire ! Pour faire court : je voyageais en première, soudain, cette pauvre fille s’entête à vouloir me déclasser à mi-parcours. Allez savoir pourquoi. J’ai exigé de descendre du train, on ne m’y a pas du tout forcée, contrairement à ce que vous avez pu entendre. Eurostar s’est servi de ce malencontreux incident pour faire couler de l’encre à mes dépens. Le coup de pub à un million d’euros. A se demander si ce n’était pas prémédité.

 

Vous êtes-vous déjà sentie prisonnière de votre image?

Absolument pas. Ce serait comme se sentir séquestré dans une maison qu’on a soi-même bâtie. J’ai construit mon image de toutes pièces, j’ai pris un malin plaisir à le faire et je suis très fière du résultat, merci. Aujourd’hui, mon apparence physique est un temple dont je suis la gardienne.

 

Jean-Paul Goude en est-il l’architecte?

Je n’ai pas attendu Jean-Paul pour me donner un genre : j’avais déjà trois albums à mon actif  avant de le rencontrer. Richard Bernstein, Antonio Lopez, Keith Haring et Andy Warhol s’étaient penchés sur mon cas bien avant lui. Avez-vous jamais été victime de discrimination raciale au cours de votre carrière? Quelle drôle de question. Face aux réactions de certaines personnes, il m’arrive de m’interroger. Etant de nature plutôt indulgente, je me dis qu’elles se sont levées du mauvais pied, ou qu’ils n’ont pas baisé depuis un moment, bien avant de mettre leur animosité sur le compte d’une quelconque ségrégation.

 

Vous plutôt que Hillary Clinton…

Je ne sais pas ce que vous avez tous contre Hillary, pourquoi les journalistes conspirent-ils tous pour lui nuire. Personnellement, je l’adore.

 

Pourquoi fricotez-vous toujours avec des armoires à glace aux prénoms bien virils comme Dolph, Sven-Ole et Atila?

Fricoter ? Je vous signale que les relations auxquelles vous faites allusion ont toutes été sérieuses. Je ne choisis pas mes partenaires à la taille de leurs biceps, mais plutôt à celle de leur… personnalité.

 

Les gringalets ne vous trouvent-ils pas un brin intimidante?

Je le répète : l’amour n’est pas quelque chose qui se quantifie au kilo. On n’est pas à la foire à la choucroute.

 

Selon vous, Arnold Schwarzenegger est-il plus convaincant en Conan le barbare ou en gouverneur républicain?

Arnold est avant tout un très bon ami. Il serait présomptueux pour moi de porter un jugement sur ses ambitions politiques.

 

Quel souvenir souhaitez-vous laisser de vous?

Quel odieux personnage vous faites ! Je ne suis pas encore morte que déjà vous gravez mon épitaphe. Merde alors ! J’aimerais, comme sans doute la plupart des gens, qu’on se souvienne de moi comme de quelqu’un qui rendait les gens heureux. Qui soutenait sa famille et ses proches. En tant qu’artiste, je souhaiterais que mon travail perdure et qu’il continue à transporter, à inspirer et à amuser les gens bien après que je sois partie.

 

 

I'll never write my memoirs de Grace Jones, éd. Simon and Schuster.

Propos recueillis par Philip Utz

Grace Jones photographiée par David Bailey pour Numéro 97.

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