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“J’ai toujours été à l’affût de la jeune création.” Agnès b. nous raconte son exposition au musée de l’Histoire de l’immigration

 

La célèbre créatrice et galeriste présente jusqu’au 8 janvier sa passionnante collection d’art contemporain au musée de l’Histoire de l’immigration. Un événement rare.

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

Agnès b. photographiée par Arnaud Robin devant l’installation d’Annette Messager au sein de l’exposition Vivre !! au musée de l’Histoire de l’immigration.

 

 

On a du mal à le croire mais Agnès b. n’avait encore jamais montré à Paris sa collection d’art contemporain, alors même qu’elle y a ouvert sa galerie (la galerie du jour) au début des années 80. Autant dire que la présentation au musée de l’Histoire de l’immigration de 70 œuvres parmi les plus de 2000 que détient la célèbre créatrice de mode est un événement en soi. Jean-Michel Basquiat, Henri Cartier-Bresson, John Giorno, Lucien Hervé, Claude Lévêque, Ryan McGinley, Annette Messager, Man Ray, Rirkrit Tiravanija, Andy Warhol… Si la liste des artistes (historiques et jeunes) de cette exposition intitulée Vivre !! impressionne, elle témoigne surtout du goût hétéroclite d’une véritable passionnée. L'événement est aussi l’occasion parfaite de (re)découvrir le Palais de la Porte Dorée, ancien musée des colonies au style Art déco flamboyant érigé pour l’Exposition internationale de 1931. Un bijou qui mérite à lui seul le détour.

 

 

C’est à Sam Stourdzé, le directeur des Rencontres d’Arles, qu’Agnès b. a confié le commissariat de l’exposition. À travers onze séquences – La jeunesse, Travailler, L’amour, La mort, Révolte… – il propose une sélection d’œuvres en écho avec les thématiques chères au musée de l’Histoire de l’immigration : l’identité, le vivre-ensemble et le rapport à l’autre et à l’ailleurs. L’exposition esquisse en creux le portrait d’une collectionneuse singulière que son goût porte vers la photographie bien sûr, mais aussi vers l’humain et le portrait justement (ils sont très nombreux), l’écriture (qu’elle apparaisse sous forme de slogans, d’injonctions ou d’expressions provocatrices), et enfin vers l’engagement politique, social ou culturel. Car l’exposition est aussi cela : un hymne à la vie militant doublé d’un regard percutant, et souvent humoristique, sur notre époque qui a le mérite de n’être ni trop premier degré ni trop revendicatif et d’offrir même quelques surprises.

 

 

Agnès b. a accepté pour Numéro de revenir sur cette exposition-évènement à travers quelques unes de ses œuvres emblématiques.

 

Ryan McGinley, Whirlwind (1996). Photographie couleur. 

Courtesy collection Agnès b. 

 

 

“Ce nageur de Ryan McGinley placé en ouverture de l’exposition évoque pour moi aussi bien le bonheur que l’angoisse des migrants qui traversent la Méditerranée et qui s’y noient. Une ambiance qui introduit parfaitement l’exposition. Le choix de Ryan McGinley ne doit d’ailleurs rien au hasard. C’est moi qui l’ai découvert il y a plus de 10 ans déjà. Nous étions à une fête au boulot en train de boire de la vodka (rires). Le jeune homme qu’il était alors m’a sorti de sa poche une dizaine de ses photos. Des petits tirages... Ce fut le début d’une amitié. En général, je suis d’abord attiré par les œuvres, puis seulement par les artistes. Et ils ne me déçoivent jamais. Je les pratique depuis tellement longtemps maintenant que je suis tout de suite en terrain connu. L’âme artistique me parle. Si chaque artiste est différent, bien sûr, ils partagent tous une sorte de socle commun, un esprit artistique que je connais bien et qui me plaît : une liberté folle mais une façon singulière de parler de leur enfance. L’humus de leur art est très souvent à chercher du côté de l’enfance.”

 

 

Jean-Michel Basquiat, Autoportrait (1983), crayon gras sur papier, 108 x 77 cm.

Courtesy Collection agnès b. 

 

“J'ai toujours été à l’affût de la jeune création. En 1983, j'avais repéré un tableau de Basquiat à la Biennale de Paris. Je ne le connaissais pas du tout à l'époque et c’était même la seule œuvre que j’avais vue de lui. Mais mon enthousiasme était tel que j’ai immédiatement acheté cet autoportrait. C’est ma nature, je suis instinctive. Je suis souvent portée vers des gens dont je pense instantanément que je vais m’entendre avec eux.... Beaucoup d’œuvres sélectionnées pour cette exposition sont issues d'une rencontre. Le néon formant le mot “Dansez” de Claude Lévêque, par exemple, a été réalisé pour une exposition à la galerie du jour. À l’époque, nous l’avions installé juste au-dessus de la porte comme une injonction lancée au visiteur !”

Antoinette Ohannessian, La guerre c'est entre la météo et la publicité (1993). 

 

“Cette œuvre d’Antoinette Ohannessian m’a totalement bouleversée. Par son côté dérisoire : celui de cette minuscule couverture militaire kaki, brodée de lettres kaki, qui laisse à peine transparaître une phrase pourtant si puissante : “La guerre c'est entre la météo et la publicité.” Et puis par la trivialité de cette affirmation qui est une réalité malheureusement. Oui, la guerre, encore aujourd'hui, c'est entre la météo et la publicité…”

Henri Cartier-Bresson, Couple dans le train, Roumanie (1975), photographie noir et blanc, 29 x 39 cm.

Courtesy Collection agnès b. 

 

“C’est Cartier-Bresson qui m’a fait aimer la photographie. Moi qui ai été élevée au contact de la peinture, des maîtres de la Renaissance, du XVIIe et du XVIIIe siècle, j'ai compris tout d'un coup la puissance de l'instantané d'un portrait photographique en découvrant à la galerie Eric Franck Fine Art à Genève Henri Cartier-Bresson. Cette photo d’un couple dans un train évoque pour moi un moment de sérénité, de bonheur partagé mais également de voyage. Je suis très heureux qu’elle ait été choisie pour les affiches de l’exposition...“

Claude Lévêque, Sans titre (Dansez !), 1995, enseigne tubes néon multicolores, 15 x 150 cm.

Courtesy Collection agnès b. 

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